HALLOWEEN de David Gordon Green [Critique Ciné]

 

Halloween

 

Pour les quarante ans du film culte de John Carpenter, la saga Halloween revient sur grand écran avec une nouvelle suite directe au premier film qui voudrait nous faire oublier les neuf films sortis après. Encore faudrait-il qu’il le mérite vraiment…

 

 

SYNOPSIS : Depuis 40 ans, Laurie Strode se prépare avec acharnement à l’éventualité du retour du Michael Myers. Encore totalement traumatisé par l’attaque du tueur en cette funeste nuit d’Halloween, elle a gâché toute sa vie allant même jusqu’à perdre la garde de sa fille à cause de son obsession pour le tueur. Pourtant Michael Myers a passé ses 40 dernières années dans le même établissement psychiatrique sans parler ni faire de vagues. Mais lors de son transfert vers un nouvel établissement, il va en profiter pour s’échapper semant à nouveau la mort sur son passage et bien décidé à finir ce qu’il n’a pas pu faire il y a quarante ans.

 

Habitué à nous faire rire avec des comédies délirantes très réussies comme Délire Express et Your Majesty puis à nous faire pleurer avec Prince Of Texas ou tout récemment Stronger, le réalisateur David Gordon Green et son complice de longue date Danny McBride ont décidé de nous faire peur en s’emparant de la franchise Halloween à l’occasion de son quarantième anniversaire. Mais avec déjà dix films au compteur dont un premier reboot en deux parties signé Rob Zombie, difficile d’apporter encore quelque chose de neuf à la franchise ! C’est pourquoi les deux hommes ont décidés de ne tenir compte d’aucune des suites au premier film de John Carpenter pour en écrire eux même une nouvelle prolongation se déroulant quarante ans plus tard avec l’aval du maître de l’horreur en personne. Pas toujours toutes réussies, ces suites ont pourtant créer le mythe Michael Myers et il sera dur de faire ainsi une croix dessus et entrer en salles comme si elles n’avaient jamais existé. Et surtout, comment faire mieux que le remake de Rob Zombie qui nous avait scotché en 2007 par sa brutalité qui donnait un sacré coupe de vieux à l’original ?

 

Halloween

 

Ne tournons pas autour du pot ce nouveau Halloween est totalement raté ! Premier problème, comment imaginer qu’un monstre tel que Michael Myers a pu rester sagement enfermé pendant quarante ans tel une plante verte alors que dans la véritable suite il n’avait même pas été capturé. Dès la première scène où deux journalistes viennent lui rendre visite, le film de David Gordon Green nous énervera déjà par sa bêtise. Le tueur ultra dangereux est maintenu par une simple chaîne dans une grande cours en plein air où il reste sans réaction même lorqu’ils vont sortir de leur sac son masque de tueur. Tout de suite le film perd déjà une bonne partie de sa crédibilité. Le monstre est redevenu une coquille vide alors que Rob Zombie avait cherché à lui donner un vrai background. En l’espace de deux phrases, ce nouveau film balaye le Docteur Loomis en annonçant vite fait sa mort car l’acteur Donald Pleasance étant lui même décédé en 1995 le film ne pouvait du coup pas le faire revenir pour cette suite. Le film se permet même de dire que le lien de parenté entre Michael Myers et Laurie Strode n’est qu’une fake news  alors que le lien que n’aimait pourtant pas John Carpenter a nourri le reste de la saga.

Une fois échappé, Michael Myers arrivera curieusement à se dégoter exactement la même tenue qu’il portait quarante ans plus tôt avant de reprendre sa vague de meurtres sans mobile apparent comme dans le premier film  en entrant dans les maisons pour trucider leurs occupants et en se prenant même parfois aux enfants qui croisent sa route. Mais ce nouveau Halloween, voudrait nous faire croire que ce n’est plus lui le véritable monstre mais Laurie Strode que le traumatisme de cette funeste soirée a rendu à moitié folle en se barricadant dans sa maison avec un arsenal de guerre et une panic room. Alors que Jamie Lee Curtis paraissait déjà trop vieille pour jouer les adolescentes dans le premier film, David Gordon Green a choisi de la vieillir encore plus pour sa cinquième participation à la franchise.  Pour souligner sa soi-disant transformation en monstre, c’est désormais elle que l’on verra « stalker » sa petite fille depuis le trottoir d’en face et c’est elle aussi qui surgira subitement du noir pour s’en prendre à Michael en guise de clins d’œil au film de John Carpenter.

Totalement ridicule, cette transformation de Laurie ne donne vraiment plus envie de s’intéresser à son personnage. C’est d’ailleurs le gros problème du film il n’y a plus personne à qui s’attacher. Judy Greer qui joue la fille de Laurie Strode est juste exaspérante à ne pas soutenir sa mère et ne sert strictement à rien dans le film. Le film a un petit coté reboot avec la jeune Andi Matichak qui joue la petite fille de Laurie  dont l’histoire fera forcement écho à celle de sa grand mère. Quelle idée aussi d’aller créer un clone revendiqué du Dr Loomis avec le personnage joué par Haluk Bilginer plutôt que de simplement l’embaucher en remplacement pour le même rôle. Il donne ici l’impression de ne pas être légitime et de ne servir à rien jusqu’à sa grande scène qui est la seule véritable surprise du film.

 

Halloween

 

Selon le producteur Jason Blum qui s’est associé au projet, n’importe qui peut réaliser un film d’horreur. David Gordon Green nous prouve ici que c’est totalement faux. On sent très bien que le réalisateur n’était pas l’homme de la situation pour succéder à Rob Zombie. Ce nouveau Halloween ressemble plus à un drame psychologique qu’à un véritable film d’horreur, un mélange fréquent ces dernières années mais qui ne fonctionnent vraiment pas ici. Lorsqu’on va voir un slasher, c’est avant tout pour voir des meurtres  et ne pas avoir à réfléchir sur la psychologie des personnages. Si encore le scénario nous proposait des scènes vraiment profondes pour tenter d’expliquer le comportement de chacun, on aurait pu apprécier cette nouvelle tournure de la saga mais c’est ici totalement artificiel et on finira par trouver le temps long en attendant l’affrontement entre Laurie et Michael.

Reprenant le rythme du film de John Carpenter, les morts seront peu nombreuses et sont en plus ici vraiment très mal mises en scènes. Il ne se dégage très peu de moment de tension et les thèmes musicaux du film qui contribuent normalement tellement à l’ambiance ont été ici  totalement massacrés par John Carpenter en personne. Ceux qui pensent que ce nouveau long métrage est gore n’ont certainement pas vu les deux films de Rob Zombie. Ici il y a très peu de sang et même pas une seule fille topless à part dans l’extrait de la mort de la grande sœur de Michael reprise du premier film. Cela s’explique peut être par le rachat de Miramax par les Quataris mais il y a de quoi être franchement déçu. On voit très bien que David Gordon Green n’est pas véritablement fans de films d’horreur en voyant ce qui passe dans les télés le soir d’Halloween. Alors que John Carpenter et Rob Zombie y mettait de grands classiques de l’horreur, lui nous passe des films qui n’ont rien d’horrifique. Même l’idée de regarder un film d’horreur en mangeant du popcorn rebute les jeunes héros. Lorsque le film se veut vraiment gore, il perd toute crédibilité avec des scènes totalement improbables comme cette tête transformé en Jack O’Lantern en quelques secondes ou l’écrasement complet d’un crane d’un seul coup de talon telle une citrouille. Avec son image trop propre et des crimes souvent vu de loin où suggéré, le long métrage donne vraiment une allure de film d’horreur aseptisé et commercial comme grand nombre de navets de Blumhouse Pictures dont il vient malheureusement grossir les rangs. Et pourquoi mettre autant de clins d’œil à l’ensemble de la saga lorsqu’on veut justement faire oublier tous les autres films si ce n’est pour éviter de trop s’attirer les foudres des fans ? Après un tel ratage, il est grand temps pour Michael Myers de retourner en hibernation.

 

Halloween

 

C’est avec le plus grand doute sur son intérêt que l’on attendait ce nouveau Halloween et à la vue du résultat, la déception est grande. Très loin de la réussite du premier volet du reboot par Rob Zombie qui  arrivait à donner un coup de vieux à l’original par son coté brutal et sans concession, le film de David Gordon Green se perd dans une psychologie de bas étage au lieu de chercher à nous faire frissonner. A trop vouloir copier John Carpenter sans avoir la maîtrise de l’épouvante, le réalisateur signe un fan film sans saveur qui viendra tout simplement grossir le rang des volets les plus ratés au lieu de les faire oublier.

 

MON AVIS : 0/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : David Gordon Green
  • AVEC : Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak, Virginia Gardner & Nick Castle
  • SCÉNARISTES : David Gordon Green, Danny McBride & Jeff Fradley
  • COMPOSITEUR : John Carpenter
  • GENRE : Horreur, Épouvante
  • DURÉE : 1h49
  • NATIONALITÉ : Américain
  • DISTRIBUTEUR : Universal Pictures International France
  • SITE OFFICIELhttp://fr.universalpictures.com/micro/halloween
  • DATE DE SORTIE : 24 octobre 2018