CinémaCritique Ciné

AVIGNON de Johann Dionnet [Critique Ciné]

Avignon de Johann Dionnet

Nouvelle tentative de comédie provinciale feel-good, Avignon déçoit par son manque d’originalité.

Parce qu’il n’y a pas que le public cinéphile et exigeant de Paris, les producteurs de comédies savent qu’ils peuvent compter sur les spectateurs du reste de la France pour remplir les salles de cinéma. La recette de tout Feel-Good Movie à la française est donc désormais de choisir une région précise en espérant attirer les habitants du coin. Qui d’autre pourrait en effet choisir d’aller voir un film s’appelant simplement Avignon si ce n’est pour sa tête d’affiche Baptiste Lecaplain dont la tournée avec Jeremy Ferrari et Arnaud Tsamere vient de cartonner. Plus digne d’une diffusion directe sur une plateforme ou pour un passage à la télévision, il n’y aura bien que la Fête du Cinéma pour attirer les spectateurs devant cette nouvelle comédie aux allures de déjà trop vue.

Seuls les amateurs de théâtre feront tout de suite le rapprochement entre le titre Avignon et le célèbre festival de théâtre qui s’y tient chaque année. C’est en effet la trame de fond de ce nouveau long métrage mais au lieu de se contenter d’une histoire sur les coulisses de cet évènement qui aurait largement de quoi faire un film passionnant, le réalisateur a préféré y greffer un scenario de comédie romantique cousu de fils blancs. Ayant pourtant comme une de ses références l’excellent Birdman d’Alejandro González Iñárritu le réalisateur Johan Dionnet aurait pu se contenter de nous montrer l’envers du décor et l’effervescence du festival d’Avignon que nous ne connaissons que trop peu. Découvrir le stress pour une troupe de réussir à faire remarquer son modeste spectacle dans la multitude d’événements présentés dans la ville à cette période aurait suffit à  faire un film bien plus original que le résultat final

Avignon de Johann Dionnet

Prolongement du court métrage Je Joue Rodrigue du même réalisateur, Avignon raconte à la place l’histoire de Stéphane, un acteur en galère obligé de jouer sans réelle motivation dans une pièce pour enfants qui en a déjà assez soupé des galères du festival d’Avignon. Pourtant, il va se sentir obligé d’y retourner une nouvelle fois en apprenant que le rôle principal qu’il tenait dans la pièce Ma Sœur S’Incruste risque d‘être confié à un autre acteur. En arrivant sur place, il recroisera Fanny une actrice à la carrière montante qui joue dans Ruy Blas. Alors qu’elle le croit membre de la troupe qui joue Le Cid, il n’osera pas lui avouer qu’il joue en réalité dans une simple comédie de boulevard en off du festival et va se servir de ce quiproquo pour tenter de la séduire.

Il n’y a même pas besoin de voir le film pour savoir très bien comment va se dérouler l’histoire. Si Johann Dionnet tente parfois de détourner les codes de la comédie romantique, c’est pour au final arriver malgré tout au même point final.  Comme il a dû confier le premier rôle qu’il tenait dans le court métrage à Baptiste Lecaplain pour des raisons évidentes de financement, il a fallu qu’il s’invente aussi une nouvelle histoire d’amour pour son personnage secondaire. Mais comment apprécier la tentative sans scrupule de son personnage pour séduire la compagne de son propre metteur en scène pendant que celui-ci est submergé par le stress de se produire à Avignon sans aucun financement ?

Avignon de Johann Dionnet

Derrière la comédie romantique, Johann Dionnet cherche tout de même à dénoncer la hiérarchie dans le théâtre. Les acteurs du off d’Avignon et des pièces de boulevard en général sont souvent déconsidérés alors qu’il est probablement encore plus difficile de faire rire une salle entière que de déclamer du Corneille. Ce qui est étrange c’est de le faire dans une comédie qui ressemble plus à un téléfilm qu’à un long métrage taillé pour le grand écran. Si nous ne devrions pas faire non plus de hiérarchie, il faut tout de même bien reconnaitre que la platitude de la réalisation d’Avignon fait pale figure face à Life Of Chuck et The Phoenician Scheme en salles au même moment. Nul doute que s’ils avaient le choix même les acteurs d’Avignon préfèreraient sans doute plutôt jouer dans un Wes Anderson que dans ce genre de comédie très formatée.

À l’image de son personnage, Baptiste Lecaplain fait de son mieux pour porter ce film. Il est tout de même dommage de le voir toujours dans des comédies qui n’exploite jamais vraiment tout son potentiel comique. D’autant plus qu’il jouait déjà les acteurs en galère il y a neuf ans dans Dieumerci ! de Lucien Jean-Baptiste. il est vraiment dommage qu’Alison Wheeler ne soit pas la fille qu’il convoite car leur duo marche à merveille pour nous faire rire. Le reste du casting se compose d’acteurs issus du court métrage d’origine et d’habitués du Festival d’Avignon. Dans cette bande nous retiendrons bien plus Lyes Salem, très amusant en metteur en scène à bout que la méconnue Elisa Erka qui joue Fanny. 

Avignon de Johann Dionnet

Voir qu’Avignon a remporté la majorité des prix au festival de la comédie de l’Alple d’Huez en dit long sur le manque d’ambition du cinéma français. Grace à Baptiste Lecaplain, le film se laisse se regarder et prête parfois à rire mais il sera tout aussi vite oublié tant il manque d’originalité pour se distinguer. Au prix d’une place de cinéma autant clairement attendre son passage à la télévision pour le découvrir.

MON AVIS :
Noté 2 sur 5

A Lire Aussi

Her Private Hell

HER PRIVATE HELL de Nicolas Winding Refn [Critique Ciné]

Dix ans après The Neon Demon, le réalisateur Nicolas Winding Refn est enfin de retour au cinéma avec l’étonnant Her Private Hell.

Resident Evil de Zach Cregger

RESIDENT EVIL de Zach Cregger [Critique Ciné]

Il aura fallu 24 ans pour enfin voir une adaptation réussie du jeu vidéo Resident Evil au cinéma.

Sham de Takashi Miike

SHAM de Takashi Miike [Critique Ciné]

Le réalisateur Takashi Miike revient dans les salles de cinéma françaises avec le captivant Sham.

Pressure

PRESSURE de Anthony Maras [Critique Ciné]

Pressure met en lumière le travail méconnu mais crucial des météorologistes lors de la Seconde Guerre Mondiale.

The Dog Stars

THE DOG STARS de Ridley Scott [Critique Ciné]

Ridley Scott n’apporte rien de neuf au genre du Survival Post-Apocalyptique avec The Dog Stars.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.