EN GARDE de Nelicia Low [Critique Ciné]
Entre drame et thriller, En Garde est un magnifique film taiwanais sur le lien indéfectible entre frères.
Dans la série des films qui risquent de passer totalement inaperçus est sorti très discrètement ce mercredi 31 décembre le mélodrame taïwanais En Garde, premier long métrage écrit et réalisé par Nelicia Low. Non seulement, il fallait bien avoir éplucher la liste des sorties pour le remarquer. Tout amateur de cinéma asiatique devrait en tout cas ne pas passer à coté de cette dernière perle taïwanaise qui clôture en beauté cette année cinématographique 2025 riche en découvertes.
En Garde raconte l’histoire de Zijie, Un jeune lycéen inscrit au club d’escrime où il peine encore à faire ses preuves. Il vit avec sa mère Ai Ling, chanteuse dans un restaurant où elle reprend des vieux standards américains. Tous les deux ont un secret. Un grand frère prénommé Zihan dont ils disent qu’il fait des études de médecine aux États Unis alors qu’il est en vérité emprisonné depuis sept ans pour avoir tué son adversaire avec une épée brisée lors d’un tournoi d’escrime. Libéré plus tôt que prévu, son retour va mettre en péril le fragile équilibre familial.
En Garde est avant tout un film sur l’honneur qu’il faut toujours préservé encore plus particulièrement dans les pays asiatiques où cela est crucial. Sur le point de se remarier, la mère ne veut plus entendre parler de ce fils ainé sur qui plane pourtant le doute sur sa réelle culpabilité. Leur père étant décédé d’un cancer, Zijie n’a eu que son grand frère comme modèle. À sa sortie de prison, il ne pourra s’empêcher de renouer le contact avec Zihan.
Si certains spectateurs s’attendaient à un véritable film sur l’escrime avec En Garde, ils risquent éventuellement d’être un peu déçu. Ce sport est en fait le lien qu’a tenu à maintenir Zijie avec son grand frère ancien champion. C’est avant ce lien fraternel indestructible qui est le véritable sujet d’En Garde. Un sentiment que tous ceux qui ont un frère ou une sœur comprendront sans peine et ne pourront que mieux s’attacher à ces personnages.
Sur fond de ce drame familial qui verra se déchirer cette femme et ses deux enfants viendra aussi planer l’ombre d’un thriller. Le doute autour de la culpabilité de ce grand frère et les souvenirs d’un ancien événement de leur jeunesse seront appuyés par moment par une musique qui fera monter l’angoisse et la crainte de voir la situation totalement déraper. Sur une touche plus légère, il y a aussi dans En Garde les premiers émois de Zijie pour un jeune camarade. Une relation aussi touchante que cela aurait pu être avec une fille mais qui prend une autre dimension à Taïwan où cela risque encore de faire naitre encore plus d’embarras pour la mère. Mais au lieu d’explorer cette piste, la réalisatrice et scénariste Nelicia Now viendra encore nous surprendre avec une dernière scène choc au dénouement inattendu.
En plus d’un scénario particulièrement bien écrit, il faut aussi saluer le talent de la jeune cinéaste Nelicia Now dans la mise en scène et la composition des plans. L’image d’En Garde est absolument splendide, particulièrement dans les scènes nocturnes grâce à une direction photo dont seuls les films taïwanais ont le secret. Bien sur, les deux jeunes acteurs qui jouent les deux frères sont aussi beaucoup dans cette réussite. Il s’agit de Hsiu-Fu Liu qui joue ici le petit frère tout en sensibilité et Yu-Ning Tsao en grand frère qui peut se montrer vraiment inquiétant.
Il serait vraiment dommage de passer à coté d’En Garde tant le premier long métrage écrit et réalisé par Nelicia Low est particulièrement réussi. Du très bon cinéma taïwanais comme nous l’aimons ou se mélangent des aspects de drame et de thriller sur fond d’une relation fraternelle particulièrement touchante aussi magnifiquement interprété que mis en image. Dépêchez vous de trouver une salle pour ne pas le rater !
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