REVENGE de Coralie Fargeat [Critique Ciné]

 

Revenge

 

Et si le succès de Grave ouvrez enfin les portes au cinéma de genre en France ? C’est ce que l’on pourrait croire avec la sortie de Revenge, le premier film de Coralie Fargeat qui n’est malheureusement pas aussi réussi que prévu.

 

 

SYNOPSIS : Arrivé avec deux jours d’avance pour leur partie de chasse, Stan et Dimitri vont surprendre leur ami Richard en charmante compagnie avec la très belle Jen. Cette lolita qui aime jouer les allumeuses va rapidement faire tourner la tête de ces invités imprévus et va finir par se faire violer. Lorsqu’elle menace Richard de tout dire à sa femme, celui-ci ne va pas hésiter à la balancer du haut d’un ravin mais la jeune femme laissée pour morte a en réalité survécu à la chute et compte bien se venger.

 

Si Revenge a été écrit et réalisé bien avant l’affaire Weinstein et le mouvement de libération de la parole Time’s Up, on peut dire que sa sortie tombe à point nommé pour coller à l’actualité. C’est même à se demander si ce n’est pas cela qui a poussé Rezo Films à distribuer en salles le premier long métrage de Coralie Fargeat plutôt qu’en DVD. Car même si il a fait sensation aux festival de Sundance, Toronto et Gerardmer, nous sommes ici dans un film de genre qui avait jusque là très peu de place sur les grands écrans français et à vrai dire en voyant le film, nous sommes clairement devant une série B qui n’aurait probablement jamais fait autant parler d’elle sans son message féministe.

 

Revenge

 

Contrairement aux classiques du genre Viol et Vengeance comme I Spit On Your Grave ou La Dernière Maison Sur La Gauche, certains pourront trouver que l’héroïne de Revenge n’a eu que ce qu’elle méritait. Car si généralement, les victimes de ce genre de film n’ont rien demandé lorsqu’elle se sont fait violer, cette Jen passe son temps à allumer les hommes avec ses tenues provocantes, sa sucette en bouche et ses danses lascives qui ne peuvent laisser aucun homme insensible. Dans le discours féministe que semble porter le film, une femme a tout à fait le droit de se comporter ainsi et c’est aux hommes d’accepter les limites qu’elle impose mais le mâle  pensant bien plus souvent avec son sexe qu’avec son cerveau, elle devrait savoir qu’il faut rester prudente. On aura du coup un peu de mal à prendre le parti de cette femme qui vu l’énergie qu’elle déploie dans le reste du film prouve qu’elle n’aurait normalement pas eu de mal à s’échapper de l’emprise de son violeur.

Il faut avoir lu ou vu une interview de la réalisatrice Coralie Fargeat avant de voir le film pour savoir qu’elle a volontairement signer une histoire sans aucune vraisemblance. Sans cela, on trouvera rapidement le film ridicule en voyant notre héroïne empalée à un arbre mettre le feu à celui ci pour arriver à se sortir de là sans même se brûler. Mais la plus grosse invraisemblance est la manière de cautériser la plaie avec une canette de bière chauffée qui va reboucher à la perfection le trou dû à l’empalement sans même de laisser d’autres traces qu’un branding du phénix du logo de la canette. Si on aurait pu fermer les yeux sur quelques une des incohérences, elles sont malheureusement trop nombreuses et souvent tellement énormes pour un film qui se prend la plupart au temps bien au sérieux qu’on décrochera rapidement. Ce n’est pourtant pas le scénario qui coûte cher dans un film alors pourquoi ne pas avoir pris le temps de vraiment soigner l’histoire avant de partir en tournage ?

 

Revenge

 

C’est d’autant plus dommage qu’esthétiquement le film est très réussi avec souvent de bien belles images de déserts très colorés et des plans originaux rappelant parfois le travail de Bruno Forzani et Hélène Cattet. Remarquée en gagnant le Audi Talent Award, Coralie Fargeat sait visiblement soigner ses images. Dommage cependant d’avoir pris moins de soin à corriger les faux raccords. Impossible de ne pas remarquer cet Ipod qui ne cesse de changer de place entre les plans de la même discussion sur un lit. La réalisatrice abuse aussi a l’excès des effets gores avec des flots permanents d’hémoglobine rarement crédibles qui finiront par saouler même les amateurs de film gore. Il faut reconnaître que les effets spéciaux sont vraiment réussi même si là encore ils ne cherchent aucune cohérence. D’une durée d’1h48, le film prend aussi bien trop de temps à dérouler son histoire sans réussir installer de véritable tension. Avec seulement quatre protagonistes, la réalisatrice doit forcement faire traîner son film mais avec vingt minutes en moins, Revenge en aurait peut être gagné en qualité et nous aurait épargné ce jeu de chat et de la souris entre quatre murs  bien longuet qui sert d’affrontement final.

Proposé dans les salles de ciné en version originale sous titrée ou en version française, on ne verra au fond quasiment pas la différence puisque même en V.O. le film reste en grade partie en Français. Il n’y a en fait que l’héroïne  jouée par l’italienne Matilda Lutz qui parle en anglais et pour le faible nombre de lignes de dialogue elle aurait pu sans peine les apprendre en français. En dehors de cela,on peut dire qu’elle s’en sort pas trop mal dans ce rôle même si elle manque un peu de férocité. Les trois protagonistes très clichés joués par Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Boudède ne se montreront guère dangereux et chacune de leur disparition ne sera qu’un soulagement.

 

Revenge

 

Citant comme influence le Kill Bill de Quentin Tarantino, nous sommes en fait bien loin du compte. On aurait franchement voulu adorer Revenge par la rareté de ce genre de films en France mais les trop nombreuses invraisemblances, toutes volontaires qu’elle puissent être, ne font que plomber le film par le manque de second degrés du projet. On pourra parler d’erreurs de débutante de la part de Coralie Fargeat dont il s’agit du premier film mais on aura tout de même du mal à comprendre pourquoi une telle série b fait un tel tapage si ce n’est pour son sujet qui semble coller à l’actualité du moment.

 

MON AVIS : 2/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : Coralie Fargeat
  • AVEC : Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Boudède
  • SCÉNARISTE : Coralie Fargeat
  • COMPOSITEUR : Rob
  • GENRE : Thriller, Revenge Movie
  • NATIONALITÉ : Français
  • DISTRIBUTEUR : Rezo Films
  • DURÉE : 1h48
  • DATE DE SORTIE : 7 février 2018