A REAL PAIN de Jesse Eisenberg [Critique Ciné]
Déjà récompensé de plusieurs prix, A Real Pain de Jesse Eisenberg sort enfin au cinéma en France.
Réellement découvert avec le film Bienvenue à Zombieland, Jesse Eisenberg a su se faire apprécier des amateurs de cinéma indépendant américain avant de tourner avec Woody Allen ou dans des films très grand public comme Insaisissables et Batman V Superman. Mais ce que l’on sait moins c’est qu’il est aussi un auteur de pièce de théâtre et un réalisateur / scénariste dont le premier long métrage est sorti en France directement en V.O.D. Déjà auréolé de nombreuses récompense son deuxième film A Real Pain lui voit enfin ouvrir en grand les portes des salles obscures françaises ce 26 février 2025.
Facilement résumable à une nouvelle histoire sur le devoir de mémoire de l’Holocauste, A Real Pain est en fait bien plus que cela. C’est avant tout l’histoire de David et Benji, deux cousins nés à trois semaines de différence qui ont été élevés comme des frères dans une relation très fusionnelle. Mais les années passant, ils se sont petit à petit éloignés. David s’est marié et il est devenu père de famille vivant à New York tandis que Benji squatte encore le sous-sol de sa mère. Ayant récemment perdu leur grand mère, sa dernière volonté est de les voir se rendre en Pologne pour découvrir la maison qu’elle a dû fuir durant la Deuxième Guerre Mondiale.
Alors que presque tout les oppose aujourd’hui, ce voyage sera un moyen de resserrer les liens. C’est avec beaucoup d’émotion que nous les suivrons dans leur périple. S’il n’est nominé curieusement qu’en second rôle, Kieran Culkin porte pourtant bien plus le film que Jesse Eisenberg. C’est d’abord la grande drôlerie de ce personnage qui nous séduira avant qu’il ne dévoile son aspect dramatique vraiment touchant qui justifie pleinement les nombreux prix et nominations déjà reçus.
Si A Real Pain évoque bien l’Holocauste, Jesse Eisenberg cherche avant tout à dénoncer l’exploitation commerciale qui peut en être fait. Nous pouvons en effet nous poser la question de l’utilité de garder ces camps de concentration intacts pour en faire des lieux touristiques. Il n’y a pourtant pas besoin de s’y rendre et de voir des empilements de chaussures pour imaginer quelle horreur cela était. Le film pose aussi la question de la légitimité de la troisième génération de survivants qui a grandit sans connaitre la même tragédie mais le vit encore pourtant comme une souffrance personnelle.
Nous pouvons aussi voir A Real Pain comme un film sur les relations humaines. « A real pain in the ass » est une expression vulgaire pour parler de quelqu’un d’emmerdant. Ce que peut parfois être Benji dans son caractère changeant. Il faudra que David fasse abstraction des sautes d’humeur de son cousin pour continuer à aimer celui qu’il est vraiment. Il y a aussi la relation avec les autres membres du groupe de ce voyage organisé dont chacun à ses propres raisons de participer à cette commémoration de l’Holocauste avec qu’ils noueront des liens éphémères le temps du voyage sans oser trop dévoiler leur vies.
Face à Kieran Culkin, Jesse Eisenberg conserve son personnage habituel assez lunaire. Il semble vraiment prêt à prendre le relève de Woody Allen en nouveau « petit juif new yorkais » typique avec ses névroses et sa sensibilité. Même en réalisateur, il s’inspire clairement aussi de son mentor jonglant entre scène très drôles et d’autres qui feront monter les larmes. Il aurait juste pu nous épargner les trop nombreux morceaux de piano de Frédéric Chopin que nous connaissons par cœur et qui ne colle pas vraiment au ton général du film. Mais c’est bien là, l’un des seul reproche que nous pouvons faire à ce bien émouvant long métrage avec le fait que nous aurons aussi bien du mal à vouloir quitter ces deux personnages à la fin de la projection.
Plus qu’un nouveau film sur le devoir de mémoire, A Real Pain est avant tout un film sur les relations humaines qui touchera en plein cœur. Chaque spectateur pourra sans doute se reconnaître un peu dans la relation fraternelle de ses deux cousins ou dans la relation qu’ils auront un temps avec ce petit groupe. Un film à voir aussi pour la formidable prestation de Kieran Culkin et le talent d’écriture de Jesse Eisenberg.
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