CHAO de Yasuhiro Aoki [Critique Ciné]
Avec ChaO, le Studio 4C revisite le conte de La Petite Sirène dans une version poétique et déjantée à voir sur grand écran pour en prendre plein la vue.
L’événement de ce mois de mai pour tous les fans d’animation japonaise est la sortie le 13 mai de ChaO, le nouveau film du talentueux Studio 4C. Ils nous reviennent avec une audacieuse relecture du très célèbre conte La Petite Sirène de Hans Christian Andersen récompensée à juste titre du Prix du Jury lors de la dernière édition du Festival d’Animation d’Annecy. Oubliez toutes les nombreuses adaptation que vous ayez déjà vu de cette histoire et foncer sans attendre profiter de ce long métrage sur grand écran dès que possible.
Imaginée par Kino Hanasaki, scénariste de l’adaptation très réussie du manga Les Enfants De La Mer. ChaO voit revenir une bonne partie de l’équipe de ce film avec Hirokazu Kojima à la direction de l’animation et au design des personnages. La réalisation en a été confiée à Yasuhiro Aoki fidèle animateur du Studio 4C qui signe ici son premier long métrage. Apres avoir été remarqué avec son court métrage Kung-Fu Love qui a été le point de départ de ce film, ChaO le voit à nouveau collaborer avec la mythique chanteuse Koda Kumi qui avait collaboré de près au court métrage et qui a composé et interprète le générique de fin de ChaO.
ChaO débute sur des images de conte illustré racontant une histoire d’amour entre un pêcheur et une sirène. C’est en fait les pages d’un livre pour enfants que lit inlassablement le journaliste Juno. Alors qu’il a raté son bateau, Il aura la surprise de découvrir sur le port un homme ressemblant étrangement à Stephan le pécheur dont la vie a inspiré ce conte. Avec de l’audace, il finira par avoir la chance de pouvoir l’interviewer.
ChaO partira alors pour un long flashback pour raconter la véritable histoire de Stephan. Après avoir été sauvé de la noyade lors de l’inauguration d’un nouveau système de propulsion sans hélices pour les bateaux, il découvrira que ChaO, la Princesse des poissons attendait son réveil à l’hôpital avec anxiété et déclarera aux journalistes présents être prête à épouser Stefan sans qu’il ne sache pourquoi. N’ayant pas trop le choix, il acceptera ce mariage soudain qui va bouleverser sa vie.
Nous pouvons comprendre les réticences de Stephan à épouser ChaO au premier abord car il faut dire que la princesse n’est pas vraiment à son avantage lorsqu’elle est hors de l’eau. Une espèce de croisement entre une carpe Koï et un gros poisson rouge qui a glissé sa nageoire dans de grosses basket jaunes pour pouvoir se déplacer sur terre. Mais lorsqu’elle est sous l’eau, ChaO prend alors la forme d’une très belle sirène aux traits humains. Mais ce qui la rend particulièrement attachante est la très belle voix que lui prête l’actrice Anna Yamada.
L’aspect visuel du film de Yasuhiro Aoki aura de quoi décontenancer les spectateurs au premier abord voir même les dissuader de découvrir ChaO. C’est en fait bien là une de ses principales qualités tant cela offre une réelle originalité au long métrage qui se démarque des personnages souvent très similaires que nous retrouvons dans la japanimation. Les différents protagonistes de formes très variées qui peuplent le monde de ChaO rappellent aussi bien Amer Beton, le premier film du Studio 4C que Lou Et L’Île Aux Sirènes du maître Masaaki Yuasa récompensé du Cristal du Meilleur Film au festival d’Annecy en 2017 et un peu aussi ceux de Bill Plympton.
Il est vrai qu’il faudra s’accrocher au début pour comprendre l’histoire de ChaO et où veut nous conduire le réalisateur. Sur un rythme enlevé le film enchaîne les scènes délirantes et les personnages haut en couleurs avec une chronologie des événement pas toujours évidente à suivre. Il n’y aura en fait qu’à se montrer patient car tout finira par nous être expliquer. Même ceux qui connaissent par cœur le conte d’Andersen risque bien d’être surpris par cette très libre et très moderne adaptation qui se détache très vite de la véritable histoire avec un dénouement lorgnant un peu du coté de Ponyo Sur La Falaise.
Même si nous y comprendrons forcement pas tout, ce qui est sur c’est que ChaO ne cessera de nous en mettre plein la vue. Si le design des personnages pourra prêter à débat tant il ne plaira pas à tous, vous trouverez sans doute personne pour contester l’incroyable fluidité de l’animation qui rendront plus d’une scène réellement mémorables.
ChaO est sans nul doute la plus délirante adaptation de La Petite Sirène que vous pourrez voir. Plutôt que de simplement reprendre le conte, le film semble s’inspirer de nombreuses histoires de sirènes pour en faire une histoire des plus folles et originales. Le film se démarque aussi par un design des personnages qui lui donne un charme très particulier et une animation très fluide qui vous en mettra plein la vue.
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