GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE de Gore Verbinski [Critique Ciné]
Gore Verbinski fait un retour magistral avec le très déjanté Good Luck, Have Fun, Don’t Die.
Nous avions presque oublier le réalisateur Gore Verbinski ! Célèbre pour ses Pirates Des Caraïbes ou le très réussi Rango, cela faisait en effet neuf ans que le cinéaste n’avait pas sorti de nouveau long métrage. Pourtant vraiment très bon, son précèdent film A Cure For Life lui a visiblement fait perdre l’adhésion des spectateurs et du coup des studios. Avec un nouveau film tel que Good Luck, Have Fun, Don’t Die, il est certain qu’il risque encore de diviser. Trop décalé pour le grand public, il réjouira sans nul doute tous les amateurs de films sortant de l’ordinaire mais trouver une salle pour le voir ne sera pas facile.
Good Luck, Have Fun Don’t Die est une histoire originale issue de l’imagination du scénariste Matthew Robinson qui fait ici ses débuts. Le film commence dans un diner américain ou un homme va faire irruption en prétendant venir du futur. Portant un trenchcoat en plastique transparent bardé de composants électroniques ressemblant plus à un assemblage de bric-à-brac, il donne plus l’impression d’être un SDF un peu timbré qui s’est fabriqué un costume qu’un véritable voyageur temporel. Alors qu’il cherche à réunir une équipe pour empêcher la création d’une intelligence artificielle qui conduirait le monde à sa perte, tout le suspense du film reposera sur le fait de savoir s’il dit la vérité ou si il est juste cinglé.
Comme son titre et son affiche le laissait espérer, Good Luck, Have Fun Dont’ Die est une comédie de science fiction complétement déjantée que n’aurait sans doute pas renier Terry Gilliam tant nous y retrouverons des éléments rappelant L’Armée Des 12 Singes ou Brazil. Le scénariste Matthew Robinson semble également s’inspirer de la série Black Mirror pour imaginer un récit d’anticipation pas si éloigné de la réalité. À travers l’histoire d’un couple de professeurs faisant parti de l’équipe qui va être constituée, le film alerte sur l’addiction des élèves aux téléphones portables qui rendent les cours impossibles. Fasciné par le défilement incessant des images des réseaux sociaux aucun d’entre eux n’est motivé pour lire un livre alors qu’il peuvent très bien l’écouter en livre audio ou regarder une adaptation en film.
Outre cette manière particulière de montrer à quel point la nouvelle génération est en train d’être lobotomisé par les réseaux sociaux et la perte du gout pour la lecture pourtant essentiel pour s’éduquer, Good Luck, Have Fun Don’t Die dénoncera également d’autres dangers pas si loin de se réaliser à travers chacun des personnages que va embrigader ce voyageur temporel. De manière délirante mais particulièrement inquiétante, le film évoquera les dangers du clonage et les tueries de masse à travers le personnage d’une femme endeuillée mais aussi les problèmes de santé liés à la technologie et la perte de relations humaines à travers une intrigante jeune femme habillé en princesse.
Il faudra avoir de bons yeux pour distinguer les noms d’acteurs presque cachés sur l’affiche de Good Luck, Have Fun, Don’t Die qui incarnent ces différents personnages. Le nouveau film de Gore Verbinski réunit pourtant un casting prestigieux de seconds couteaux du cinéma américain qui aurait mérité d’être mis plus en avant. Le rôle principal est tenu par l’épatant Sam Rockwell parfait pour incarner ce curieux voyageur temporel. Le groupe qu’il formera comprendra Michael Pena et Zazie Beetz en couple de professeurs dépassés par les évènements, Juno Temple en mère endeuillée et Haley Lu Richardson en princesse déchue. Autant de bonnes raisons d’aller découvrir ce film.
Good Luck, Have Fun, Don’t Die mérite également d’être vu pour la mise en scène originale et très graphique de Gore Verbinski et la folie de l’histoire imaginée par Matthew Robinson. Conçu en chapitres, c’est progressivement que nous découvrirons l’histoire et les motivations de cette bande hétéroclite pleine de mystères sous formes de flashbacks. Nous serons jamais au bout de nos surprises en découvrant cette histoire. Une fois la bande présentée en bonne et due forme, le film ne nous décevra pas à travers des scènes d’actions rythmées et toujours aussi délirantes jusqu’à une conclusion émouvante.
Trop déjanté pour séduire le grand public, il serait pourtant dommage de ne pas se précipiter en salles pour découvrir ce Good Luck, Have Fun, Don’t Die qui nous rappellera le talent de mise en scène de Gore Verbinski. Derrière cette histoire délirante menée par une troupe d’acteurs impeccables, le film soulève bien des interrogations sur les dangers inévitables d’une technologie capable de nous dépasser sans même nous en rendre compte et menace de nous détruire. De quoi nous divertir pleinement tout en faisant réfléchir.
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