LA MAISON DES FEMMES de Mélisa Godet [Critique Ciné]
D’utilité publique, le film La Maison Des Femmes met en lumière une structure que tout le monde devrait connaître et aider.
Il y a des films dont la mission première n’est pas de divertir mais d’être avant tout d’utilité public. Des long métrages dont il ne faudrait pas critiquer les valeurs artistiques mais juste se contenter d’apprécier le message qu’il cherche à véhiculer. C’est le cas de La Maison Des Femmes, premier film de la réalisatrice Mélisa Godet qui sort à juste titre ce 4 mars 2026 à l’ approche de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2026 pour interpeller les consciences.
Pas encore assez connue, La Maison Des Femmes est une structure située à Saint-Denis qui a été créé en 2016 par la gynécologue et obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer pour venir en aide aux femmes en détresse. Qu’elles soient victimes de violences conjugales, d’excisions, de viols ou qu’elles aient besoin d’avorter, les personnes en besoin peuvent y trouver des chirurgiens, des psychiatres et un personnel soignant à l’écoute de tous leurs problèmes. Elles peuvent aussi participer à différents ateliers pour les aider dans leur reconstruction et surmonter ces épreuves.
La Maison Des Femmes prend la forme d’un film chorale qui suit le quotidien du personnel de cet établissement en se focalisant tout particulièrement sur cinq d’entre elles, Diane, Manon, Awa, Inès et Lucie. Des personnages fictifs inspirés par différents véritables employés de la structure que nous verrons affronter courageusement tous les cas qui se présentent à elles et les conséquences sur leur vie privée.
Il y aurait là clairement de quoi tirer un film particulièrement dramatique mais au lieu de plomber le moral de ceux qui auraient besoin de ce genre de services et d’un public qui a de quoi déjà avoir le moral en berne dans cette période bien anxiogène mais La Maison Des Femmes semble avoir plutôt été conçu par Mélisa Godet comme un feel-good movie dans l’esprit des films d’Eric Toledano et Olivier Nakache. Au lieu de montrer directement la violence des faits vécus par les différentes victimes, la réalisatrice préfère simplement les évoquer ou les faire raconter sans avoir à l’illustrer par les images.
Faisant du coup marcher l’imagination des spectateurs, le film ne sera pas l’uppercut qui frapperait mieux les consciences avec des images violentes. La Maison Des Femmes tire en longueur en enchaînant les cas variés puis en ajoutant le Covid qui avait empiré les choses pour de nombreuses femmes qui se sont retrouvées enfermées avec leur bourreau. Comme si cela ne suffisait pas, il fallait aussi inventer des drames personnels pour certaines de ces personnages principaux. Pour compenser toute cette noirceur, Mélisa Godet a trouvé bon de montrer ces employés faire la fête pour oublier leurs souci ou bien se vanner pour ajouter de la légèreté au récit. Mais les voir danser à une manifestation contre les féminicides avec une pancarte portant le nom d’une victime dans les mains semble vraiment être de mauvais goûts.
Si la réalisatrice pense avoir fait un film capable aussi d’attirer un public masculin, ce n’est vraiment pas gagné car le portrait qu’elle dresse des hommes n’est clairement pas flatteur. Entre celui qui ne prends pas conscience de la charge mentale de son épouse qui vient d’accoucher ou ceux qui frappent ou excise leurs femmes ou le policier venu en formation dans la structure et qui ne pensera qu’à draguer c’est comme s’il n’y avait pas un seul male cisgenre à sauver. Les seuls qui auront le bon rôle sera un psychiatre sur lequel elle fait planer le doute de ses préférences sexuels ou des travestis qui viennent animer une soirée de collecte de fonds.
Au crédit du film, il faut reconnaitre que le casting de La Maison Des Femmes a bien été choisi. En tête d’affiche Karin Viard incarne Diane, la gynécologue à la tête de la structure qui se bat pour récolter des fonds. Fidèle à ses habitudes, Laetitia Dosch sera clairement la plus drôle du film. Révélé par son rôle dans Le Sens De Fête, c’est tout naturellement qu’Eye Haïdara trouve sa place ici avec toujours le même genre de personnage au fort tempérament. Jouant une nouvelle arrivée à La Maison Des Femmes, Eye Haïdara sert un peu de guide dans l’histoire. N’ayant pas le droit à son nom en haut de l’affiche, la chanteuse Juliette Armanet ne démérite pourtant pas plus que ses partenaires.
Si La Maison Des Femmes aura au moins le mérite de faire un peu mieux connaitre cette structure, le choix d’en tirer un feel-good movie ne semble pas être le meilleur moyen pour sensibiliser à la cause. Un vrai film coup de poing aurait certainement été un meilleur électrochoc pour interpeller les spectateurs sur les différents drames évoqués dans cette histoire. Entre les blagues et les scènes d’amusements, il y a de fortes chances que les spectateurs sortent plus le sourire aux lèvres que vraiment révoltés par ce que peuvent subirent les femmes dans leurs vies.
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