L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE de Terry Gilliam [Critique Ciné]

 

L'Homme Qui Tua Don Quichotte

 

L’Homme Qui Tua Don Quichotte a mis tellement longtemps à sortir que plus personne n’y croyait à part son réalisateur Terry Gilliam. Il a bien fait de s’accrocher puisque le film a été enfin présenté en clôture du Festival De Cannes et sort en même temps dans les salles de cinéma françaises. Mais cela méritait il vraiment de s’accrocher autant ?

 

 

SYNOPSIS : Toby s’est toujours imaginé en grand réalisateur mais à force de ne tourner que des publicités, il a perdu la foi dans le métier. Alors qu’il tournait une pub mettant en scène Don Quichotte, il va découvrir qu’il n’est pas loin du village où il avait tourné son film de fin d’étude L’Homme Qui Tua Don Quichotte. En retournant sur les lieux, il va découvrir que son tournage a eu des conséquences inattendues sur les habitants et particulièrement sur le cordonnier qui jouait le rôle principal et qui semble n’avoir jamais compris que le tournage était fini depuis bien longtemps.

 

Cela ce sait depuis longtemps, il y a une sorte de malédiction qui empêche toute adaptation du roman Don Quichotte de Cervantes au cinéma. Même le grand Orson Welles n’a jamais réussi à achever son projet d’adaptation. Pourtant cela ne semble pas avoir effrayé le réalisateur Terry Gilliam qui a choisi lui aussi de mettre en route son propre film sur le célèbre héros. S’il n’avait visiblement pas peur de cette malédiction, il en a pourtant rapidement fait les frais. Entre un premier tournage qui a fini en fiasco le plus total mais qui a donné tout de même naissance au documentaire Lost In La Mancha et avoir par la suite eu toutes les peines du monde à convaincre producteurs, financiers et assureurs pour obtenir une seconde chance, il aura fallu vingt cinq ans pour qu’il puisse enfin réaliser son film. Et même une fois le long métrage achevé, ce n’était pas terminé puisque l’un de ses financiers a bien failli obtenir l’interdiction de sortie. Terry Gilliam a même failli ne voir jamais son film en salles puisque tous ces soucis ont fini par lui causer un AVC. Plus de peur que de mal puisque le réalisateur a finalement réussi à faire la clôture du Festival De Cannes avec L’Homme Qui Tua Don Quichotte. Maintenant que le film est sorti, il ne lui manque pas qu’à convaincre les spectateurs et à la vue du résultat, ce ne sera pas forcement facile !

 

L'Homme Qui Tua Don Quichotte

 

Il n’y a clairement pas qu’un problème de malédiction qui a rendu le tournage de L’Homme Qui Tua Don Quichotte si compliqué. Pour qu’un réalisateur aussi talentueux que Terry Gilliam, à qui l’on doit des films cultes tels que Brazil ou L’Armée Des Douze Singes, n’arrive même plus à convaincre un grand studio de financer et distribuer son projet, c’est que cette histoire n’allait certainement pas être conventionnelle et grand public. Il ne faudra que quelques minutes pour s’en rendre bien compte. Ce nouveau long métrage est vraiment étrange mais ne devrait pas vraiment surprendre dans son genre les fans du réalisateur. Il est vrai qu’en apprenant qu’il allait faire un film sur Don Quichotte, on pouvait s’attendre à un long métrage aussi délirant que Les Aventures Du Baron De Munchausen. On pourrait y croire pendant les deux premières minutes avant de comprendre que ce nouveau film est en fait plutôt une sorte d’autobiographie du réalisateur car il parle clairement plus de cinéma que du roman de Cervantes qui n’est au fond qu’un prétexte au récit et se nourrit des galères du cinéaste pour monter le projet.

Il faut s’accrocher pour comprendre quoi que ce soit à L’Homme Qui Tua Don Quichotte car le film part vraiment dans tous les sens. Plusieurs temporalités vont s’entrechoquer dans le film: Une dans le présent où le réalisateur Toby va retrouver le cordonnier a qui il avait confié le rôle de Don Quichotte et qui n’a jamais su quitter le rôle, une autre en flashbacks du tournage de son premier film sur Don Quichotte et des scènes de rêve où tout le monde se retrouve étrangement plongé à l’époque du héros de Cervantes. Avec tout cela il est vraiment difficile de comprendre ce qu’a voulu nous raconter Terry Gilliam. Au lieu de nous raconter vraiment une nouvelle variation autour du personnage de Don Quichotte, le film semble plus avoir été conçu pour s’interroger de manière très meta sur les métiers de réalisateur ou d’acteur et d’actrices et sur les conséquences que peuvent avoir un tournage. Les années de galère pour monter le projet ayant visiblement largement nourri le scénario du film.

 

L'Homme Qui Tua Don Quichotte

 

Malgré toutes les difficultés que Terry Gilliam a eu pour financer son film, L’Homme Qui Tua Don Quichotte ne semble au final pas avoir manqué de moyens. On retrouve dans les très beaux costumes et les accessoires la patte du réalisateur et l’absence d’effets numériques trop voyants donne au film un coté un peu rétro qui nous renvoie à l’époque des Aventures du Baron de Münchhausen. Dans leur périple, nos deux héros vont rencontrer des personnages haut en couleur qui donne un aspect fantastique à cette histoire à laquelle on arrivera finalement assez difficilement à donner un genre. Si le film prête souvent à sourire, Il lui manque clairement une bonne touche d’humour et un peu plus de fantaisie pour rendre cette histoire plus attrayante.

Même si on ne pourra s’empêcher de penser à ce qu’aurait pu donner L’Homme Qui Tua Don Quichotte avec son casting d’origine composé de Johnny Depp, Jean Rochefort et Vanessa Paradis, il faut reconnaître que le nouveau casting est particulièrement réussi. C’est Adam Driver qui tient le rôle principal du réalisateur désabusé qui va devoir encaisser toutes sortes de brimades sans vraiment réagir, laissant du grain à moudre à tous ses détracteurs. Pour incarner Don Quichotte, Terry Gilliam est allé recherché Jonathan Pryce, le héros du film Brazil, qui est parfait dans ce rôle de chevalier sans peur. Le premier rôle féminin est maintenant tenue par Joana Ribeiro, une vraiment charmante actrice portugaise pas encore très connue par chez nous. Le film fait très fort pour ces seconds rôles avec des apparitions pour la plupart surprenante de Stellan Skarsgard, Olga Kurylenko, Rosy De Palma et Sergi López.

 

L'Homme Qui Tua Don Quichotte

 

Si il y a de quoi se réjouir de voir que Terry Gilliam a enfin pu sortir L’Homme Qui Tua Don Quichotte, le résultat sera cependant assez décevant. Il ne faut pas s’attendre ici à voir une nouvelle version fantastique de l’histoire de Don Quichotte à la manière du Baron De Münchhausen mais une réflexion sur les métiers du cinéma et la conception d’un film. Pas assez drôle, le film arrive cependant par moment à nous enchanter par ses costumes et quelques scènes vraiment réussies. L’ensemble est malgré tout  trop long et assez mal construit pour être une véritable réussite.

 

MON AVIS : 2/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • TITRE ORIGINAL : The Man Who Killed Don Quixote
  • RÉALISATEUR : Terry Gilliam
  • AVEC : Adam Driver, Jonathan Pryce, Joana Ribeiro, Stellan Skarsgård & Olga Kurylenko
  • SCÉNARISTE : Terry Gilliam & Tony Grisoni d’après les personnages créés par Miguel De Cervantes Y Saavedra
  • GENRE : Aventure, Drame, Fantastique
  • NATIONALITÉ : Britannique, Français, Portugais, Espagnol et Belge
  • DISTRIBUTEUR : Océan Films
  • SITE OFFICIEL : http://www.ocean-films.com/film/lhomme-qui-tua-don-quichotte/
  • DATE DE SORTIE : 19 mai 2018