UNDER THE SILVER LAKE de David Robert Mitchell [Critique Ciné]

 

Under The Silver Lake

 

Après nous avoir mis une petite claque avec le film d’horreur, c’est avec une grosse baffe que David Robert Mitchell fait son retour dans les salles obscures avec le film noir Under The Silver Lake à ne manquer sous aucun prétexte.

 

 

SYNOPSIS : A  33 ans, Sam mène une vie de glandeur à Los Angeles sans se soucier qu’il sera bientôt expulser. Il fera un jour la rencontre de sa charmante voisine Sarah avec qui il passera une soirée envoûtante. Mais alors qu’il devait se revoir le lendemain, Sam va découvrir que la jeune femme semble avoir mystérieusement déménagé pendant la nuit. Bien décidé à la retrouver, le jeune homme va chercher tous les codes et indices capables de le mettre sur la piste de la demoiselle.

 

Il y a des films dont on sait déjà au bout d’à peine quelques secondes que l’on est devant un véritable chef d’oeuvre. C’est clairement le cas devant Under The Silver Lake, le troisième film écrit et réalisé par David Cameron Mitchell a qui l’on doit l’inédit en salles The Myth Of The American Sleepover et surtout l’excellent film d’horreur It Follows qui l’avait vraiment révélé. Après avoir participé à la semaine de la critique avec son film d’épouvante pas comme les autres, ce troisième long métrage encore plus ambitieux a carrément eu l’honneur d’être sélectionné officiellement parmi les films en compétition lors du dernier Festival De Cannes. Et même si au final, le réalisateur est reparti bredouille de la compétition, il est maintenant clairement bien installé dans les réalisateurs à surveiller de près. Si on n’était un peu déçu d’apprendre qu’il ne poursuivait pas dans la voie horrifique après avoir tout de même reçu le Grand Prix au Festival de Gerardmer en 2015, cet hommage au cinéma noir des années 50/60 et de la culture Pop est sans aucun doute bien parti pour être l’un des meilleurs films de l’année si ce n’est le meilleur tout court.

 

Under The Silver Lake

 

On sent poindre l’absurdité dans Under The Silver Lake dès les premières secondes alors qu’une serveuse s’acharne désespérément à tenter d’effacer un message d’avertissement contre le tueur de chiens qui sévit dans le quartier tagué sur la vitrine de son café. On repère immédiatement un incroyable mélange d’inspirations dans les premières images du film vraiment très colorées qui ne sont pas sans rappeler le travail du photographe David Lachapelle. Si avec It Follows, le réalisateur David Robert Mitchell mélangeait les influences des teen movies de John Hugues tels que The Breakfast Club et Sixteen Candles à l’horreur asiatique à la Ring ou The Grudge, ici on sent tout de suite l’influence d’Alfred Hitchcock et d’autres réalisateurs de films noirs des années 50 et 60 dans le cadrage et surtout dans la musique qui rappelle les airs de Bernard Hermann composée ici par Rich Vreedland alias Disasterpeace déjà à l’oeuvre sur It Follows . Mais le cinéaste rend son film à la fois très moderne par des influences plus proches de nous comme celle du réalisateur Gregg Araki dans l’étrangeté du film proche de Kaboom, de l’écrivain et scénariste Bret Easton Ellis sans oublier le David Lynch de Mulholland Drive voir même le Nicolas Winding Refn de Neon Demon pour sa collection de belles starlettes en devenir et peut être même un brin d’absurdité emprunté à Quentin Dupieux.

Avec ce mélange d’inspirations diverses et variées, il sera bien difficile d’arriver à classer Under The Silver Lake dans un genre particulier. Si nous sommes dans une intrigue digne d’un thriller, son coté complètement décalé et délirant lui donne aussi les allures d’une comédie pas comme les autres. Il n’y a pas de vannes toutes les trente secondes mais des situations parfois tellement absurdes que l’on pourra se retenir d’éclater de rire devant la folie du film. On parle souvent de films jubilatoires mais pour le cas de Under The Silver Lake c’est vraiment le cas. On est émerveillé par la beauté des images, des décors, l’utilisation parfois de sublimes séquences d’animation et littéralement subjuguée par l’incroyable histoire sortie directement de l’esprit du réalisateur et scénariste David Robert Mitchell. Il utilise plein de références musicales, cinématographiques voir même vidéo-ludiques de la culture pop depuis les années 60 jusqu’aux années 90 avec des films comme Comment Épouser Un Miliardaire et des hommages appuyés à Marilyn Monroe, une bande originale pleine de titres variées avec une préférence pour le rock alternatif des 90’s (Nirvana, Pixies, R.E.M.) et la présence importante de la première console Nintendo et la sonnerie 8-bits du téléphone du héros.

 

Under The Silver Lake

 

Se mettant aucune barrière, David Robert Mitchell n’a pas hésité à faire un film de deux heures et dix neufs minutes. Face à cette intrigue qui semble partir un peu dans tous les sens sans que l’on arrive vraiment à cerner là où le réalisateur veut nous emmener, il ne sera pas étonnant de voir quelques spectateurs quitter la salle avant la fin du film. Alors qu’on croit parfois arriver au bout du mystère, le réalisateur arrive à repousser les limites avec de nouvelles scènes encore plus folles que les autres comme la rencontre avec l’auteur d’un fanzine complètement parano mais tellement persuasif qu’on finira à croire à ses théories, du roi des clochards et sa couronne en carton et surtout une scène incroyable avec « The Songwriter » un très vieux monsieur qui aurait écrit tous les tubes du monde. Bien sur, il ne faudra pas s’attendre au final avoir toutes les réponses aux mystères du film mais cela n’a franchement pas grande importance car certains ne sont là que pour créer l’atmosphère. Under The Silver Lake est de toute manière un film qu’il faudra voir de nombreuses fois avant d’en trouver tous les codes et percer ses mystères.

En voyant l’interprétation exceptionnelle d’Andrew Garfield dans Under The Silver Lake, on se dit qu’au final ce n’est pas plus mal pour lui de s’être fait remplacer dans le rôle de Spider-Man, car si l’acteur ne nous avait pas franchement épaté dans les films de Marc Webb, il s’est depuis vraiment révélé tout d’abord dans le Tu Ne Tueras Point de Mel Gibson et maintenant dans le film de David Robert Mitchell. Il montre ici un talent comique qu’on ne lui connaissait pas et ce rôle de glandeur lui va comme un gant. On appréciera au passage le clin d’œil fait à l’Homme-Araignée dans le film. La mystérieuse Sarah que l’on verra que trop brièvement est jouée par Riley Keough, héroïne de la série The Girlfriend Experience, impressionnante dans son hommage à Marilyn Monroe. Hollywood oblige, le film compte un nombre impressionnant de starlettes toutes plus sexy les unes que les autres parmi lesquelles on reconnaîtra Callie Hernandez vue dans Alien Covenant et La La Land en fille de milliardaire, Riki Lindhome  vue dans le remake de La Dernière Maison Sur La Gauche en plan cul régulier aux tenues affriolantes ou bien encore Grace Van Patten vue dans The Meyerowitz Stories et Sydney Sweeney vue dans The Handmaid’s Tale en étrange call girls. Andrew Garfield croisera aussi par moment ce qui semble être un ami proche joué de manière très amusante par Jimmi Simpson vu dans les séries Westworld et House Of Cards ou bien encore Topher Grace de That’ 70’s Show.

 

Under The Silver Lake

 

En l’espace de trois films, David Cameron Mitchell s’impose déjà comme un réalisateur qui va compter dans les années à venir. Avec Under The Silver Lake, il montre qu’il est parfaitement capable d’ingurgiter des tonnes d’influences diverses et variées venues de toutes les époques pour en tirer une oeuvre très inspirée et terriblement moderne qui devrait faire plaisir à tous ceux en quête d’originalité au cinéma. Que ce soit dans la réalisation magistrale, la photographie sublime, des décors incroyables, une bande originale que l’on a envie de se procurer au plus vite et une interprétation impeccable, tous les ingrédients sont réunis pour faire de Under The Silver Lake le film de l’année.

 

MON AVIS : 5/5

 

BONUS : trois titres de la bande originale de Under The Silver Lake

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : David Cameron Mitchell
  • AVEC : Andrew Garfield, Riley Keough, Jimmi Simpson, Callie Hernandez, Riki Lindhome & Grace Van Patten
  • SCÉNARISTE : David Cameron Mitchell
  • COMPOSITEUR : Rich Vreedland / Disasterpeace
  • GENRE : Thriller, Film Noir, Comédie Dramatique
  • DURÉE : 2h19
  • NATIONALITÉ : Américain
  • DISTRIBUTEUR : Le Pacte
  • SITE OFFICIELhttps://a24films.com/films/under-the-silver-lake
  • DATE DE SORTIE : 8 août 2018

 

Under The Silver Lake