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MICHAEL de Antoine Fuqua [Critique Ciné]

Michael d'Antoine Fuqua

Antoine Fuqua transforme la vie de Michael Jackson en légende aseptisée célébrant l’artiste en oubliant les zones d’ombres.

Cela fait déjà dix sept ans que Michael Jackson nous a quitté. Il fallait peut être attendre si longtemps pour enfin voir sa vie portée sur grand écran. Le temps d’éteindre les nombreux scandales qui ont émaillé la fin de sa vie pour ne plus laisser la place qu’aux bons souvenirs de cet artiste irremplaçable. Ce n’est certainement pas pour rien que le titre du film Michael est écrit en lettres d’or car le but de ce biopic est bien de redorer le nom du chanteur en cherchant à séparer le talentueux artiste légendaire de l’homme qui a défrayé la chronique et tristement fini sa carrière en faisant les choux gras de la presse à scandale.

Afin d’éviter les sujets les plus épineux le film Michael ne racontera que les vingt premières années de carrière du chanteur. Débutant en 1988 alors qu’il est sur le point de monter sur scène pour la tournée de l’album Bad, le film remontera très vite dans le temps jusqu’en 1968 alors que les Jackson 5 vont partir pour leur première tournée. Rapidement s’installera le cœur de l’intrigue du film à savoir la relation houleuse et ambigüe que Michael Jackson pouvait avoir avec son père  Joe Jackson. Un artiste frustré qui a décide de faire de sa progéniture les stars qu’il n’a jamais pu être. Nul ne peut savoir si le chanteur aurait de lui-même fait carrière dans la musique s’il n’y avait pas été entrainé de force par son paternel qui l’a poussé  à se dépasser souvent à coup de ceinturon, l’humiliant et le terrorisant au point qu’il n’arrivait pas à regarder son père dans les yeux.

Michael d'Antoine Fuqua

Cette éducation violente est aussi malheureusement certainement en bonne partie la cause des problèmes judiciaires que Michael Jackson a connu bien plus tard. Insistant bien sur sa passion pour l’histoire de Peter Pan qui a développé en lui ce fameux syndrome, le chanteur ne semble avoir jamais réalisé qu’il n’était plus un enfant. Le film insistera en tout cas beaucoup sur sa passion pour les jouets et sur la véritable ménagerie qu’il s’était créé avec un serpent prénommé Muscles et un singe prénommé Bubbles devenus presque aussi célèbres que lui. Une manière peut être de chercher à excuser son comportement avec les enfants mais qui aurait pourtant bien nécessité d’être traité chez un bon psychiatre. Curieusement, le film ne nous montrera jamais Michael et ses frères discuter entre eux des mauvais traitements qu’ils subissaient par leur père. L’ensemble des frères seront surtout là pour les scènes musicales mais sont dénués de dialogues. Ils étaient pourtant tous les stars d’une série télé à la grande époque.

Ne faisant vraiment que survoler la carrière de Michael Jackson, le film fera l’impasse sur beaucoup de moments que nous aurions aimé voir traité. Notamment la création musicale car la gestation de ses albums solo a été bien plus tumultueuse que ce qui nous est montré. Antoine Fuqua et son scénariste ne s’arrête que sur des détails anecdotiques tels que le choix du titre de l’album finalement baptisté Thriller plutôt que montrer comment le chanteur à la recherche de la perfection pouvait être extrêmement pointilleux en studio. Il pourra y avoir de gros doute sur la véracité de la scène de recrutement des danseurs du clip de « Beat It » qui semble vraiment fantaisiste. La scène du tournage du clip de Thriller évite le vrai soucis rencontré alors par Michael qui en tant que membre de l’Eglise de Scientologie avait du se justifier de faire un clip horrifique. Mais toujours dans une volonté de ne pas charger l’artiste, cela a bien évidement été oublié.

Michael d'Antoine Fuqua

Autre gros soucis de ce Michael comme de bien nombreux biopics, il manque dans le film beaucoup de figures marquantes qui ont aidé le chanteur dans sa carrière pour des questions de droits à l’image. Sa propre sœur Janet a refusé d’être représentée dans le film mais il manquera également à l’appel Diana Ross et les débuts au cinéma de Michael Jackson dans The Wiz, Paul McCartney avec qu’il a partagé un titre avant de s’emparer du catalogue des Beatles dans son dos, la chorégraphe Paula Abdul où même Lionel Ritchie avec l’oubli de l’enregistrement mythique de We Are The World. En revanche le film ne manquera pas de faire la part belle à l’avocat et manager John Branca qui produit le film en tant que co-éxécuteur du testament de Michael Jackson.

La principale difficulté pour un biopic sur Michael Jackson est de trouver l’acteur capable d’incarner cette légende. C’est son propre neveu Jaafar Jackson, fils de Jermaine, qui a hérité de cette lourde tâche. Si le même sang coule dans ses veines, le jeune acteur ne ressemble malheureusement absolument pas à son oncle. Même s’il enfilera toutes les tenues les plus célèbres du chanteur y compris lorsqu’il traîne chez lui, jamais nous ne reconnaitrons le vrai Michael. Suffisamment doué en danse pour les scènes musicales, ce sera toujours la véritable voix de Michael Jackson que nous entendrons dans les passages musicaux alors que Jaafar est pourtant chanteur. Il fera en tout cas illusion en imitant bien sa petite voix dans les scènes de dialogues. Une mention spéciale mérite d’être décerné à l’acteur Colman Domingo transformé en un Joe Jackson aussi terrorisant et détestable que l’original. John Branca s’est lui carrément offert Miles Teller pour l’incarner à l’écran.

Michael d'Antoine Fuqua

Arrivé sur le tard sur le projet, Antoine Fuqua semble plus avoir apporter son nom au film que sa patte. Nous sommes ici bien loin d’un Training Days avec ce biopic aseptisée. Jamais ce Michael ne nous donnera vraiment l’impression de se passer dans les années 60 à 80. Doté d’un budget colossal, le film a un aspect visuel trés clinquant et artificielle qui donne l’impression d’image généré par IA.  A reproduire des scènes trop connues, tous le moments musicaux paraîtront ennuyeux avec ce  faux Michael pas du tout ressemblant qui donne l’impression d’assister à un concert tribute d’un mauvais sosie. De quoi avoir envie en rentrant de se replonger très vite dans les véritables images d’archives de Michael Jackson.

S’arrêtant à la tournée Bad sans même nous avoir raconté la conception de cet album, les producteurs de Michael laisse croire qu’une suite est encore possible en cas de succès. Mais passé l’album Dangerous, il ne restera très vite plus que la partie la plus embarrassante de la vie du chanteur à raconter ce qui sera bien moins enjôleur pour les fans et surtout beaucoup moins lucratifs pour les producteurs. Si c’est en plus pour déformer la vérité cela n’aurait vraiment aucun intérêt.

Michael d'Antoine Fuqua

Biopic aseptisé et très formaté nous ressortirons de Michael sans rien avoir appris de nouveau ni avoir été réellement émerveillé par cette reconstitution en toc. Perfectionniste comme il l’était, même Michael Jackson n’aurait certainement pas approuvé ce biopic. Un film tout juste bon pour remettre ses chansons en tête et booster les écoutes sur les plateformes de streaming qui aura le bénéfice de réveiller la nostalgie chez les fans de l’époque qui se remémorer leur propres souvenirs de ces moments. 

MON AVIS :
Noté 3 sur 5

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