30 MINUTES DE SURSIS de Sydney Pollack [Critique Blu-Ray]
Premier film de Sydney Pollack, 30 Minutes De Sursis se rappelle à nous avec sa première édition en Blu-Ray chez Rimini Editions.
Réputé pour souvent exhumer des films oubliés ou méconnus pour leur donner une seconde chance, l’éditeur Rimini Editions met parfois aussi la main sur de petites pépites. C’est le cas cette fois ci avec 30 Minutes De Suris, le tout premier de Sydney Pollack, futur réalisateur de Les Trois Jours Du Condor, qui malgré la présence en tête d’affiche des deux acteurs oscarisés Sydney Poitier et Anne Bancroft était sorti aux Etats Unis en décembre 1965 dans une totale indifférence des critiques de l’époque. Réhabilité depuis, ce long métrage indispensable à tout bon cinéphile vient de sortir pour la première fois en Blu-Ray et DVD chez l’éditeur Rimini Editions.
De son vrai nom The Slender Thread (le fil ténu), 30 Minutes De sursis est inspiré d’une histoire vraie qui avait été relatée dans le magazine Life en 1964. Nous comprendrons dès le long plan aérien spectaculaire qui sert pour le générique du long métrage qu’il se déroule à Seattle grâce au survol de la célèbre Space Needle construite tout juste trois ans avant la sortie du film pour l’Exposition Universelle. À son pied, une femme seule se morfond. Puis le plan aérien survolera une université dont un étudiant se dépêche de sortir chargé de livres. Ensuite la caméra s’arrêtera sur un pécheur à bord de son bateau. Une manière originale de nous présenter les trois personnages principaux de 30 Minutes De Sursis. qui vont presque se croiser sans alors savoir que le destin va bientôt les lier.

Nous connaissons tous des moments dans notre vie où même si nous sommes bien entouré, nous pouvons nous empêcher de ressentir une profonde solitude. C’est ce qui arrive un jour à Inga Dyson. C’est elle qui était déjà déprimée au pied de la Space Needle. Une secrétaire qui parce que son patron a pris une journée de congés supplémentaires et parce que sa collègue n’était pas disponible pour manger avec elle a subitement décidé de mettre un terme à sa vie. Après avoir avalé un flacon entier de comprimés, elle a décidé d’appeler une clinique de crise pour personnes dépressives où l’étudiant Alan Newell, que nous avions vu dans le génériquen travaille en tant que volontaire de nuit. Seul dans le bureau, il va tenter de garder cette femme en ligne le plus longtemps possible pour essayer de lui venir en aide.
Pour son premier long métrage, Sydney Pollack qui avait ses premières armes pour la télévision, a choisi une mise en scène assez particulière. 30 Minutes De Sursis se déroule en effet principalement dans le bureau de la clinique. Lorsqu’Allan décrochera le téléphone pour répondre à Inga, il sera le seul que nous verrons à l’écran. La femme ne sera qu’une voix à travers un haut parleur dans la pièce. Mais derrière ses allures de huis clos, le réalisateur réussira à donner du dynamisme à ces scènes d’intérieurs par des mouvements de caméras et des cadrages originaux. Ce n’est que lorsqu’Inga commencera à raconter sa vie à Allan que nous la reverrons à l’image dans des flashbacks.

Annoncé comme un thriller haletant, il faut prendre en compte que 30 Minutes De Sursis garde le rythme typique des années 1960. Seules les scènes où Allan tente d’en savoir plus sur Inga et de la garder en ligne créeront un léger suspense mais toutes les scènes de flashbacks viendront ralentir le rythme ne donnant plus l’impression de suivre l’intervention en temps réel. De plus ces flashbacks sont présentés dans le désordre sans indication de temps et il sera bien difficile de reconstruire la chronologie des faits. Même si le réalisateur s’offrira une surprenante courte scène ressemblant à un Giallo italien, il n’est en fait pas certain au fond que Sydney Pollack cherchait vraiment à faire un film à suspense. 30 Minutes De Sursis semble plus être un film féministe en avance sur son temps pour changer le regard sur les femmes qui n’étaient bien souvent pas assez considéré et avait rarement le droit à la parole encore plus à cette époque qu’aujourd’hui.
Il faudra absolument regarder 30 Minutes De Sursis en version originale car sinon vous raterez la moitié de la prestation d’Anne Bancroft dont nous ne faisons qu’entendre la voix dans presque la moitié du film. C’est d’ailleurs à se demander si ce n’est pas avant tout pour cette très belle voix que l’actrice a été choisie pour ce rôle. Bien sur que nous aurons de l’empathie pour cette femme sur le point de mourir mais elle a aussi des zones d’ombres qui la rendront moins attachante car elle a tout de même fait un gros mensonge à son mari et son fils. De plus bien qu’elle soit en dépression, comment peut elle ainsi vouloir mourir alors qu’elle a tout de même un jeune enfant à élever ?
Le véritable héros dans tous les sens du terme de 30 Minutes De Sursis est cependant bien Sydney Poitier. Non seulement en temps de présence à l’écran mais aussi par ses actes dans le films. Le plus étonnant est que l’acteur incarne ici un personnage dont la couleur de la peau ne sera jamais une question, ce qui une fois de plus pour l’époque devait être assez rare. À croire que son Oscar lui a donné par la suite toute la latitude pour tenir n’importe quel rôle. Ultra charismatique, il dégage un aspect très cool dans sa première apparition portée par la musique de Quincy Jones puis se montrera particulièrement intense dans les moments les plus tendus de l’histoire. À noter aussi la présence dans un second rôle d’importance de Telly Savalas, célèbre inspecteur Kojak à qui il restait encore quelques maigres cheveux à l’époque. Le rôle du mari assez atroce est tenu par Steven Hill devenu plus célèbre dans les années 90 pour son rôle dans la série Law & Order.

À la fois thriller, drame et découverte des méandres des télécommunications de l’époque, 30 Minutes De Sursis n’est pas le suspense intense auquel nous nous attendions mais un film dramatique et féministe en avance sur son temps qui permet à Anne Bancroft et Sydney Poitier de donner le meilleur d’eux même. Il démontre aussi déjà tout le talent de Sydney Pollack avec une réalisation hors pair.

LE BLU-RAY : C’est encore un master impeccable que Rimini Editions a trouvé pour cette édition Blu-Ray de 30 Minutes De Sursis. Une image d’une telle qualité que nous pourrions presque compter les quelques cheveux qui restaient encore à l’époque sur la tête de Telly Savalas. Bien qu’en mono d’origine, le son du Blu-Ray permet pleinement de profiter de la musique de Quincy Jones. Question bonus nous aurons le droit à une interview de Nathalie Bittinger, maître de conférences en études cinématographiques à l’Université de Strasbourg riche en information mais pas assez centré sur le film en lui même.
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