DES FLEURS POUR TOKYO de Yuiga Danzuka [Critique Ciné]
bien heureux sera celui qui saisira le sens du nouveau mélodrame japonais Des Fleurs Pour Tokyo.
Souvent lorsque nous allons voir un des récents mélodrames japonais qui peuvent sortir au cinéma en France, il n’est pas toujours évident d’en comprendre le message voir même le sens ouvert à des interprétations personnelles. Pour son premier film, passé par La Quinzaine Des Cinéastes du Festival De Cannes en 2025, le jeune réalisateur Yuiga Danzuka élève le challenge à des hauteurs rarement atteintes. Il faudra donc vraiment être très familier de ce genre de cinéma pour ne pas sortir de salle en ayant l’impression d’avoir un peu perdu deux heures de sa vie mais les amoureux du genre y trouveront sans nul doute tout de même bien des qualités.
Allez découvrir en salles Des Fleurs Pour Tokyo sans avoir rien lu sur le film ou vu la bande annonce auparavant c’est prendre le risque de se demander pendant un long moment ce que cherche à nous raconter le réalisateur et scénariste Yuiga Danzuka. Le film commence dans un restaurant sur une aire d’autoroute où un couple et leurs deux enfants déjeunent avant de s’enfiler les derniers kilomètres jusqu’à la petite maison qu’ils ont loués pour quelques jours afin de profiter d’un rare moment tous en famille. Mais à peine arrivé, le père, paysagiste-concepteur, va devoir rentrer au plus vite à Tokyo pour être certain d’emporter un important appel d’offre qui pourrait être une grande avancée dans sa carrière. Déjà, nous ressentons dans le rythme et le découpage des scènes qu’un drame est sur le point de se produire mais le génerique va alors débuter sans que rien ne se soit survenu en apparence.
Passé le générique, dix ans et demi se seront écoulés. Nous découvrirons que le plus jeune enfant que nous avions pris pour une fille avec ses cheveux mi-long est en fait un garçon devenu livreur de fleurs pour les cérémonies faute de mieux. Sa grande sœur est elle sur le point de franchir un cap en s’installant avec son petit ami avant leur mariage. C’est au détour d’une conversation entre eux que nous découvrirons qu’une tragédie a bien eu lieu durant ce fameux séjour. N’en pouvant plus des absences de son mari la mère a mis fin à ses jours pendant qu’ils étaient partis nager. Trois ans après le drame, ce père toujours plus soucieux de sa carrière était parti travailler à l’étranger en laissant ses enfants au Japon. Quand le film commence vraiment cela fait sept ans qu’ils n’ont pas vu leur père. La jeune femme n’a aujourd’hui plus envie de le revoir mais pour le jeune homme cela semble plus compliqué. Le hasard fera qu’il finira par le retrouver à Tokyo alors qu’il était chargé sans le savoir de livrer des fleurs à l’inauguration de l’exposition consacrée au travail de son père.
Contrairement à ce que son titre français pourrait laisser croire, Des Fleurs Pour Tokyo n’est pas qu’une histoire de fleuriste. Le titre original japonais « Miharashi Sedai » (見晴らし世代) est une expression composée entre les mots « Perspective » et « Génération » difficilement traduisible en français mais devenu à l’international Brand New Landscape (paysage flambant neuf). Des jeux de mots sur le travail de paysagiste du père et sur ses deux enfants sans réelles perspectives d’avenir. Mais à vrai dire ce n’est qu’en lisant une interview du réalisateur que nous comprendrons ses réelles intentions de dépeindre cette jeunesse d’aujourd’hui qui ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie dans un Tokyo en transformation permanente.
Nous sommes désormais bien habitués à ce genre de mélodrames japonais aux images contemplatives et aux longs silence que nous sommes censés pouvoir interpréter par nous même. Mais pour son premier film, il faut reconnaitre que Yuiga Danzuka en abuse clairement et se perd en plus dans une disgression fantastique qui ne fera que nous perdre un peu plus. Ce sont certainement les spectateurs qui aiment faire divaguer leur cerveau devant ce genre de films contemplatifs qui trouveront le plus de sens à cette histoire mais ce n’est pas certains que cela soit le même que celui du réalisateur.
Nous pouvons tout de même voir en Des Fleurs Pour Tokyo un drame sur les relations familiales. Nous nous étonnerons dès le début des liens très distants qu’entretiennent les membres de cette famille qui semblent incapable de communiquer entre eux. Les agissement de cette mère qui regardait de loin sa famile et ne participait pas aux activités étaient des signes qu’elle ne voulait probablement pas d’enfants et qu’elle les a fait que par amour pour son mari sans que cela suffise à le détourner de son travail. Pas étonnant donc que les deux jeunes manquent aujourd’hui de repères et n’attendent plus rien de leur père. Bien que cette situation soit désolante, le réalisateur n’arrivera cependant pas vraiment à nous émouvoir à trop jouer sur les non-dits.
Nous avons connu des cinéastes japonais bien plus inspiré que Yuiga Danzuka dont ce premier film n’est pas vraiment la réussite qu’on nous avait vendu. A abuser des scènes contemplatifs, le cinéaste laisse planer de gros doutes sur ce qu’il cherche à raconter au point de faire décrocher les spectateurs qui tenteront en vain de comprendre ses intentions. Au lieu de nous émouvoir, il nous laissera plutôt à la recherche de réponses sur ce que nous venons de voir. Sa mise en scène soignée et la prestation des acteurs donneront tout de même de qualités à ce premier long métrage pour les amateurs de mélodrames japonais.
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