SINNERS de Ryan Coogler [Critique Ciné]
Ryan Coogler s’inspire de Jordan Peele pour se lancer dans le genre horrifique avec le bien mauvais Sinners.
Il parait que certains spectateurs ont du mal a s’identifier aux personnages d’un film s’ils n’ont pas la même couleur de peau qu’eux. C’est bien dommage pour ceux qui pensent ainsi car ce sont plutôt les sujets évoqués dans les films qui devraient leur parler plus que la couleur des personnages. C’est cependant pour une partie d’entre eux que Marvel avait décidé de sortir Black Panther. Après Creed, spin off noir de Rocky visant le même public, Ryan Coogler poursuit dans la même lignée avec Sinners. Un film de vampires qui ne fait que voler de bonnes idées à des classiques du genre pour le servir à un public loin d’être cinéphile.
À moins d’avoir très peu de connaissances cinématographique, il sera absolument impossible de ne pas voir en Sinners qu’une sorte d’honteux plagiat du film Une Nuit En Enfer de Robert Rodriguez destiné à séduire le public noir. Le nouveau long métrage de Ryan Coogler met en effet également en scène deux frères gangsters, qui sont même ici jumeaux, de retour dans leur ville natale où leur terrible réputation les a précédé. Au lieu d’aller passer une nuit dans un bar, ils ont décidés de le construire eux mêmes un lieux pour pécheurs (sinners) où se mêle alcool, jeux et blues music. En une seule journée, ils arriveront à acheter le lieu et à engager tout le personnel nécessaire pour l’inaugurer le soir même. Mais la nuit venue, des clients inattendus vont tenter de venir gâcher la fête.

Pendant une longue première heure, Ryan Coogler prend beaucoup trop de temps pour installer le cadre de son intrigue sur des terres où les noirs ramassent encore le coton dans les champs et chantent le blues à tous les coins de rues. Des clichés bien éculés couplés à une histoire rappelant aussi le film Des Hommes Sans Loi pour son cadre de prohibition et Legend où Tom Hardy incarnait déjà à lui seul deux jumeaux mafieux .
Acteur fétiche de Ryan Coogler depuis son premier long métrage Fruitvale Station, c’est Michael B. Jordan qui a été encore choisi pour incarner les deux jumeaux. Malgré son budget, aucune scène où les deux frangins partagent le même plan ne fonctionnera. Ca sent le bidouillage numérique d’images à plein nez et les interactions entre eux seront très limités Ils seront même incapables de se couper la parole. Mais pire que tout, Ryan Coogler n’aura pas réussi à donner à chacun des frères son propre caractère ni même son propre look qui aurait permis de les distinguer immédiatement. Ce sera un véritable défi de savoir lequel des deux frères est à l’écran dans ses scènes en solo lorsque son nom ne sera pas mentionné. De toute manière, le scénario est tellement creux que cela n’aura au final pas la moindre importance de savoir qui est qui.

Si la bande annonce ne cachait pas ses influences pour attirer les spectateurs, elle dissimulait bien par contre le fait que Sinners n’est pas loin d’être une comédie musicale à l’image de la nouvelle adaptation de La Couleur Pourpre passée inaperçue en salles. Une grande place est faite aux numéros musicaux chorégraphiés qui se permettent d’inclure des personnages anachroniques du passé et du futur sortis dont on ne sait d’où. Fort heureusement, ces chansons sont bien souvent très bonnes mais elles ne font encore que ralentir le rythme avant la confrontation que nous attendons avec impatience entre les joyeux fêtards et les vampires. Focalisé sur ces passages musicaux, Sinners oubliera sa vocation première de film d’horreur de provoquer la moindre terreur. La bataille tant attendue se montrera terriblement brouillonne et dépourvue d’enjeux tant nous n’aurons pas réussi à nous attacher aux personnages du film.
Ceux qui ne croient pas au racisme anti-blanc en auront pourtant la preuve ici avec Sinners car les vampires principaux sont tous blancs et apparemment liés au Klux Klux Klan. Ils se verront même insultés de « sales blancs ». Si Ryan Coogler voulait évoquer le racisme contre les noirs dans cette région des États Unis, ce n’était pas la peine pour autant d’inverser le mouvement. Il ne semble pas avoir plus d’égard pour les femmes dépeintes ici de manière vulgaire comme des objets sexuels ou tout juste bonne à faire la cuisine. La pauvre Hailee Steinfeld ne méritait clairement pas pareil traitement. Avec toutes ces potentielles polémiques, cela risque de faire beaucoup de monde à qui Sinners ne plaira pas du tout.

Plagiat éhonté d’Une Nuit En Enfer qui voudrait en plus militer bien maladroitement contre le racisme, Sinners n’est qu’un immense ratage qui a totalement faux sur tous les tableaux. Ni intelligent, ni suffisamment horrifique, Ryan Coogler échoue à tenter de faire aussi bien que Jordan Peele dans ce mélange de genre. Seules quelques chansons seront à retenir de ce film mais autant acheter le disque qu’une place de cinéma.
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