SORRY TO BOTHER YOU de Boots Riley [Critique Ciné]

Sorry To Bother You

Attention le premier Objet Filmé Non Identifié de l’année vient d’arriver dans les salles obscures ! Premier film du rappeur Boots Riley, Sorry To Bother You a toutes les qualités pour satisfaire et étonner les cinéphiles les plus exigeants !

SYNOPSIS : Dans une version alternative d‘Oakland, Cassius Green s’est trouvé un travail dans le télémarketing afin de payer ses dettes. En suivant le conseil d’un de ses collègues d’utiliser sa « voix de blanc » au lieu de sa voix normale pour vendre ses encyclopédies, il va rapidement devenir le meilleur élément de l’entreprise. Tandis que ses collègues se battent pour des conditions de travail décentes, il va accéder au rang de super vendeur au risque de passer pour un traître. Mais lorsqu’il va découvrir les secrets de la compagnie qui l’a employé, il va tout tenter pour dénoncer ces pratiques.

Un an déjà que l’on entendait parler partout de Sorry To Bother You ! Lentement mais surement le premier film du rappeur Boots Riley s’est gentiment taillé une solide réputation lors de son passage dans les plus grands festivals même si il a eu le plus grand mal à réussir avant cela à le financer. Basé sur sa propre expérience dans le télémarketing, le rappeur a d’abord fait de cette histoire un album avec son groupe The Coup dont le succès a permis de débloquer les fonds pour faire le film. Et pour un coup d’essai, on peut déjà parler de coup de génie tant Sorry To Bother You est original, frais, drôle et plein de sens.

Sorry To Bother You

Sorry To Bother You est un film super cool porté par la nonchalance de son héros Cassius Green. Pas du genre à se soucier de quoi que ce soit dans la vie, il se laisse porté par la vie mais sa petite amie et l’oncle qui l’héberge le pousse malgré tout à changer sa condition de glandeur en trouvant à tout prix un job qui lui permettra de quitter le garage dans lequel il vit. Déjà ici on sent que le film veut dénoncer un certain conditionnement au monde du travail qui plairait à notre Président. On s’amusera aussi beaucoup de voir que dans cette réalité alternative, des publicités vantent les mérites d’une entreprise qui loge ses salariés dans ce qui ressemblerait fort à une prison tout ça pour leur éviter d’avoir à se déplacer pour aller au travail et qui promet une vie de rêve dénuée de tous soucis qui nous fait froid dans le dos.

Sur un ton très léger de comédie, le réalisateur Boots Riley dénonce beaucoup de choses dans notre Société actuelle. Tout d’abord sur la société de consommation qui pousse les entreprises à toujours plus de profits pour un minimum de dépense. Ou bien encore cette envie de réussir à tout prix pour accéder au confort et au luxe qui peut pousser même les gens en bas de l’échelle à marcher sur les autres pour gravir les échelons. Il dénonce aussi les conditions de travail souvent intolérables avec une belle part donnée aux syndicats qui sent certainement le vécu. Le temps d’une scène, il parle aussi de racisme lorsque Cassius va se retrouver mêlé aux classes supérieures blanches.

Sorry To Bother You

Mais Sorry To Bother You a aussi une part d’onirisme et de fantastique. Le réalisateur ne cache pas l’influence de Michel Gondry dans son travail que ce soit dans des scènes en animation image par image où ne serait-ce déjà dans les scènes où lorsque Cassius appelle ses clients, il se retrouve propulsé avec son bureau directement face à eux. On pense alors forcement à Eternal Sunshine Of The Spotless Mind ou La Science Des Rêves. Ce n’est cependant qu’une petite partie du long métrage car le réalisateur sait aussi imposer sa patte et nous étonner à de multiples occasions en rajoutant plusieurs couches d’intrigues lorsque l’on pense que le film va toucher à sa fin. Des rebondissement qui tournent même à l’absurde voir à l’horreur dans la dernière partie du film lorsque sont dévoilés les véritables intentions de cette entreprise qui semblait vendre du rêve.

La réussite de Sorry To Bother You repose aussi beaucoup sur la prestation de ses acteurs. Loin de son rôle décrié de « L » dans l’adaptation du manga Death Note sur Netflix, Lakeith Stanfield joue le coolissime Cassius. Sa petite amie est jouée par Tessa Thompson vue il y a peine quinze jours déjà dans une rôle de petite amie dans  Creed II mais à la fois totalement différente ici, bien plus cool en artiste indépendante. Échappé de The Walking Dead, Steven Yeun joue ici un syndicaliste véhément après avoir déjà défendu son job de manière bien différente dans le film d’horreur Mayhem. Vu dernièrement dans Call Me By Your Name, Armie Hammer est ici délicieusement détestable dans le rôle du big boss de Cassius plein aux as. On s’amusera aussi de la prestation de Danny Glover dans un petit rôle de collègue aux bons conseils.

Sorry To Bother You

Parce qu’il dénonce subtilement tous le maux de notre société actuelle sans en donner l’air, Sorry To Bother You est un film très intelligent et particulièrement étonnant de part son histoire et sa réalisation imaginative. La révélation d’un nouveau réalisateur et scénariste  à suivre de près qui n’a certainement pas fini de nous surprendre. Véritable Objet Filmé Non Identifié, ce long métrage pourrait bien gagner la palme du film le plus cool de l’année.

MON AVIS : 4/5

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : Boots Riley
  • AVEC : Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Steven Yeun, Armie Hammer & Danny Glover
  • SCÉNARISTE : Boots Riley
  • GENRE : Comédie, Fantastique, Science Fiction
  • DURÉE : 1h51
  • NATIONALITÉ : Américain
  • DISTRIBUTEUR : Universal Pictures International France
  • SITE OFFICIEL : http://sorrytobotheryou.movie/
  • DATE DE SORTIE : 30 janvier 2019