CHIEN 51 de Cédric Jimenez [Critique Ciné]
Doué pour les polars contemporains, Cédric Jimenez se plante en beauté en tentant d’égaler Blade Runnner avec son Chien 51 qui manque clairement d’ambitions.
Science fiction et cinéma français ont rarement fait bon ménage. Mais lorsque Cédric Jimenez, réalisateur des très convaincants La French, Novembre et Bac Nord, s’y plonge avec une partie de ses acteurs fétiches nous voudrions encore y croire. Adapté en plus d’un roman à succès de Laurent Gaudet, ce Chien 51 qui sort ce mercredi 15 octobre 2025 avait tout pour être un des événements de la rentrée cinématographique. Malheureusement la malédiction qui frappe les films de genre français a encore sévit.
Il ne faudra que quelques minutes pour se rendre compte du manque d’imagination de Cédric Jimenez pour adapter visuellement cette histoire futuriste se déroulant à Paris en 2045. Notre capitale a été à peine transformée par l’apparition de grands portiques de sécurité sur les ponts similaires à ceux de nombreux jeux vidéo tels qu’Infamous et The Division qui cloisonnent la ville en trois zones. Le centre de Paris pour les riches, la périphérie pour les plus pauvres et entre les deux, la classe moyenne. Pour rendre son Chien 51 un peu plus futuriste, Cédric Jimenez s’est contenté d’utiliser les derniers modèles de voitures et bus au concept déjà futuriste avec leurs phares led. Pour finir, il s’est ne s’est pas foulé non plus en rajoutant simplement en post-production quelques écrans géants et plus de néons aux façades des bâtiments pour une ambiance à la Blade Runner. C’en est à croire que Chien 51 a été réalisé sans le budget nécessaire pour ce genre de production futuriste.
Dans ce Paris futuriste, Gilles Lellouche a le droit à les cheveux blond et très courts pour le faire ressembler à un mélange entre les héros de Blade Runner et du film d’animation Ghost In The Shell tandis qu‘Adèle Exarchopoulos se retrouve très visiblement avec une perruque qui ne lui va pas du tout pour ressembler elle aussi à l’héroïne de Ghost In The Shell. ils incarnent Zem et Salia, deux policiers travaillant respectivement dans la zone 3 et la zone 2. L’assassinat brutal du créateur de l’intelligence artificielle ALMA qui gère la sécurité du pays vont les contraindre à collaborer alors que tout semble les opposer.
En terme de scenario, Chien 51 ressemble vraiment plus à un petit polar à lire dans le train qu’a un grand classique de la littérature de science fiction à la Philip K. Dick. Cette adaptation ne donnera en tout cas pas envie de lire le roman pour voir s’il est vraiment aussi nul ou bien si c’est Cédric Jimenez qui l’a mis à mal. Ce n’est que son cadre futuriste qui le distingue d’un banal roman policier. Toute cette intrigue aurait quasiment pu se passer de nos jours tout comme des année auparavant s’il n’était pas question des dangers d’une intelligence artificielle. L’enquête est si banale et réchauffée qu’elle donne l’impression d’avoir été prise dans un scénario à trous où il n’y aurait qu’à changer le nom des personnages.
Manquant cruellement d’ambitions, Chien 51 ressemble à un film que des Youtubeurs un peu talentueux auraient facilement pu réaliser. C’est bien de chercher à s’inspirer de classiques de la science fiction mais encore faut il pouvoir digérer ces influences pour s’en servir comme une sorte de tremplin pour tenter de faire encore mieux. Mais là où même Denis Villeneuve n’avait déjà pas réussi à égaler le chef d’œuvre de Ridley Scott avec sa suite de Blade Runner passée aux oubliettes, le challenge n’était pas non plus au niveau de Cédric Jimenez. Son Chien 51 ne vaut pas mieux que l’adaptation live américaine de Ghost In The Shell et fait même presque passer Tron Ares pour un bon film tant celui-ci est beaucoup plus spectaculaire dans son monde futuriste. C’est à se demander comment Gilles Lellouche a t’il pu laisser Cédric Jimenez se planter ainsi alors que l’acteur / réalisateur a pourtant prouver avec L’Amour Ouf que nous pouvions faire de très grands films originaux en France.
Adèle Exarchopoulos et Gilles Lellouche ne donnent vraiment pas l’impression d’incarner des personnages mais plutôt d’être totalement largués dans cette histoire futuriste qui ne leur correspond pas. Ils ont certainement trop vite accepter la proposition de Cédric Jimenez avant de s’en rendre compte. Mais le plus exaspérant sera de voir le reste du casting de Chien 51 où se bousculent des visages trop connus pour de petits rôles sans intérêt. Des Romain Duris, Louis Garrel ou Valeria Bruni Tedeschi venus cachetonner là où des acteurs inconnus auraient été préférables pour croire un peu plus à cette histoire. Allez savoir pourquoi, Cédric Jimenez a aussi fait appel à tout un tas d’humoristes pour des rôles qui n’ont pourtant rien de drôle. A commencer par Artus vraiment pas crédible en commissaire vociférant sur ses équipes comme dans les pires clichés du genre et d’autres beaucoup moins connus dont la présence nous sort vraiment du film.
Cédric Jimenez a beau avoir fait largement ses preuves dans les polars, il aurait dû se contenter d’histoires contemporaines tant le cadre futuriste ne lui réussit pas. Comme s’il avait été tourné à l’économie, Chien 51 s’inspire de classiques de la science fiction sans réussir à se démarquer de ses modèles pour proposer quelque chose de neuf. Face à la pauvreté du scénario et de cet univers faussement futuriste, les pourtant talentueux Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos semblent être totalement perdus et incapable de rendre leurs personnages crédibles. Un gros ratage qui risque de pénaliser des cinéastes français plus inspirés lorsqu’ils voudront proposer des films de science fiction plus originaux.
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