ANORA de Sean Baker [Critique Ciné]
Palme d’Or du dernier Festival De Cannes pleinement méritée, Anora de Sean Baker est clairement le film à ne pas rater cette semaine au cinéma.
Capable de faire des prouesses en filmant simplement à l‘iPhone ces longs métrages Tangerine et The Florida Project qui l’avaient fait connaitre en France, il était certain que le talent de Sean Baker lui permettrait d’être un jour consacré. C’est ce qui a fini par arriver avec son huitième long métrage Anora récompensé de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes et qui n’a certainement pas fini de faire parler de lui pour les prochaines cérémonies de remise de prix. Six mois après ce sacre, nous pouvons enfin découvrir à notre tour cette grande réussite.
Très souvent, les films récompensés de la Palme d’Or sont considérés par le grand public comme des films intello et ennuyeux. Et si cela peut parfois être le cas, il ne manque pas de véritables chefs d’œuvres récompensés pour prouver le contraire. Anora est justement le parfait exemple pour faire tomber ces préjugés. Avec un jury présidé par la réalisatrice Greta Gerwig, il n’est pas vraiment étonnant de voir le nouveau film de Sean Baker recevoir cette prestigieuse récompense tant il partage le même univers de comédies indépendantes américaines mettant en scène un personnage principal féminin fort et haut en couleur.
Si nous pensions que le cinéma était devenu bien plus prude depuis le mouvement #MeToo, Sean Baker ose prouver le contraire en débutant son film par un audacieux traveling dans un club de striptease où défileront des paires de fesses et de seins en gros plan. Il fallait bien cela pour donner le ton de ce nouveau long métrage mettant encore en scène une travailleuse du sexe. Avec toujours le même but d’humaniser ces femmes qui ont tendance à n’être considérées uniquement comme de simples objets de désir, il s’agit cette fois ci d’Anora Mikheeva. Une stripteaseuse que nous découvrirons en plein travail, enchainant les danses privées avec succès.
Étant la seule à parler russe, elle devra se dévouer pour satisfaire Vanya « Ivan » Zakharov. Un jeune fils de magnat qui profite de l’argent de ses parents sans compter. Une rencontre qui se prolongera chez lui dès le lendemain et qui finira par le pousser à proposer à Anora de louer ses services pour une semaine entière. Nous pourrions presque croire au début d’une véritable romance entre eux si cela n’avait pas couté 15 00 dollars au jeune homme. Et pourtant, l’amour arrivera bien par leur mariage express lors d’un séjour à Las Vegas.
Cette romance sera cependant de courte durée car elle ne sera clairement au goût des parents d’Ivan très en colère d’apprendre son soudain mariage avec une stripteaseuse. Envoyant son parrain accompagné de ses hommes de main pour s’assurer que cette union soit au plus vite annulé, le film changera complètement de ton dans sa deuxième partie. Ces méchants sbires russes apporteront en effet beaucoup d’humour à ce récit que nous n’attendions pas à voir prendre une telle tournure. Ils se révéleront n’être que de véritables bras cassés pas si loin d’être aussi dépassés que les cambrioleurs de Maman, J’ai Raté L’Avion face à une Anora qui ne se laissera pas maltraitée.
Passée au lance flamme dans Once Upon A Time… In Hollywood et rôle clé du reboot de Scream, Mikey Madison va sans aucun doute vraiment marquer les esprits en incarnant Anora. Elle fut le premier choix de Sean Baker qui a pu développer son histoire avec l’actrice en tête après qu’elle ait accepté le rôle. À voir ce qu’elle ose faire au début du film, nous aurions pu croire que le réalisateur avait à nouveau fait appel à une véritable stripteaseuse mais il s’agit bien là d’un rôle de composition vraiment osé. La deuxième partie lui donnera plus l’occasion de montrer ses talents d’actrice aussi drôle que touchante. Le prix d’ interprétation féminine aurait été pleinement mérité au lieu d’être remis à l’acteur d’Emilia Perez mais nous la retrouverons sans aucun doute aux Golden Globes et aux Oscars.
Anora aurait presque pu aussi s’appeler L’Amour Ouf, tant tous les personnages ont un véritable grain de folie. Mikey Madison est en effet vraiment bien entourée dans cette comédie romantique pas comme les autres aux allures de film de gangsters inspirée aussi par les frères Coen. Outre ce parrain à la fois prêtre et mafieux dépassé par le tempérament d’Anora incarné brillamment par le fidèle Karren Karagulian présent dans tous les films du réalisateur, l’acteur Yura Borisov prendra progressivement de l’importance dans l’histoire avec beaucoup d’humour et d’émotion. Dans le rôle d’Ivan, Mark Eidelshtein est un enfant gâté un peu tête à claques aussi très amusant.
Rarement une Palme d’Or nous aura autant faire rire qu’Anora. Loin de correspondre à l’image que se fait bien souvent le grand public des films cannois, le nouveau long métrage de Sean Baker est une surprise totale à mi-chemin entre la comédie romantique et un nouvel épisode de Maman J’Ai Raté L’Avion très inspiré par Frères Coen. Une grande réussite qui nous fait attendre avec impatience le prochain film du réalisateur mais aussi de Mikey Madison aussi sexy que follement amusante.
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