LA CHAMBRE D’À CÔTÉ de Pedro Almodóvar [Critique Ciné]
Récompensé du Lion d’Or à la Mostra de Venise, La Chambre d’À Côté de Pedro Almodóvar déçoit pourtant.
Déjà vainqueur de deux Oscars, Pedro Almodóvar n’en aurait-il pas déjà assez ? Pour la première fois, il compte se mettre dans la poche le public anglophone en tournant son premier film dans la la langue de Shakespeare. Une deuxième étape après le court métrage La Voix Humaine qui lui permet de retrouver Tilda Swinton. Mais même s’il a reçu la récompense ultime du Lion d’Or lors de la dernière édition de la Mostra de Venise, il n’y aura pourtant bien que les inconditionnels du cinéaste pour trouver le moindre intérêt à La Chambre D’à Côté.
« Tu t’es vu quand tu as bu de l’ eau ? » c’est au célèbre sketch des Nuls qui nous viendra rapidement à l’esprit à suivre cette interminable discussion ennuyeuse à mourir entre les deux héroïnes de La Chambre D’à Côté. La mort, c’est justement ce que compte se donner l’une d’entre-elles Martha atteinte d’un cancer inopérable et qui n a pas envie de voir son état de santé se dégrader. Ne pouvant compter sur ses plus proches amies ni sur sa propre fille avec qui elle est en froid pour l’assister pour ce dernier voyage, elle profitera des retrouvailles avec son amie d’enfance Ingrid pour lui demander cette faveur.
La Chambre D’à Côté a beau mettre en scène deux femmes dans les rôles principaux, en bon macho espagnol qu’il a toujours été, Pedro Almodóvar n’arrivera pas encore a passé le fameux « Test de Bechdel » avec ce nouveau long métrage puisqu’il ne faudra pas plus de cinq minutes avant qu’elles ne se mettent à parler d’un homme. Alors que nous ne savons encore quasiment rien d’elles, Pedro Almodóvar a tenu immédiatement à partir en flashback dès les premières minutes pour raconter la rencontre de Martha avec le père de sa fille et nous expliquer pourquoi mère et fille sont aujourd’hui en froid.
Avec La Chambre D’à Côté, Pedro Almodóvar veut pousser les spectateurs à réfléchir sur l’euthanasie ou suicide assisté et à songer à la vie et à la mort qui nous rattrapera tous. Cependant il le fait sans chercher à émouvoir par le destin de Martha. Plutôt que jouer sur la carte du pathos, le cinéaste a décidé d’en faire une sorte de lent thriller appuyé par une musique à suspense avec pour mystère de savoir quel jour Martha choisira de fermer la porte rouge de sa chambre, synonyme de son passage à l’acte.
Tandis que certains spectateurs profiteront du rythme lent de La Chambre d’Á Côté pour se plonger dans leurs réflexions, ceux qui chercheront un réel intérêt dans les différentes scènes du long métrage auront de quoi rester perplexe. Pedro Almodóvar semble avoir plus soigné l’esthétique de son film que son scénario adapté du livre Quel est donc ton tourment ? de Sigrid Nunez. Il joue sur ses couleurs fétiches habituelles jaune et rouge et sur l’architecture moderne pour nous offrir de bien belles images mais ne se soucie pas des failles de son improbable histoire. Nous nous étonnerons de ne pas voir arriver plus tôt la fille de Martha qui ne cherche même pas à voir une dernière fois sa mère malade pour débarquer immédiatement dès sa mort juste pour un effet de réalisation.
Tout aussi excellentes qu’elles soient une fois de plus, Tilda Swinton et Julianne Moore n’auront peu de choses à défendre dans La Chambre D’à Côté. Jouer les malades n’est pas bien difficile pour Tilda Swinton dont la silhouette ne respire pas en général la santé. Pas trop de surprises non plus du cote de Julianne Moore habituée à ce genre de rôle dramatique larmoyant. Nous nous demanderons en revanche ce que vient faire John Turturro dans cette histoire tant son personnage semble vouloir montrer que les hommes sont inutiles dans ce récit voir même des hommes objets comme Alvise Rigo en coach sportif très poilu tel un fantasme féminin. Il y aura aussi de quoi s’étonner de voir la très mignonne Esther Rose McGregor incarner la version jeune du personnage de Martha alors qu’elle n’a physiquement rien en commun avec Tilda Swinton.
Même s’il s’est un peu fait une spécialité des portraits de femme, Pedro Almodóvar n’arrivera qu’à séduire ses plus fidèles admirateurs avec La Chambre D’à Côté. Recherché visuellement et porté par deux très grands actrices, nous nous ennuierons pourtant ferme devant cette histoire enchaînant les tunnels de dialogue sans jamais réussir à nous émouvoir malgré son sujet.
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