SANS UN BRUIT de John Krasinski [Critique Ciné]

 

Sans Un Bruit

 

Succès surprise aux Etats Unis, c’est avec deux mois de décalage par rapport au monde entier que le nouveau film d’horreur phénomène Sans Un Bruit arrive en France. Clairement destiné à un large public en manque de frissons, le film de John Krasinski pourrait cependant décevoir les plus exigeants fans d’horreur.

 

INTERDIT AUX MOINS DE 12 ANS

 

SYNOPSIS : Une invasion de créatures qui attaquent au moindre bruit va pousser les humains à vivre désormais en se faisant le plus discret posssible. Après une terrible tragédie, la famille Abbott a finalement réussi à s’adapter à ce nouveau mode de vie depuis plus d’un an. Mais il suffira d’un bruit pour que le cauchemar recommence.

 

Craignant d’enchaîner les échecs au box office, la Paramount a récemment préféré céder à Netflix les films The Cloverfield Paradox et Annihilation plutôt que de les sortir dans les salles de cinéma françaises. Sans Un Bruit semblait bien parti pour suivre le même chemin puisque sa sortie prévue initialement pour le 18 avril 2018 avait été curieusement repoussé au 20 juin 2018 dans nos salles obscures. C’est probablement parce qu’il a fait un carton assez inattendu aux Etats Unis, où il a réussi à se hisser à la première place du box office pendant plusieurs semaines, que le long métrage de John Krasinski a finalement l’opportunité de sortir au cinéma chez nous. A l’heure du streaming et à la vue du résultat, il n’est pourtant pas certain que le film remportera le même succès en France.

 

Sans Un Bruit

 

Après s’être associé avec Blumhouse Pictures pour la saga American Nightmare, Platinum Dunes la boite de production spécialisé dans l’horreur du réalisateur Michael Bay a choisi de délaisser totalement les remakes de classiques du genre, tels que Amityville ou Massacre A La Tronçonneuse, pour se concentrer sur des histoires totalement inédites. Ils appliquent ici la même recette que le prolifique producteur Jason Blum,  à savoir investir un minimum d’argent dans le budget tout en espérant rafler le gros lot au final. Une recette qui a visiblement fait à nouveau ses preuves aux Etats Unis même si  on aura bien du mal à comprendre ce qui a autant plus dans ce long métrage loin d’être aussi original que ce que l’on a voulu nous vendre.

Sans nous raconter comment on en est arrivé là, Sans Un Bruit commence par une scène, déjà vue dans la plupart des films de désolation, qui voit la famille Abbott tenter de trouver de quoi survivre dans une superette abandonnée. Après  une tragédie, le film fera un saut en avant dans le temps pour nous faire retrouver la même famille plus d’un an après. Il faudra se montrer patient et ne pas trop avoir envie de dormir pour subir ce long quart d’heure d’installation quasiment muet où il ne se passera strictement rien. C’est finalement quand le père et le fils vont partir chercher de quoi se nourrir à l’extérieur qu’à la maison un cri et le bruit d’un cadre photo brisé va attirer les terrifiantes créatures dans la maison des Abbots pour une nuit de cauchemar. Ces bestioles qui ressemblent à d’immenses oreilles sur pattes croisés à des Aliens sont aveugles mais compensent cet handicap par une ouïe hors du commun capable de détecter le moindre son à des kilometres. Il faudra lire les coupures de presses sur les murs de la maison pour tenter de reconstituer le départ de cette histoire et tenter de cerner ce que sont ces créatures annoncées comme indestructibles.

 

Sans Un Bruit

 

Avouant s’être intéressé que très récemment au genre horrifique, le réalisateur John Kraminski semble avoir fait une véritable étude de marché pour compiler tout ce qui a pu marcher dans les films d’horreur de ces trente dernières années pour ses premiers pas dans le genre. Du coup Sans Un Bruit paraîtra loin d’être aussi original que ce que l’on voudrait nous faire croire aux fans les plus exigeants. Impossible de ne pas penser aux œuvres de M. Night Shyamalan  comme Signes et Phénomènes ou au récent It Comes At Night de Trey Edward Shults voir même au jeu vidéo The Last Of Us en voyant ce film. Des différentes situations jusqu’aux bruits des créatures et la musique de Marco Beltrami très répétitive, tout sentira le réchauffé pour les fans du genre. C’est aussi dans la lourdeur des scènes d’exposition que le film perd tout son intérêt. On comprendra bien plus vite que les personnages tout ce qui va leur arriver. Si le film arrive parfois à installer une bonne tension, celle ci est souvent désamorcées par les trop nombreuses incohérences de cette histoire. Sans Un Bruit abuse aussi régulièrement de « jumpscares » trop faciles et guère efficaces.

Si Sans Un Bruit peut compter sur la présence d’Emily Blunt dans le rôle principal c’est tout simplement parce qu’elle est l’épouse du réalisateur John Krasinski. En première lectrice du scénario, c’est elle qui a convaincu son mari de jouer tous les deux l’histoire de ce couple. C’est une chance pour le film de pouvoir compter sur une actrice de ce calibre. Fidèle à elle même, la comédienne délivre une nouvelle prestation impeccable qui fera beaucoup pour la tension dans cette histoire. Elle est clairement plus convaincante que son époux qui malgré ses rôles dans la série The Office et plus récemment dans le 13 Hours du même Michael Bay ou Detroit, aura du mal à rendre son personnage de père de famille convaincant. Les enfants ne sont pas joués par de parfaits inconnues puisque Millicent Simmonds était déjà l’héroïne du Musée Des Merveilles et Noah June a joué dans Bienvenue à Suburbicon. Pour leur jeune age, il faut reconnaître qu’il s’en sortent très bien malgré la bêtise des nombreuses scènes dans lesquels ils figurent dont notamment une sorte de remake de Titanic assez ridicule.

 

Sans Un Bruit

 

Difficile de comprendre l’engouement pour Sans Un Bruit car si le film de John Krasinski est loin d’être totalement raté, il n’a  clairement rien d’exceptionnel. Copiant la recette de Jason Blum, Platinum Dunes n’a fait que compiler tout ce qui a marché ailleurs pour tenter de faire un nouveau succès. Si cela semble marcher pour le grand public qui laissera son cerveau au vestiaire, les fans d’horreur exigeants habitués à des œuvres bien plus originales mais bien moins accessibles auront bien du mal à être convaincu par cette histoire tellement pleine de facilités scénaristiques et d’incohérences qu’elle deviendra bien trop rapidement très décevante.

 

MON AVIS : 1/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • TITRE ORIGINAL : A Quiet Place
  • REALISATEUR : John Krasinski
  • AVEC : Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds et Noah Jupe
  • SCÉNARISTES : John Krasinski, Scott Beck et Bryan Woods
  • COMPOSITEUR : Marco Beltrami
  • NATIONALITÉ : Américain
  • DISTRIBUTEUR : Paramount Pictures France
  • SITE OFFICIELhttp://www.paramountpictures.fr/film/sans-un-bruit/
  • DATE DE SORTIE : 20 juin 2018

 

 

Critique rédigée le 30 mai 2018