LUMIERE PALE SUR LES COLLINES de Kei Ishikawa [Critique Ciné]
Présenté dans la sélection Un Certain Regard, le sublime Lumière Pâle Sur Les Collines sort enfin au cinéma ce mercredi 15 octobre.
Dans les milliers de films qui sont proposés pour entrer dans la sélection annuelle du Festival de Cannes il a fallu que ce soit les pires qui soient récompensés cette année : Un Simple Accident récompensé de la Palme d’Or pour d’uniques raisons politiques et Sirat allez bien savoir pourquoi. Il suffit de voir Lumière Pâle Sur Les Collines pour se demander comment sont fait les choix. Parce qu’il n’a pas encore la carte, le réalisateur Kei Ishikawa s’est vu relégué dans la sélection Un Nouveau Regard permettant de mettre un coup de projecteur sur le film mais pas d’obtenir les prestigieuses récompenses qu’il aurait pourtant largement plus mérité que les grands gagnants. Ce sera donc au public féru de cinéma japonais de prouver à quel point le Festival est passé à coté de cette merveille en allant le voir en masse à sa sortie en salles ce 15 octobre 2025.
Régulièrement récompensé au Japon, le cinéaste Key Ishikawa s’est fait connaître en France grâce à son précédent long métrage très réussi A Man. C’est cette fois-ci grâce au distributeur Metropolitan Filmexport que nous pouvons découvrir son nouveau film Lumière Pâle Sur Les Collines. Une adaptation du premier roman écrit par le Prix Nobel de Littérature Kazuo Ishiguro paru en 1982.
C’est un peu comme s’il y avait deux films en un dans Lumière Pâle Sur Les Collines. C’est tout d’abord, un long métrage japonais d’époque se déroulant à Nagazaki quelques années à peine après le largage de la bombe atomique sur la ville. Nous y suivrons l’histoire d’Etsuko, une docile femme au foyer très attentionné envers son mari qui attend son premier enfant. En voyant un jour la jeune Mariko se faire embêter par des camarades de classe, elle va la raccompagner jusque chez sa mère Sachiko. Une femme obligée de vivre dans un taudis car elle a été rejeté après avoir été irradié par la bombe atomique. Rapidement ces deux femmes vont finir par se lier d’amitié.
Passé le prologue, débutera sur fond d’une célèbre chanson de Joy Division le second long métrage qui se passe lui en 1982 en Angleterre. Nous y retrouverons Etsuko qui s’apprête à quitter la maison près de Londres où elle a élevé ses deux filles. Une famille marquée par un drame dont la plus jeune des filles Niki devenue journaliste n’arrive pas à se remettre. Une tragédie récente qui n’a fait que rendre encore plus difficile la relation distante qu’elle entretient avec sa mère. Mais pour son nouvel article, Niki a besoin qu’Etsuko lui raconte ce qu’était sa vie d’après guerre à Nagasaki avant qu’elle ne se décide d’abandonner son mari et de déménager en Angleterre.
Ces scènes quasi-contemporaines servent de fond à celles se déroulant dans les années 50. Niki et sa mère Etsuko ont une relation tendue nappée d’un certain mystère qui s’éclaircira petit à petit grâce à des indices distillés ici et là. Le plus gros de Lumière Pâle Sur Les Collines se déroulera après guerre pour montrer l’envie progressive d’émancipation d’Estuko au contact de Sachiko. Lentement, le mystère qui plane sur l’intrigue du film semblera s’éclaircir pour les spectateurs mais fidèle au roman, Kei Ishikawa arrivera tout de même à étonner dans sa conclusion.
Lumière Pâle Sur Les Collines est un film que Jafar Panahi devrait analyser avec précision pour voir à quoi doit ressembler un véritable long métrage digne d’une Palme d’Or. La reconstitution de ce Japon d’après guerre est magnifique par une direction photo très lumineuse vraiment sublime aux couleurs magnifiques qui donne une vraie patte à ce qui semble être une fidèle reconstitution des classiques du réalisateur Yasujirō Ozu. Chaque plan semble murement réfléchi pour placer avec soin les personnages comme s’il s’agissait de photos d’art avec des jeux sur les focales pour éviter le simple champ / contre champ. C’est dans une toute autre ambiance et en anglais que sont filmés les scènes en Angleterre plus sombres et dramatiques
Lumière Pâle Sur Les Collines est porté avant tout par la sublime actrice Suzu Hirose que nous avons vu grandir sous la caméra d’Hirokazu Kore-Eda entre Notre Petite Sœur, The Thrid Murder et le drama Asura. Le film au casting très féminin comprend aussi dans le rôle de Sachiko la non moins jolie Fumi Nikaidō moins connue par chez nous. Dans la partie anglaise du film nous verrons Camilla Aiko aperçue dans le film Lee Miller, l’Etsuko plus âgée est jouée par Yoh Yoshida passée elle aussi devant la caméra d’Hirokazu Kore-Eda dans Tel Père, Tel Fils. Ce film très féministe ne serait rien sans ses deux personnages masculins principaux Kôhei Matsushita héros du drama After School Doctor qui joue ici le détestable mari peu aimant et dans le rôle plus touchant du beau-père ancré dans les traditions Tomokazu Miura vu dernièrement dans Perfect Days.
Uniquement présenté dans la sélection Un Certain Regard, Lumière Pâle Sur Les Collines devrait cependant permettre à son réalisateur Kei Ishikawa d’entrer la prochaine fois dans la cour des grands de la sélection officielle du Festival de Cannes. Ce nouveau long métrage absolument magnifique et parfaitement mis en scène met en valeur la prestation de la sublime Suzu Hirose et du reste de la distribution tout aussi remarquable. Un drame à suspense comme nous n’avons pas l’habitude de voir et qu’il serait dommage de rater.
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