LOVE ON TRIAL de Koji Fukada [Critique Ciné]
Koji Fukada explore la face cachée du monde des Idols dans son nouveau film Love On Trial qui mériterait d’ouvrir un débat au Japon.
Tandis que la K-Pop (Pop Sud-Coréenne) connait un succès phénoménal à travers le globe jusqu’à être récompensé aux Oscars avec le dessin animé K-Pop Demon Hunters, la J-Pop (Pop Japonaise) n’essaye encore que très timidement d’atteindre la même réussite internationale préférant se contenter pendant longtemps du marché national. Voir sortir un film sur un groupe d’Idols japonaises est du coup un véritablement événement pour tous les fans du genre. Présenté en avant-première au Festival de Cannes en mai dernier, il aura fallu patienter presque dix mois pour que Love On Trial sorte enfin sortir officiellement dans les salles de cinéma française ce mercredi 25 mars 2026.
Si Love On Trial a le droit à une sortie française c’est qu’il s’agit du nouveau film du réalisateur Koji Fukada. Déjà remarqué à Cannes en 2016 avec son film Harmonium, il est maintenant suivi de près par le distributeur ArtHouse qui nous permis de découvrir ces films suivants dont le diptyque Suis Moi Je Fuis / Fuis Moi Je Te Suis ou Love Life. Love On Trial est de plus il s’agit d’une coproduction française en collaboration avec MK2. En se basant sur des dizaines de cas similaires, c’est Koji Fukada qui comme à son habitude a lui-même écrit cette nouvelle histoire avec son fidèle collaborateur Shintaro Mitani, scénariste de la série Aidoru Shikkaku diffusé l’année dernière au Japon qui racontait déjà une histoire d’amour entre une Idol et un fan.
Love On Trial commence dans les coulisses d’un concert avec l’arrivée et les préparatifs du groupe d’idols indépendant Happy Fanfare avant leur montée sur scène. En pleine ascension, le groupe achève la tournée de son quatrième anniversaire et sont annoncées en tête d’affiche d’un grand festival d’idols. Mais malgré ce succès, les cinq chanteuses subissent la pression constante de leur agent et de leur producteur laissant planer en elles un syndrome de l’imposteur. Mais lorsque leurs patrons ont le dos tourné, les trois plus jeunes recrues n’hésitent pas à mettre de petit coups de canif dans leur contrat les interdisant toutes relations amoureuses en détournant les règles.
Malheureusement, Nanaka la plus prometteuse des membres va voir ses photos de son rendez-vous secret avec un garçon fuiter sur les réseaux. Rapidement le scandale viendra mettre en péril l’équilibre du groupe. Beaucoup moins sure d’elle que les autres membres du groupe, Mai qui vient de retrouver un ancien camarade de collège sera perturbée par un grave incident lors d’une rencontre officielle avec leurs fans et décidera d’un coup de tête de soudainement tout plaquer. Cela lui vaudra d’être poursuivi par la justice après une plainte de son producteur.
Koji Fukada et Shintaro Mitani se sont visiblement très bien renseignés sur le quotidien d’une Idol. Love On Trial se montrera particulièrement fascinant car il dévoile tout ce que les fans un peu conscients du système peuvent se poser comme question sur la vraie vie de ces Idols lorsque les projecteurs s’éteignent. Faire carrière dans ce milieu réclame de nombreux sacrifices personnels qui ne sont pas sans conséquences sur la santé physique et mentales de ces artistes. Ironiquement alors que la majorité de leurs chansons parlent d’amour, la plupart de ces groupes ont en effet dans leur contrat cette fameuse close qui leur interdit de tomber amoureuses qui a conduit à de nombreuses histoires tragiques dans l’industrie et la fin de nombreux groupes pourtant talentueux.
Love On Trial montre bien que les prestations scéniques de ces chanteuses n’est qu’une infime partie de leur véritable métier. Ce qui rapporte vraiment ce sont les rencontres officielles qui exigent des filles de se montrer particulièrement attentionnées envers leurs fans les plus fidèles pour les pousser à acheter un maximum de merchandising et de photos pour pouvoir passer un court moment privilégié avec elles. Le moindre faux pas d’une de ces chanteuses pourrait être considéré comme une véritable trahison non seulement pour les autres membres du groupe mais surtout pour le producteur qui a le plus à perdre. Depuis le temps que ce système est en place, il parait totalement insensé que certains fans restent encore si crédules à imaginer qu’ils pourraient réellement vivre une histoire exclusive avec ces chanteuses en sachant pourtant que cela leur est interdit.
Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, Love On Trial n’est pas un film de procès. Les quelques scènes devant les tribunaux ou les avocats sont courtes. Elles n’ont pour unique but de faire s’interroger l’héroïne Mai sur ce qu’elle souhaite faire de ce combat. Tomber amoureux est presque un besoin fondamental est ne devrait pas être interdit. Mais à la fois l’amour ne dure bien souvent qu’un temps. Est-il du coup vraiment bien sage de renoncer à une carrière de chanteuse au profit d’une relation amoureuse ? Il est vrai que les premiers instants de la relation entre Mai et son petit ami sont magiques mais lorsque le quotidien s’installe cela devient vite moins séduisant. D’autant plus que le procès va bien vite leur ramener les pieds sur terre. On retrouve dans les interrogations de Mai le sujet de la solitude, thème de prédilection de tous les films de Koji Fukada, alors qu’elle se retrouve seule face à ses choix.
Toutes les actrices choisies pour incarner les Happy Fanfare sont impeccables. A commencer par Saito Kyoko ex-membre du groupe Hinatazaka46 qui tient le rôle principal de Mai Yamaoka et ses copines la plus célèbre Erika Karata héroïne d’Asako I & II, Yuna Nakamura membre du groupe Shiritsu Ebisu Chuugaku et Sakura Miyawaki membre des HKT48. Déjà forgées au métier d’Idols, elles n’ont pas du avoir trop de mal à se glisser dans la peau de ces personnages mais le résultat sera aussi enchanteur lorsqu’elles seront sur scène qu’émouvant dans les scènes d’un quotidien loin d’être aussi kawaii qu’on voudrait nous faire croire.
Love On Trial est le film que tous les fans d’Idols curieux de découvrir les coulisses de ce monde attendaient. Une histoire inspirée d’une triste réalité qui a de quoi ouvrir un débat sur les contrats archaïques qui lient ces chanteuses à leurs agences et les privent d’une liberté d’aimer à laquelle tout le monde aspire. Koji Fukada ne manque cependant pas de nous charmer à travers les prestations scéniques des Happy Fanfare portées par de talentueuses actrices capables de tout faire et par la magie des scènes de retrouvaille entre Mai et son amoureux. Un film vraiment touchant qui mérite d’être vu par un plus large public que les simples amateurs de J-Pop.
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