EN FANFARE de Emmanuel Courcol [Critique Ciné]
Le duo inédit Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin vous feront passer du rire aux larmes dans En Fanfare.
Au moment où la ministre de la culture, Rachida Dati a surpris un peu tout le monde en annonçant lancer un « plan fanfare » pour venir en aide à tous ces groupes locaux qui animent foires et parades. Le réalisateur Emmanuel Courcol a eu la bonne idée par pur hasard de rendre un peu hommage à ces musiciens du dimanche avec son nouveau film En Fanfare. Une comédie social un brin fourre tout qui aborde un peu trop de sujets à la fois pour tenter de toucher un large public. Reste à voir s’il réussira…
En Fanfare raconte l’histoire de Thibaut Desormeaux, un célèbre chef d’orchestre atteint d’une leucémie. En cherchant un potentiel donneur, il aura la mauvaise surprise d’apprendre qu’il a été adopté et qu’il a un frère Jimmy Lecocq qu’il n’a jamais connu qui pourrait éventuellement le sauver. N’ayant pas eu la même chance dans la vie que lui, celui-ci a grandit dans le Nord où il travaille comme employé de cantine et joue dans la fanfare locale.
Ne s’attardant pas trop sur le comment de ces retrouvailles ni sur d’éventuels doutes sur le don d’organe de la part de Jimmy, le film s’intéressera plus à la relation entre ces deux frères après la greffe. Clairement inspiré par Ken Loach où son homologue français Robert Guédiguian qui produit d’ailleurs le film, En Fanfare illustre comment ces deux frères qui ont les mêmes prédispositions pour la musique ont eu des destins totalement opposés à cause du milieu où ils ont grandit.
Cette histoire ne sera forcément pas perçue de la même manière par un spectateur purement parisien et par un spectateur de province. Le parisien sera certainement un peu horrifié de cette vie dans le Nord où les gens n’ont pas les mêmes chances tandis que le public ch’ti y verra juste une reconstitution honnête de leur quotidien sans clichés ni moqueries. Juste deux mondes radicalement opposés qui pourront faire fuir ou rêver.
Sans pouvoir vraiment être considéré comme un film musical, la musique prend tout de même une bonne partie de l’histoire. Là aussi s’opposeront deux univers, celui de la musique classique très chic et raffinée et celui de la fanfare d’amateurs peut être la pire manière de jouer de la musique. Pas souvent juste ni en rythme, il vont pourtant devoir jouer du Verdi à la place des habituels classiques de la chanson française qu’ils massacrent habituellement.
Comme si le réalisateur Emmanuel Courcol avait voulu compiler plusieurs idées de scénario, En Fanfare cumule bien top de sujets sans arriver à conclure correctement chacune de ces pistes. Les retrouvailles entre les deux frères qui ne se connaissaient pas, la maladie, la passion pour la musique, la lutte sociale, les relations familiales, cela fait trop pour un seul film. En Fanfare donne aussi un peu l’impression de surfer sur les succès du cinéma français avec un peu de Bienvenue Chez Les Ch’tis, de Monsieur Aznavour, d’Un P’tit Truc En Plus même si le film était déjà tourné bien avant la sortie de ces derniers.
Longtemps cantonné à son rôle du grand frère Wilfried dans Les Tuche, Pierre Lottin semble enfin avoir été découvert par les réalisateurs. C’est en fait déjà la deuxième fois qu’il tourne avec le réalisateur Emmanuel Courcol après avoir tenu un rôle secondaire dans son précédent film Un Triomphe plutôt passé inaperçu. Vu aussi dans La Nuit Du 12, il prend du galon cette année en tenant des rôles d’importance dans le dernier François Ozon et En Fanfare. C’est à se demander s’il n’est pas un peu devenu le second choix lorsque Raphaël Quenard n’est pas disponible. A le voir en interview, ce personnage de Jimmy ne semble pas très éloigné de son naturel à part qu’il a du apprendre le trombone.
Son duo avec Benjamin Lavernhe est l’une des réussites du film. Le sociétaire de la Comédie Française révélé au grand public par le film Le Sens De La Fête a le chic qu’il faut pour incarner ce chef d’orchestre à la carrière international. Il apporte aussi sa sensibilité à ce personnage qui découvre ses vraies racines. Les échanges avec Pierre Lottin ne manqueront généralement pas d’humour avec aussi parfois une touche d’émotion.
Comédie sociale a la française, En Fanfare peine à se montrer original tant il ressemble à trop d’histoire déjà vues. Ce n’est que le duo inédit formé par Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin qui donne son intérêt à ce film qui cherche à raconter trop de choses au lieu de se focaliser sur un unique sujet. Si le film nous fera rire et verser quelques larmes il ne reste qu’une tentative maladroite de feel-good movie qui fera plus d’audience à la télévision que dans les salles de cinéma.
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