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RENOIR de Chie Hayakawa [Critique Ciné]

Renoir de Chie Hayakawa

Injustement boudé par le Jury Cannois, Renoir devrait enchanter tous les amateurs de mélodrames japonais.

Après le thriller La Voie Du Serpent et le film d’horreur psychologique Exit 8  la semaine dernière, le cinéma japonais continue de squatter les salles de cinéma françaises pour notre plus grand plaisir avec Renoir. Un nouveau mélodrame de la réalisatrice Chie Hayakawa dont nous avions déjà pu découvrir le précédent film Plan 75 il y a trois ans. En compétition lors du dernier Festival De Cannes ce nouveau long métrage pourtant bien mieux que Sirāt n’a malheureusement pas été récompensé mais il a cependant tout pour séduire les amateurs de cinéma japonais et ceux qui voudrait s’y initier.

Alors que son  premier long métrage Plan 75 était  consacré aux personnes âgées la réalisatrice Chie Hayakawa fait une sorte de grand écart avec son deuxième film Renoir en prenant cette fois ci une petite file de onze ans pour héroïne. Sans être un biopic, la cinéaste nous plonge ici dans les douloureux souvenirs de son enfance. Si ces deux longs métrages ont pour point commun de traiter de la mort c’est cependant de manière totalement différente. Là où Plan 75 pouvait faire déprimer, l’innocence de la jeune héroïne de Renoir rend un peu plus légère cette nouvelle histoire toute aussi dramatique.

Renoir de Chie Hayakawa

Malgré son titre Renoir n’a qu’un très vague rapport avec le célèbre peintre. Se déroulant à la fin des années 80, le film raconte l’histoire de Fuki Okita, une jeune fille de onze ans dont le père assez âgé est atteint d’un cancer en phase terminale. Alors qu’il ne devrait pas passer l’été, la petite fille et sa mère Utako se prépare doucement à sa disparition tout en tentant de continuer à vivre normalement entre les visites à l’hôpital. Si le film a pour titre Renoir, c’est simplement parce que la jeune Fuki finira par acheter une petite reproduction d’un tableau du peintre. Un autre souvenir d’enfance de la réalisatrice qui avait tanné son père pour avoir une copie du même tableau..

Rappelant beaucoup le film Déménagement de Shinji Sōmai par sa jeune héroïne, Renoir enchaine les tranches de vie de cet été particulier sans jamais sombrer dans le pathos. Comme dans grand nombre de mélodrames japonais, nous suivrons ces scènes sans trop savoir vraiment à quelle histoire s’attendre. Lentement se dessinera une nouvelle problématique car en plus du deuil, Renoir traite aussi de la solitude que nous sommes beaucoup à ressentir et que les membres d’une famille ne peuvent suffire à combler.

Renoir de Chie Hayakawa

D’une nature assez réservée, la jeune Fuki  à bien du mal à se faire des amis. Avant les réseaux sociaux, c’est par un service de messagerie téléphonique que les japonais cherchaient à faire des rencontres. Bien qu’elle n’est pas l’âge appropriée, la jeune fille finira à son tour à laisser un message sur ce service qu’elle consultait chaque jour. Cette intrigue parallèle donnera un temps des allures de thriller à Renoir alors que Fuki mettra sa tenue la plus mignonne pour rencontrer un étudiant qui a répondu à son message sans se douter le moins du monde de ses intentions perverses. De quoi frémir pour la jeune fille à qui nous avions eu tout le temps de nous attacher.

Là où l’histoire de Renoir se suivait jusque là sans peine, il faut bien reconnaître que la fin du film se montrera assez mystérieuse. Un deuxième visionnage ne sera pas de trop pour tenter de décrypter les dernières scènes destinées volontairement à mettre le trouble dans la tête des spectateurs. Libre à chacun de les interpréter à sa guise. Ce ne sont cependant pas là les seuls mystères du film car de nombreuses scènes et images appelleront à diverses interprétations. Nul doute que pour cela, Renoir deviendra un classique des ciné-clubs pour les débats qu’il peut offrir.

Renoir de Chie Hayakawa

Portant l’influence des maîtres Hirokazu Kore-Eda et Shinji Sōma, la réalisatrice Chie Hayakawa signe avec Renoir un magnifique et très émouvant mélodrame sur le travail de deuil et la solitude. Un film à voir et à revoir pour décrypter de nombreuses scènes oniriques qui font planer le mystère sur cette histoire. Une très belle réussite  pour une réalisatrice à suivre de près.

MON AVIS :
Noté 5 sur 5

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