THE GUILTY de Gustav Möller [Critique Ciné]

 

The Guilty

 

Nouveau thriller venu du froid, The Guilty de Gustav Möller tente de bouleverser les codes du genre par le pouvoir de la suggestion.

 

 

SYNOPSIS : Policier muté au centre des appels d’urgence après une lourde faute pour laquelle il attend son jugement, Asger Holm va recevoir l’appel au secours d’Iben, une femme qui déclare avoir été kidnappée. Trouvant ici l’occasion de se racheter une conduite, ce flic en manque d’action va remuer ciel et terre pour tenter de la sauver.

 

Prix Du Public au Festival de Sundance et de Rotterdam ainsi que Prix de la Critique au Festival de Beaune, The Guilty est probablement l’un des thrillers qui fait le plus parler de lui en ce début d’année. Semblant vouloir surfer sur l’engouement du public pour les reportages dans les centres d’appel d’urgences que l’on peut régulièrement voir à la télé, ce premier long métrage écrit et réalisé par Gustav Möller semble vouloir se placer comme un remake anti-Hollywood du film The Call de Brad Anderson avec Halle Berry en remplaçant le coté spectaculaire  par une tension qui ne repose que sur la suggestion. Autant dire qu’il faudra une bonne dose d’imagination pour apprécier à sa juste valeur ce long métrage.

 

The Guilty

 

L’inspiration de Gustav Möller pour The Guilty et la même que celle de Timothée Hochet pour sa série Calls diffusée sur Canal + Décalé. C’est en effet en écoutant de véritables enregistrements d’appels de détresse que les deux hommes se sont rendus compte qu’il n’y avait pas besoin de voir ce qu’il se passait pour ressentir toutes les émotions de ces appels aux secours. Là où la série ne montrait qu’un écran noir avec quelques lumières clignotantes, le film lui choisi de se focaliser uniquement sur le policier qui reçoit ces appels. Conçu comme un huis clos, le film fera forcement beaucoup penser à tous ces thrillers téléphoniques  du même genre sortis ces dernières années de Phone Game à Tunnel en passant par Buried ou Locke.

Pendant 1h25 nous ne verrons à l’écran que le personnage d’Asger Holm filmé sous tous les angles et souvent en très gros plan naviguant entre les deux pièces du centre d’appel. En voyant son alliance, son doigt cassé et quelques cicatrices sur les poings, on imagine ce que pourrait être la vie de ce policier retiré de la voie publique pour des faits que l’on découvrira petit à petit le long du film. Après quelques appels très banaux qui donnent plutôt l’impression de se retrouver devant un documentaire, viendra le coup de fil qui va déclencher le chronomètre pour ce thriller en temps réel. A partir de là, on attendra comme lui de recevoir des nouvelles de cette personne en détresse et on le suivra en train de mobiliser  toutes les forces possibles pour essayer de la sauver. Nous ne sommes clairement pas ici dans The Call au synopsis très similaire car ici il n’est pas question pour le cinéaste de nous montrer d’autres décors que le centre d’appel.

 

The Guilty

 

Comme si on lisait un polar, ce sera au spectateur de s’imaginer tous les autres protagonistes du film et les situations dans lesquels ils sont plongés. La seule différence avec un livre c’est que nous serons aidé par la voix de ces personnages et surtout par les bruits environnants. On sent bien que le réalisateur a vraiment soigné cet aspect du long métrage pour aider notre imagination. Cependant, on pourra tout de même trouver le temps long à ne rien voir d’autre que le même visage pendant 1h25 d’autant plus que la mise en scène n’a rien de vraiment cinématographique en dehors du tout dernier plan du film qui en dit long en une seule image. Pareil pour la musique qui par soucis de réalisme est totalement absente du film jusqu’aux dernières minutes de conclusion alors qu’une bonne bande originale aide bien souvent à plonger le spectateur dans l’ambiance adéquate. Qui dit thriller dit souvent twist et celui de The Guilty semble être vraiment là pour chercher à faire se démarquer le film des autres production du même genre mais malheureusement, il fera perdre au long métrage une bonne partie de son suspense.

C’est à une pointure du thriller danois que le réalisateur Gustav Möller a confié le rôle principal de The Guilty. Il s’agit de Jakob Cedergren vu dans les séries Traque En Série ou Meurtres à Sandhamn et dans grand nombre de films dont le français Antigang. Il fallait bien cela puisqu’en dehors de quelques uns de ses collègues du centre d’appel, il est le seul véritable acteur visible du film et se montre vraiment convaincant dans le lourd passé qui le motive à résoudre à distance cet affaire. Même si on ne parle pas danois, il faut vraiment voir le film dans sa version originale pour profiter pleinement de la direction artistique imaginé par le réalisateur pour tous les acteurs dont on entendra seulement la voix.

 

The Guilty

 

Thriller où il y a plus à écouter qu’à voir, on peut se poser la question de la légitimité d’une sortie au cinéma pour un tel projet. The Guilty n’a en effet pas grand chose de vraiment cinématographique et se place un peu comme l’antithèse de l’Hollywoodien The Call en délaissant le coté spectaculaire. Si vous cherchez un thriller bourré d’action, mieux vaut passer votre chemin. Le film de Gustav Möller s’adresse principalement aux spectateurs à l’imagination débordante qui aiment faire divaguer leur esprit en regardant un film. Pas si original que ce qu’on voudrait nous faire croire, The Guilty ressemble à la majorité de ces thrillers téléphoniques qui n’ont jamais été très convainquant.

 

MON AVIS : 2/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • TITRE ORIGINAL : Den Skyldige
  • RÉALISATEUR : Gustav Möller
  • AVEC : Jakob Cedergren, Jessica Dinnage, Omar Shargawi et Jakob Ulrik Lohmann
  • SCÉNARISTEGustav Möller et Emil Nygaard Albertsen
  • GENRE : Thriller
  • DURÉE : 1h25
  • NATIONALITÉ : Danois
  • DISTRIBUTEUR : ARP Sélection
  • DATE DE SORTIE : 11 juillet 2018

 

 

Critique rédigée le 17 avril 2018