LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 de David Frankel [Critique Ciné]
Vingt ans plus tard, Le Diable s’Habille En Prada s’offre enfin une suite qui aura tout pour ravir les fans.
Porté par son succès en librairie, Le Diable s’Habille en Prada a connu un succès encore plus grand au cinéma en attirant aussi bien les fashionistas du monde entier que les fans de comédies romantiques. Grace à son formidable casting, il est vrai que ce long métrage était une véritable réussite dans le genre sans pourtant pouvoir prétendre être vraiment un chef d’œuvre. C’est peut-être bien pourquoi l’équipe derrière ce film ne s’est jamais empressé de vouloir lui donner une suite malgré la sortie dix ans plus tard d’un deuxième roman. Le diable responsable de ce retour tardif sur grand écran est bien évidemment Disney qui en rachetant la Fox n’ allait certainement pas se priver d’exploiter le potentiel commercial d’une suite. À la vue du démarrage canon de cette suite dès sa sortie le 29 avril 2026, ils ont visiblement bien fait de miser dessus.
Pour assurer la réussite d’une suite au Diable S’Habille En Prada, il fallait absolument réunir l’ensemble de l’équipe du premier film. C’est ainsi que le réalisateur David Frankel retourne derrière la caméra pour filmer cette nouvelle histoire entièrement imaginée par la même scénariste Aline Brosh McKenna qui a totalement zappé la suite officielle imaginée par la romancière Lauren Weisberger. Mais avant tout, Le Diable S’Habille En Prada 2 n’aurait certainement pas pu voir le jour sans son quatuor principal d’acteurs, Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci, qui avaient pourtant montré aucun intérêt à reprendre leurs rôles lorsque le deuxième roman était sorti en 2013.
Le Diable S’Habille En Prada débutait par une introduction très sexy de femmes enfilant d’élégants sous- vêtements. Signe que les temps changent, ce deuxième volet nous fera croire qu’il commence de la même façon mais il s’arrêtera uniquement au brossage de dents d’Andrea. Elle est aujourd’hui une journaliste d’investigation qui a fait passer sa carrière avant sa vie amoureuse. Mais au moment où elle allait connaître son heure de gloire en recevant un prix elle apprendra par SMS que toute la rédaction de son journal vient d’être licencié sans préavis. Cette affaire viendra aux oreilles du grand patron du groupe détenant le magazine Runway qui va alors l’engager pour tenter d’éteindre la polémique dans lequel le magazine est plongé à la suite d’un article sur la fast fashion.
Réaliser une suite vingt ans plus tard s’ avère toujours compliqué car il faut prendre en compte le temps qui passe et toutes les choses qui ont pu se arriver dans la vie des personnages entre temps. C’est à se demander si la scénariste Aline Brosh McKennaa a bien réfléchi à tout cela en écrivant ce deuxième volet car le personnage d’Andrea Sachs n’a visiblement pas beaucoup évolué depuis sa dernière apparition. Pas de mari, pas d’enfants et un appartement toujours aussi minable. Comme si elle sortait d’hibernation, Le Diable S’Habille En Prada 2 semble lui redonner vie en lui permettant subitement d’obtenir des choses qu’elle devrait avoir depuis longtemps. Pareil pour Miranda Priestly et son assistant Nigel Kipling qui semblent avoir continué à travailler de la même façon depuis 20 ans. Il n’y a en fait que le personnage d’Emily Charlton dont la vie a drastiquement changé. C’est en effet la seule qui semble avoir profiter de son expérience à Runway pour évoluer de manière étonnante .
Ce qui change vraiment dans Le Diable S’Habille En Prada 2 est le traitement de l’histoire. Si le nouveau scénario conserve quasiment tout ce qui avait fait la réussite du premier volet, on sent bien que Disney est venu arrondir les angles pour tenter de s’épargner toutes polémiques. Cela se voit dans une plus grande inclusivité évitant le casting trop blanc aux silhouettes parfaites. C’est ainsi que les deux assistants de Miranda sont maintenant une femme aux origines indiennes et un homme en surpoids là où Andrea était déjà jugée comme trop grosse. Mais là ou Disney s’est planté c’est en incluant une stagiaire asiatique qui a enflammé les réseaux à cause de son nom Jin Chao et des stéréotypes qu’elle représente. Elle a cependant été jugée un peu trop vite car l’actrice Helen J. Shen a su la rendre en vérité très amusante et donne envie de revoir plus souvent au cinéma cette actrice issue du théâtre.
Mais là où l’on sent vraiment un changement de ton c’est dans le personnage de Miranda Priestly qui parait avoir été largement édulcoré. Mise sous pression par le service des ressources humaines, elle a du tempérer son comportement auprès des employés et se voit en permanence reprises dans ses propos par son assistante pour éviter toute paroles déplacées. De plus nous aurons du mal à croire qu’elle ait vraiment pu oublier Andrea lors de leur retrouvailles alors que la fin du premier film laissait à penser qu’elle avait été impressionné par la jeune femme. Une manière certainement de permettre à ce que leur relation au début de l’histoire ressemble à celle du premier film mais rapidement Andrea ne se laissera plus autant impressionner par Miranda qu’auparavant.
L’univers de la mode sera moins au centre de l’histoire de Le Diable S’Habille En Prada 2. Cette suite s’attaque en effet plutôt au douloureux constat que la presse papier n’intéresse aujourd’hui plus grand monde. Les magazines sont désormais obligé de s’orienter vers le numérique pour survivre. Mais aussi, le film évoque aussi le danger d’une information muselée et contrôlé par de grands groupes qui pensent avant tout à leurs affaires. Il ne faut cependant pas s’attendre à un vrai brulot car le long métrage reste avant tout une comédie légère et pas toujours très crédible. Les amateurs de mode auront tout de même encore de quoi se régaler dans les différentes scènes de défilés et dans les costumes portées par les héroïnes.
Reprenant leurs rôles comme on enfile de vieux chaussons, le quatuor ne pourra pas prétendre aux Oscars avec leur performance mais ils assurent toujours pour apporter de la bonne humeur au film. Ils se voient entourés de nouvelles têtes avec B.J Novak en méchant de l’histoire, Kenneth Branagh en nouveau compagnon de Miranda, Justin Theroux dans le rôle du petit ami d’Emily et Lucy Liu en star prisée par les médias. Toujours pas douée pour se trouver un mec, Andrea se laissera séduire par l’insipide Patrick Brammall qui ne parait pas le meilleur choix. Nous nous serions aussi bien passer de la présence vraiment pas nécessaire de la surcotée Lady Gaga à qui le cinéma ne réussit pourtant pas.
S’inscrivant vraiment dans la lignée du premier, Le Diable S’Habille En Prada 2 devrait pleinement séduire les fans de l’adaptation cinématographique mais il pourra décevoir les lecteurs des romans de voir la suite imaginée par l’auteur passer totalement à la trappe. C’est cependant avec le même plaisir que nous retrouvons le quatuor d’acteurs qui donnent presque l’impression de ne pas avoir changé en vingt ans. A la vue de la fin de ce deuxième volet, il y a de quoi penser que Disney nous prépare déjà un troisième film sous peu.
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