DAVID BOWIE : BLACKSTAR [Chronique CD]

 

David Bowie : Blackstar

 

Lorsque Blackstar est sorti le 8 janvier 2016 tous les fans pensaient que David Bowie avait choisi de nous gâter pour son soixante neuvième anniversaire. Nous étions alors tout heureux, d’avoir un nouvel album un peu moins de trois ans après la sortie de The Next Day qui avait mis fin à un silence radio de dix ans. Deux jours plus tard c’était le choc, le chanteur venait de perdre une bataille de dix huit mois contre un cancer du foie qu’il avait caché à tout le monde. Ce vingt cinquième album prenait alors des allures de lettre d’adieu dans laquelle les fans se sont plongé pour décortiquer tous les messages.

 

David Bowie by Jimmy King

 

Après The Next Day qui revenait avec nostalgie sur sa période berlinoise, David Bowie avait choisi pour Blackstar de revenir à une musique plus expérimentale avec des sonorités jazz, electro et Drum N’ Bass qui rappellent ses albums Outside et Earthling sortis à la fin des années 90. Pour celà il s’est entouré d’un groupe de jazz mené par le saxophoniste Donny McCaslin qu’il avait découvert peu de temps avant dans un club new yorkais et avec lequel il avait déjà enregistré l’inédite Sue (Or In A Season Of Crime) pour le dernier best of Nothing Has Changed sorti en février 2014.

L’album commence par le titre Blackstar qu’on avait pu découvrir bien en avance en guise de générique de la série Panthers sur Canal + et qui a fait l’objet du premier clip sorti en novembre 2015. Ce morceau particulièrement surprenant et original donne le ton pour le reste de l’album. Une batterie entre jazz et drum n’ bass qui porte des nappes de saxophones et de sonorités électro. David Bowie y chante avec une voix très éthérée qui au regard des événements parait presque maintenant fantomatique avec ses chœurs en « ouh-ouh ». Subitement en pleine moitié de ce morceau de neuf minutes et 59 seconde vient se glisser un interlude pop encore plus surprenante par ses accents faisant penser à la période Let’s Dance puis il marque un retour à la noirceur des débuts avec l’ajout de flûtes en remplacement des saxos. Un splendide titre qui prouve que jusqu’à la fin David Bowie était un véritable génie avec toujours une longueur d’avance sur les autres.

Le second titre ‘Tis A Pity She Was A Whore était déjà connu de ceux qui avait acheté le single de Sue (Or In A Season Of Crime) puisque elle en était la face b. La chanson a tout de fois était entièrement réenregistré pour Blackstar et cette première version paraît désormais comme une démo par rapport à la version de l’album. La batterie est encore plus présente sur ce titre avec un rythme Drum N’ Bass joué sans l’aide d’ordinateur par le talentueux batteur Mark Guilana dont c’est un peu la marque de fabrique. Le titre se rapproche beaucoup de Jump They Say de l’album Black Tie White Noise avec sa basse et le saxo endiablé accompagné d’une ligne de piano que n’aurait pas renié Mike Garson.

Lazarus, troisième titre de l’album, est celui qui paraît désormais comme une lettre d’adieu adressée au monde. La chanson commence par les mots terribles « Look Up Here, I’m In Heaven. I’ve Got Scars That Can’t Be Seen » (regarde en l’air je suis au Paradis, j’ai des cicatrices que l’on ne peut voir). Le clip dévoilé la veille de la sortie du disque nous montrait un David Bowie dans un lit d’hôpital filmé par le dessus comme lorsque l’âme quitte le corps. Lazarus c’est aussi le titre qui donne son nom à la comédie musicale inspirée du film L’Homme Qui Venait D’Ailleurs qui se joue actuellement à New York. Une chanson très mélancolique porté par des cuivres qui semblent pleurer et une basse dynamique qui sert de ligne conductrice. David Bowie y joue des accords de guitare électrique qui ponctue la seconde partie de la chanson et la termine seule avec le bruit de ses doigts qui glissent sur les cordes pour un dernier moment d’émotion.

Sue (Or In A Season Of Crime) continue l’album avec une version également réenregistrée pour Blackstar. Vraiment très jazz dans sa première version, le titre bénéficie maintenant d’une guitare électrique qui reprend la ligne de contrebasse présente auparavant. Les arrangements de cuivres sont toujours les mêmes mais sont un peu plus en retrait avec l’ajout d’une réverbération et de sons électroniques. Le batteur se donne encore à cœur joie avec un rythme jazz complexe. Cette chanson aurait bien trouvé sa place dans Outside par son ambiance. A se demander même si elle ne fait pas parti des inédites prévues pour la suite de ce projet abandonné.

La cinquième chanson Girls Loves Me est la plus étrange de l’album avec des phrases, qui n’ont pas l’air d’avoir vraiment de sens, lancées en écho sur un rythme de batterie jouant beaucoup sur les cymbales charleston et une basse très présente. Ce sont les très beaux arrangement de cordes joué par Tony Visconti qui donneront son intérêt à ce titre très curieux qui pour le coup ne nous rappelle rien de ce que David Bowie a pu faire jusque là. Certainement le titre le plus expérimental et le moins accessible de cet étonnant album.

Dollar Days est la balade de cet album un titre magnifique principalement au piano et à la guitare acoustique sur lequel David Bowie semble avoir la nostalgie de son Angleterre natale. Des solos de saxophone viennent apporter à ce titre une émotion supplémentaire. Une très belle chanson probablement la plus accessible pour le grand public, qui mériterait de faire l’objet d’un single.

Le début de I Can’t Give You Everything nous fait penser aux titres Underground et Stranger When We Meet de par son synthé aux sonorité old school et sa batterie qui ressemble à une boite à rythme. Mais là ou ces deux chansons était plutôt du genre joyeuse, celle ci est plus triste dans ces paroles puisqu’elle semble parler du secret qu’il a gardé pendant toute sa bataille contre le cancer, son titre pouvant être traduit par Je ne peux pas tout révéler. Une chanson sous forme de confession qui reflète ce qu’a du être cette période difficile pendant laquelle le chanteur a caché son état de santé. Le saxophoniste Donny McCaslin s’y donne encore à cœur joie avec de nombreux solos parfois tristes parfois enjoués mais souvent complètement fous.

 

MON AVIS :

 5/5 

Sept titres pour une durée totale de 41 minutes, c’est un peut court mais c’est bien là le seul défaut de cet ultime chef d’oeuvre que nous délivre David Bowie. Le chanteur arrive une nouvelle fois à se renouveler en mêlant Jazz moderne et expérimentations électro pour marquer définitivement les esprits. Un album en forme de testament où chaque mention de la mort fait frémir mais qui est bien loin de se montrer déprimant et nous montre au contraire un David Bowie volontaire et inspiré. Ses paroles qui semblent utiliser le même procédé de phrases mélangées propre au chanteur vont faire se creuser la tête aux millions de fans qui chercheront à en décrypter le sens. Si Blackstar sera le dernier album sorti du vivant du chanteur, on sait déjà que d’autres œuvres doivent encore sortir et que la musique de David Bowie nous accompagnera toujours.

 

 

TRACKLISTING :

  • 01. Blackstar
  • 02. ‘Tis A Pitiy She Was A Whore
  • 03. Lazarus
  • 04. Sue (Or In A Season Of Crime)
  • 05. Girls Loves Me
  • 06. Dollar Days
  • 07. I Can’t Give Everything Away

 

LINE UP :

  • David Bowie : Chants, Guitares
  • Jason Lindner : Piano, Orgue et Claviers
  • Ben Monder : Guitare
  • Tim Lefevre : Basse
  • Donny McCaslin : Flûte, Saxophone, Bois
  • Mark Guilana : Batterie, Percussions
  • Tony Visconti : Cordes
  • James Murphy : Percussions
  • Erin Tonkon : Chœurs

 

FICHE TECHNIQUE :

  • PRODUCTEURS : David Bowie &Tony Visconti
  • MIXAGE : David Bowie & Tony Visconti
  • GENRE : Pop, Jazz, Drum N’ Bass, Electro
  • DUREE : 41 minutes et 18 secondes
  • LABEL : Iso Records / Sony Music Columbia
  • DATE DE SORTIE : 8 janvier 2016
  • SITE OFFICIEL : http://www.davidbowie.com/

 

 

 


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