SOUDAIN de Ryusuke Hamaguchi [Critique Ciné]
Récompensé d’un double prix d’interprétation au Festival de Cannes, Soudain le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi se perd en longueurs inutiles.
Appeller « Soudain » un film d’une durée de 3h15 semble un brin contradictoire. Déja scénariste et réalisateur de l’aussi long Drive My Car, Ryusuke Hamaguchi est plutôt du genre à prendre son temps pour raconter ses histoires. Alors qu’il faut moins de temps à Ulysse pour rentrer chez lui dans L’Odyssée de Christopher Nolan ou à Spider-Man pour encore sauver le monde dans Spider-Man : Brand New Day, il y a de quoi se demander en quoi la rencontre entre une directrice d’EHPAD en burn-out et une metteuse en scène atteinte d’un cancer en phase terminale mérite d’y consacrer autant de temps. Mais en tant qu’amateur de cinéma japonais, il serait bien difficile de faire l’impasse sur ce nouveau long métrage récompensé au dernier Festival de Cannes d’un double prix d’interprétation bien mérité.
Beaucoup de films japonais qui sortent en France sont bien souvent des coproduction entre le Japon et notre pays. Il n’est donc pas étonnant que certains cinéastes comme récemment Hirokazu Kore-Eda ou Kiyoshi Kurosawa finissent par poser leur caméra en France. Libre adaptation du livre de correspondance « Quand La Vie Prend Un Tournant Inattendu » entre Makiko Miyano une philosophe atteinte d’un cancer et l’anthropologue médicale Maho Isono, le cinéaste Ryusuke Hamaguchi s’est lui aussi laissé tenter par l’aventure française en transposant cette histoire à Paris avec pour cadre principal un EHPAD.

Soudain est un film forcement émouvant puisqu’il repose sur deux des pires manières de finir sa vie. Être atteint d’un cancer comme la metteuse en scène japonaise Mari Morisaki interprétée par Tao Okamoto ou tomber bien malgré soi dans une déchéance physique et mentale à cause de la Maladie d’Alzheimer comme les patients de la directrice d’EHPAD Marie-Lou Fontaine jouée par Virginie Efira. Deux femmes confrontées chacune à des drames et qui ont forcement besoin de réconfort et d’un besoin de se confier.
Car malgré ces 3h15 et le fait que le réalisateur ne parle pas un mot de français cela n’empêche pas Soudain d’être un film très bavard. Là où beaucoup de mélodrames japonais reposent sur de longs silences et des moments d’introspection où il faut réussir à se mettre dans la tête des personnages, Soudain a plus des allures de drame français. C’est d’ailleurs la langue principale du film avec tout de même une partie importante de dialogues en japonais. Ne vous étonnez donc pas si votre cinéma ne propose que des séances en version française car c’est bien là la version originale avec ce mélange des deux langues.
Autour de l’amitié que vont nouer ces deux femmes après une rencontre fortuite, le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi en profite pour évoquer d’autre sujets comme les difficultés financière des EHPAD inspiré par le scandale qui avait fait grand bruit il y a quelques année en France et qui avait bien écornée l’image de ces mouroirs. Tout ce que cherche à éviter Marie-Lou qui prône de nouvelles méthodes plus humaines de traiter ses patients mais qui donne l’impression qu’elle les traite pas tout à fait avec le respect qu’elle pense mais plutôt comme un comportementaliste avec des animaux. De quoi vraiment faire peur de finir dans cet état mais tout de même avant tout une bonne leçon pour apprendre à mieux gérer des proches qui seraient atteint par cette maladie.
Adepte des longs plans séquence, Ryūsuke Hamaguchi aurait cependant pu nous épargner certaines scènes ennuyeuses à mourir comme le véritable cours fumeux sur le capitalisme que donnera subitement Mari à Marie-Lou avec exposé en anglais sur tableau blanc. Il y a aussi des scènes bien gênantes comme un massage de pieds collectif qui ne séduira que les fétichistes. Heureusement cela est compensé par de très belles scènes comme la représentation de la pièce mise en scène par Mari ou des moments intimistes entre les deux femmes dans une relation qu’on pourrait croire presque amoureuse mais qui restera platonique.
Il est amusant de voir le réel contraste qu’il y a entre les deux actrices de Soudain. Si Virginie Efira peut parfois être physiquement mise en valeur dans certains de ses films, le burn-out que traverse son personnage Marie-Lou est ici souligné par une garde robe très casual T-Shirt et Jean qui montre que le personnage n’a pas le temps de soigner son apparence et préfère opter pour l’utile au lieu de l’agréable. Tout le contraire de Mari qui en tant que metteuse en scène soigne son apparence par une garde robe au style bien japonais qui la rend toujours très élégante et séduisante malgré la maladie qui la ronge de l’intérieur. Les deux actrices ont dû toutes les deux se plier à la méthode de jeu très particulière de Ryūsuke Hamaguchi. Si cela a peut être été bénéfique à Tao Okamoto qui s’était jusque là illustré principalement dans des productions américaines où elle tenait un peu le rôle de la jolie asiatique de service. Elle prouve enfin tout son talent en rendant son personnage vraiment attachant au point de nous faire craindre le moment inévitable où la maladie finira par l’emporter. Parce que nous sommes sans doute plus habitué à la voir régulièrement, Virginie Efira ne semble pas avoir été transcendé par cette nouvelle manière de jouer et reste assez fidèle à elle même. Il faut dire qu’elle a l’habitude de tourner régulièrement avec de nombreux grands cinéastes qui ont déjà dû bien la roder à avoir chacun leur propre manière de travailler.
Autour des deux actrices, nous trouverons aussi le comédien japonais Kyōzō Nagatsuka mais aussi Kodai Kurosaki qui tient le rôle principal du film Des Fleurs Pour Tokyo sorti la semaine dernière en France. Il nous bluffera totalement ici dans le rôle d’un jeune handicapé mental. En revanche, celui qui ne nous surprendra pas est Jean-Charles Clichet qui semble reprendre le rôle qu’il tenait il y a peu de temps dans La Maison Des Femmes comme s’il avait raté sa véritable vocation. Le reste de la distribution se compose d’un mélange entre de véritables acteurs et une partie des pensionnaires et des travailleurs de l’EHPAD sans que nous puissions vraiment reconnaitre les amateurs et les professionnels tant ils sont tous crédibles.
Reposant sur des sujets dramatiques liés à la fin de vie, Soudain est un drame qui encourage au contraire à profiter tant que nous le pouvons de la vie qui nous est offerte. Surmonter les difficultés et trouver une oreille pour pouvoir se confier dans les moments difficiles. Un beau message qui aurait fait un bien meilleur film si le Kyōzō Nagatsuka nous avait évité certaines longueurs. Il doit beaucoup à ses deux impeccables actrices dont l’amitié dans le film semble vraiment sincère et touchante.
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