THELMA de Joachim Trier [Critique Ciné]

 

Thelma

 

Candidat aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger, Thelma, la première incursion dans le fantastique du réalisateur norvégien Joachim Trier, sort cette semaine dans un circuit de salles limitée alors qu’il risque fort de faire beaucoup parler de lui.

 

AVERTISSEMENT :
DES SCÈNES, DES PROPOS  OU DES IMAGES PEUVENT HEURTER LA SENSIBILITÉ DES SPECTATEURS

 

SYNOPSIS : A vingt ans, Thelma va enfin pouvoir échapper un peu à l’emprise de parents très croyants et très possessifs en allant faire des étudies de Biologie loin d’eux. Mais la vie de jeune étudiante n’est pas facile et Thelma va rapidement se sentir seule dans son incapacité à sympathiser avec d’autres camarades. En voyant pour la première fois la belle Anja à la bibliothèque, elle va être prise de sentiments qu’elle ne maîtrise pas et qui vont déclencher chez la jeune femme d’étranges crises d’épilepsie.

 

Ne vous arrêtez surtout pas à l’affiche française de Thelma pour juger le nouveau film de Joachim Trier. Au lieu de directement mettre en avant son coté étrange comme l’affiche originale visible en bannière de l’article qui fait un peu penser à celle du Silence Des Agneaux, il faut vraiment réussir à décoder celle-ci pour y trouver les codes du film fantastique : un regard inquiétant, une atmosphère sombre et son titre en rouge. Mais combien de spectateurs potentiels ne vont pas faire de l’effort et s’imaginer que Thelma n’est juste que l’histoire d’une jeune catholique sans se douter de ce que cache le film. Et pourtant, il serait tellement dommage de passer à coté du quatrième film de Joachim Trier car il risque fort de faire parler de lui et de permettre au réalisateur de se faire connaître dans le monde entier et être certainement bientôt appelé à tourner à Hollywood.

 

Thelma

 

Thelma surfe sur deux courants forts du cinéma de ces dernières années : le drame teinté d’horreur et de fantastique qui cache bien son jeu à la Grave ou à la It Comes At Night et le film d’amour lesbien qui semble en vogue depuis la Palme d’Or décernée à La Vie d’Adèle et dont on ne compte plus les représentants peut être parce qu’il est plus capable d’attirer un plus large public car souvent source de fantasmes pour les hommes. Ce n’est pas pour autant que le film de Joachim Trier n’est pas original bien au contraire même car ce mélange permet différentes strates de lecture qui accentue le mystère de cette intrigue.

Le film commence par une scène où Thelma alors âgée de six ans avait failli être abattue froidement par son père sans que l’on sache pourquoi. A la manière des grands films d’horreur des années 70, Joachim Trier va prendre tout son temps pour dérouler son histoire. On retrouve Thelma perdue dans sa nouvelle vie étudiante et forcement tout de suite attachante par son coté réservé et qui nous touchera par sa solitude. Comme pour elle, l’apparition de la belle Anja va faire battre notre cœur plus vite et nous seront ravis de leur rapprochement même si il est dommage que pour s’intégrer et que ses camarades arrêtent de se moquer d’elle, la jeune femme soit obligée de se mettre à boire et à fumer comme tout le monde autour d’elle.

 

Thelma

 

A la première crise d’épilepsie nous ne verrons pas forcement tout de suite l’aspect fantastique du film. Ce n’est que quand celle-ci vont se faire plus fréquente que nous comprendrons que Thelma semble être dotée de pouvoirs spéciaux notamment lorsqu’elle va réussir à attirer jusqu’à chez elle Anja qui a l’air de se demander comment elle a bien pu  arriver là. Inspiré par Carrie de Stephen King, Joachim Trier dénonce ici une éducation trop catholique qui empêche la jeune femme de vivre librement sa vie et ses amours. Tous les mystère du film s’éclairciront lorsque l’on découvrira le passé de Thelma. La fin du film dure, surprenante et vraiment réussie divisera probablement les spectateurs en fonction de ceux qui donneront tort ou raison à la jeune femme.

En plus d’un scénario intelligent qui ne cessera de nous surprendre, Thelma se démarque par sa mise en en scène élégante remplie de très belles images et de cadrages originaux de plus portée par une bande son composée par Ola Fløttum qui devrait plaire aux fans d’Howard Shore. Mais surtout la réussite du film repose en grande partie sur l’excellente prestation de la jeune Eili Harboe, qui nous avait déjà tapé dans l’œil dans le film catastrophe The Wave et qui peut ici étaler tout son talent en étant quasiment de chaque scène. Une vraie révélation qu’on ne tardera certainement pas à revoir. Pour jouer la séduisante Anja, c’est la chanteuse Okay Kaya qui a été choisie et qui fait des premiers pas très réussis au cinéma. Dans les rôles des parents on retrouve Ellen Dorrit Petersen et Henrik Rafælsen  deux acteurs que Joachim Trier a déniché en produisant Blind : Un Rêve Oublié et qui se montrent épatants dans les différentes facettes de leurs personnages.

 

Thelma

 

Vraiment habile dans son écriture qui arrive à rester originale tout en empruntant des codes et des modes déjà beaucoup vus,  Thelma mérite vraiment d’être que l’on s’y intéresse de près également pour la prestation sans failles de son actrice principale Eilie Harboe qui sait se montrer charmante, attachante mais aussi parfois vraiment inquiétante. N’hésitez vraiment pas à aller voir Thelma au cinéma, car quand celui-ci fera l’objet d’un remake américain ou quand son réalisateur Joachim Trier sera appelé par Hollywood, vous pourrez vous vanter d’avoir été parmi les premiers à croire à son potentiel.

 

MON AVIS : 3/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : Joachim Trier
  • AVEC : Eili Harboe, Okay Kaya, Ellen Dorrit Petersen & Henrik Rafælsen
  • SCENARISTES : Joachim Trier & Eskil Vogt
  • COMPOSITEUR : Ola Fløttum
  • GENRE : Drame, Fantastique
  • DURÉE : 1h56
  • NATIONALITÉ : Danois, Suédois, Norvégien, Français
  • DISTRIBUTEUR : Le Pacte
  • SITE OFFICIELhttp://thelma.film/
  • DATE DE SORTIE : 22 novembre 2017