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UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi [Critique Ciné]

Après Sirat, le palmarès 2025 du Festival de Cannes poursuit sa traversée du désert avec la Palme d’Or décerné  à Un Simple Accident qui ne méritait pas tant d’éloges.

Considéré bien souvent par le grand public comme un festival élitiste et intellectuel qui voit revenir quasiment chaque année les mêmes réalisateurs et dont nous pouvons presque deviner le vainqueur à l’avance.  Que le jury du Festival De Cannes présidé cette année par Juliette Binoche a choisi de décerner la Palme d’Or à Un Simple Accident n’a pas l’air d’une réelle célébration du cinéma mais plutôt d’un soutien inconditionnel à son réalisateur Jafar Panahi longtemps empêché de venir sur la Croisette par le régime iranien. Mais allons nous au cinéma pour faire un acte militant ou pour profiter d’un bon film ? A l’image du très ennuyeux Sirāt qui a gagné sans raison le Prix Du Jury, cette Palme d’Or n’est absolument pas ce à quoi s’attendre en lisant les dizaines de commentaires dithyrambiques de la presse sur l’affiche.

Un Simple Accident c’est ce qui conduira un père de famille à demander de l’aide pour réparer sa voiture. Mais dans l’entrepôt où il s’est arrêté, un homme pense reconnaitre au bruit de la prothèse de jambes qu’il porte le tortionnaire qui l’a torturé en prison. Bien décidé à se venger, il va alors le prendre en filature avant de le capturer et l’entrainer dans le désert pour l’éliminer. Mais au moment où il s’apprêtait à l’enterrer vivant, sa victime fera planer un doute sur son identité. Dans la crainte de tuer un innocent, l’apprenti kidnappeur va alors chercher d’autres victimes du tortionnaire pour l’aider à l’identifier. Mais tous ces prisonniers avaient les yeux bandés lors des interrogatoires musclés dont ils ont été victimes et seront incapables de le reconnaître à coup sur.

Un Simple Accident

Emprisonné par deux fois pour ses précédents films et ses prises de position, le réalisateur Jafar Panahi aurait très bien pu faire un film montrant réellement les actes de tortures et les conditions d’emprisonnement dans les geôles iraniennes. Mais au lieu de montrer directement les horreur il préfère les suggérer en laissant parler les gens comme dans Taxi Teheran où il écoutait différentes confessions de passagers sur leur vie. C’est certes courageux de vouloir tourner des films en Iran pour dénoncer sur place les horreurs que peuvent vivre ce peuple mais à tourner ses films dans l’urgence et en catimini pour ne pas être à nouveau arrêté, le cinéaste est incapable de créer une mise en scène digne d’un vrai long métrage de cinéma.

Si Jafar Panahi arrive à ménager un certain suspense dans cette filature et les premiers instants du film, passé le premier quart d’heure le cinéaste montrera bien son incapacité à rendre son thriller réellement angoissant. Dénué de musique pour créer l’ambiance, Un Simple Accident est souvent un enchainement de longs plans fixes aux décors moches et vides où le réalisateur n’a même pas pris la peine de placer ses acteurs de manière un peu artistique. Nous en viendrons à penser qu’au final Jafar Panahi aurait pu tourner dans une pièce noire comme dans le Dogville de Lars Von Trier que nous aurions eu le même résultat car ce sont clairement les dialogues qui comptent le plus dans Un Simple Accident. Nous entendrons des témoignages assez insoutenables de ce qu’ont pu vivre les différents protagonistes mais à moins de parler iranien, nous aurons plus souvent les yeux rivés sur les longues lignes de sous titres que sur les images où il n’y a de toute manière rien à voir d’intéressant. Et n’espérez pas trouver une salle où le film serait doublé en français car il n’y en a pas.

Un Simple Accident

Dans la salle, nous entendrons certains spectateurs rire de voir ce petit groupe de bras cassés se démener tant bien que mal pour tenter de découvrir s’ils ont bien enlevé la bonne personne. Des rires probablement nerveux car il n’y a en réalité rien d’amusant dans Un Simple Accident. La faute à des acteurs pour la plupart non professionnels qui sont bien incapables de nous faire rire. Il n’y que le récit de leur calvaire qui suscitera un peu d’émotion dans leur jeu. C’est surtout un comique de situation qui pourrait éventuellement susciter un sourire mais pas de quoi s’esclaffer. Si vous cherchez vraiment de l’humour absurde il faudra mieux voir L’Accident De Piano de Quentin Dupieux plus qu’Un Simple Accident.

Ne vous fiez pas non plus à au choix de la photo pour l’affiche du film où la présence d’un van cherche comme pour beaucoup de films à faire écho à Little Miss Sunshine pour nous faire croire à un feel-good movie. Avec son sujet grave, c’est ici loin d’en être un. La fin du film aura plutôt tendance à nous révolter sur ce que peuvent endurer les iraniens que nous laisser euphorique. La dernière scène se voudrait choc et pleine de suspense mais il suffira de regarder la liste des acteurs pour lever tout le suspense de cette fin ouverte. Sans rapport avec la France, il est difficile de comprendre pourquoi Un Simple Accident a été choisi pour tenter de  représenter notre pays à l’Oscar du Meilleur Film en Langue Étrangère si ce n’est encore une fois pour des raisons politiques. Cela est tout de même bien dommage pour tous nos réalisateurs français qui se donnent bien plus de mal pour se démarquer avec de vrais grands films originaux et ambitieux.

Un Simple Accident

Palme d’Or plus politique qu’artistique, Un Simple Accident confortera tous ceux qui pensent que le Festival de Cannes est trop élitiste et intello. Vendu comme un thriller à l’humour absurde, le film est tourné tellement en catimini et dans l’urgence qu’il semble totalement dépourvu de toutes ambitions cinématographique. Pour passer ses messages, Jafar Panahi ferait sans nul doute mieux de tourner un documentaire s’il n’a pas la possibilité faire un long métrage à la hauteur. Il n’y a bien que les iraniens exilés en France et les amateurs de cinéma du Moyen Orient pour trouver un intérêt à ce Simple Accident alors qu’il y avait de bien meilleurs films en compétition à Cannes cette année.

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