A BEAUTIFUL DAY de Lynne Ramsay [Critique Ciné]

 

A Beautiful Day

 

Vainqueur du Prix d’interprétation masculine pour Joaquin Phoenix et Prix Du Scénario à la dernière édition du Festival De Cannes, c’est avec la plus grande impatience qu’on attendait la sortie de A Beautiful Day.  Mais à la vue du résultat c’est à se demander si le film diffusé à Cannes est bien le même que celui qui sort cette semaine au cinéma.

 

INTERDIT AUX MOINS DE 12 ANS AVEC AVERTISSEMENT

 

SYNOPSIS : Ancien vétéran de guerre traumatisé par ce qu’il a vécu en Irak et par une jeunesse difficile, Joe tente de survivre en exécutant quelques contrats en tant qu’homme de main. Engagé pour retrouver la fille d’un sénateur portée disparue, il va se retrouver mêler à une sombre histoire de pédophilie qui va lui coûter cher.

 

Cette année au Festival De Cannes, ce sont deux thrillers vraiment pas comme les autres qui se sont vu remettre le prix du scénario ex-aequo : l’étrange Mise A Mort Du Cerf Sacré, une histoire originale du réalisateur et scénariste Yórgos Lánthimos, et A Beautiful Day, l’adaptation du roman de Jonathan Ames par la réalisatrice et scénariste Lynne Ramsay. Deux films vraiment très différents l’un de l’autre même si ils sont classés dans le même genre cinématographique mais qui ont pour point commun qu’ils ne s’adressent tous les deux clairement pas au grand public mais à des connaisseurs avertis. Pourtant le distributeur SND a tout fait pour truquer les cartes avec une bande annonce nerveuse qui n’a rien à voir avec ce qu’est vraiment A Beautiful Day.

 

A Beautiful Day

 

Parce qu’un(e) journaliste du Times  a osé dire que A Beautiful Day était le Taxi Driver du 21ème siècle, le distributeur en a fait l’argument clé de la promotion du film, se permettant même de l’écrire plus gros que le titre du film sur l’affiche. Ceux qui iront voir le nouveau long métrage de Lynne Ramsay simplement sur cette promesse risquent d’être bien déçus car il ne suffit pas de mettre en scène un marginal qui vient au secours d’une gamine abusée sexuellement pour en faire un film au niveau du classique de Martin Scorsese. Il suffit de voir la filmographie de Lynne Ramsay pour se douter que A Beautiful Day ne sera probablement pas ce croisement entre Taxi Driver, Drive et Old Boy que l’on espérait.

Le film commence alors que Joe vient d’exécuter son contrat et procède au ménage de la scène d »opération. Un rythme lent, aucune explication, très peu de dialogue, on regardera évoluer ce personnage sans rien savoir de lui. Pourquoi n’apprécie t’il pas avoir été vu par le fils de son intermédiaire au point de ne plus pouvoir travailler avec lui, on ne le saura jamais. Les premières choses que l’on apprendra sur lui sont qu’il vit avec sa mère très âgée et à moitié folle. A coup de flash d’images de son passé, on comprendra qu’il a eu une enfance compliquée marquée par les nombreuses disputes entre ses parents. Ce traumatisme d’enfance doublé de son passé militaire font de lui une loque humaine aux tendances suicidaires que la caméra ne lâchera pas.

 

A Beautiful Day

 

On espère que le rythme s’accélérera enfin lorsque Joe se voit confier la mission de retrouver la fille d’un sénateur. Mais là encore les préparatifs se font tout en lenteur et la scène d’action tant attendue sera loin d’être aussi brutale et violente que ce à quoi on était en droit de s’attendre. Tout est souvent suggéré ou montré vraiment très briévement. S’en suit alors la révélation d’une sombre affaire où s’enchaîneront les meurtres sans que l’on comprenne trop pourquoi. N’étant pas détective, Joe ne cherchera pas à faire la lumière sur cette affaire et le film s’achèvera sans même chercher à apporter la moindre explication. On ne voit franchement pas en quoi cette histoire méritait le Prix Du Scénario tant le film demande aux spectateurs de rassembler par eux même les pièces du puzzle pour comprendre ce qu’ils voudront bien s’imaginer.

De même Joaquin Phoenix ne mérite pas franchement son prix d’interprétation pour ce film. Certes il est omniprésent mais il n’a pas grand chose à jouer en dehors de traîner des pieds et montrer sa souffrance. Forcement avec un film qui ne raconte rien, il est difficile de faire des étincelles. Il est  en plus la seule star de ce film face à des personnages secondaires qui ne feront que passer en coup de vent. Ce qu’on retiendra surtout de A Beautiful Day, ce sont quelques plans très graphiques vraiment réussis et la musique étrange et parfois dissonante de  Jonny Greenwood de Radiohead. Ce ne sera malheureusement pas suffisant pour sauver le film du naufrage.

 

a BeautifulDay

 

L’intrigue de A Beautiful Day donne l’impression d’être celle d’un thriller décérébré tel qu’on en trouve des centaines en direct to vidéo mais traité à  la manière d’un film d’arts et d’essais. La même histoire avec Steven Seagal n’aurait certainement jamais eu le droit à une sélection au Festival de Cannes. On en voudra surtout au distributeur SND d’avoir voulu nous faire croire à un tout autre film que celui pensé par Lynne Ramsay, histoire de gonfler le nombre de spectateurs. Nul doute qu’ils seront peu nombreux à les remercier à la fin de la séance tant le film est ennuyeux et bien loin de ressembler à Taxi Driver.

 

MON AVIS : 0/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • TITRE ORIGINAL : You Were Never Really Here
  • RÉALISATRICE : Lynne Ramsay
  • AVEC : Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alex Manette, Alessandro Nivola
  • SCÉNARISTE : Lynne Ramsay d’après l’oeuvre de Jonathan Ames
  • COMPOSITEUR : Jonny Greenwood
  • GENRE : Thriller, Drame
  • DURÉE : 1h30
  • NATIONALITÉ : Britannique, Français et Américain
  • DISTRIBUTEUR : SND
  • SITE OFFICIELhttp://www.festival-cannes.com/fr/films/you-were-never-really-here
  • DATE DE SORTIE : 8 novembre 2017