TORA-SAN – LES 5 PREMIERS FILMS (1969-1970) de Yōji Yamada [Critique Blu-Ray]
Les cinq premiers films de la grande saga de Tora-San sortent pour la première fois en France en Blu-Ray et DVD chez l’éditeur Roboto Films.
Nous ne sommes définitivement pas au bout de nos surprises avec le cinéma japonais ! Très éloigné de ce que nous avons pu découvrir auparavant chez Roboto Films ou au cinéma ces dernières années, l’éditeur met à l’honneur les cinq premiers films de Tora-San. Une grande saga comique portée par l’acteur Kiyoshi Atsumi que tous les japonais connaissent forcement mais que seulement les plus calés des cinéphiles doivent connaître en France. Sortant pour le trentième anniversaire de la disparition de son héros, ce très beau coffret collector est déjà disponible sur le site de l’éditeur et dans toutes les bonnes boutiques à partir du 8 juillet 2026.
C’est tout d’abord dans un drama imaginé par le réalisateur et scénariste Yōji Yamada que Tora-San a conquis le cœur des spectateurs japonais en 1969. Mais au bout de 26 épisodes, son créateur a décidé d’y mettre un terme en n’hésitant pas à carrement tuer son héros. Comprenant son erreur après avoir reçu des milliers de lettres de protestation, Yōji Yamada avait décidé de le ressusciter le temps d’un film au cinéma pour faire plaisir aux fans. Ce premier long métrage fût un tel succès qu’une suite a rapidement été mise en chantier. Si le réalisateur en serait bien resté là, le personnage est devenu tellement populaire que ses aventures au cinéma sont devenue la franchise la plus prolifique avec pas moins de cinquante films sortis en salles au Japon entre 1969 et 2019. Ce n’est que la mort de son interprète emblématique Kiyoshi Atsumi en 1996 qui a finalement mis un terme à cette grande saga mais deux derniers films sont encore sortis en 1997 et 2019 en guise d’hommage utilisant des images d’archives du comédien.
Tora-San porte le titre original japonais de Otoko wa tsurai yo (男はつらいよ) qui signifie « C’est Dur D’Être Un Homme ». Un titre qui pourrait faire hurler les féministes par chez nous mais qu’il faut garder dans son contexte japonais et non pas masculiniste. Car être un homme au Japon c’est faire preuve d’honneur en se comportant dignement, avoir un travail et une vie bien réglée. Tout le contraire de ce qu’est Tora-San. Un vagabond qui se dit parfois Yakuza mais qui n’a pourtant en réalité rien d’un voyou. Sans véritable travail, il gagne tant bien que mal sa vie en tant que colporteur. Né d’un mère Geisha qu’il n’a pas connu, il a fini par quitter il y a bien longtemps le foyer familial pour sillonner les routes japonaises.
Le premier film voit Tora-San revenir pour la première fois dans son quartier natale de Shibamata à Tokyo pour retrouver sa tante et son oncle qui sont resté dans la maison familiale où il tiennent une sorte de salon de thé et où vit encore sa petite demi-sœur Sakura qu’il n’a presque pas connu. Souvent qualifié d’idiot par son entourage, Tora-San a pourtant un bon fond et un grand cœur et cherche toujours à bien faire mais s’il n’y arrive pas souvent. Sans le savoir, il souffre en fait de ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome de l’imposteur. Un manque de confiance en lui qui le pousse souvent à prendre la fuite pour ne pas mettre sa famille dans l’embarras. C’est ainsi qu’il peut disparaitre pendant des mois entiers sans leur donner de nouvelles pour finalement réapparaitre soudainement sans prévenir.
Certains d’avoir trouver le bon filon, le réalisateur et scénariste Yōji Yamada a gardé la même trame scénaristique que pour les épisodes du drama d’origine dans ces cinq premiers films. De la même manière que la saga du Vaurien sorti aussi récemment chez Roboto Films, chaque film raconte une histoire différentes mais qui compte chacune leurs passages obligatoires. Les cinq films commencent toujours par le retour de Tora-San à Shibamata avant de repartir dans différents coins du Japon. Dans ces films il commencera par vouloir aider sa sœur à se marier, puis retrouver sa mère, aider son ancien professeur, gagner aux courses et faire semblant d’être parti à Hawaii ou devant faire face à la disparition d’un mentor et se décider à trouver un vrai métier. Mais à chaque fois, il est en fait question d’amour contrarié. Véritable cœur d’artichaut, il tombera toujours sous le charme d’une femme qu’il espérera pourvoir épouser mais celles-ci trouveront toujours un meilleur parti, le laissant constamment dans une désespérante « friend zone ». C’est dépité qu’il finira par repartir au loin à la fin de chaque film.
Vendu comme le Louis De Funès japonais, l’acteur Kiyoshi Atsumi fait beaucoup plus penser à Charlie Chaplin. En vagabond, Tora-San a forcement quelque chose de Charlot. Il a d’ailleurs lui aussi son costume emblématique qu’il ne quittera que très rarement. Il y a aussi souvent des moments burlesques dans les films mais ce qui fait de Tora-San un personnage aussi culte est certainement le fait qu’il représente tout ce que les japonais ne peuvent pas être : fainéant, rustre, alcoolique et idiot. C’est cela qui doit les faire beaucoup rire mais pour le public occidental, ces films ne se montreront pas forcement aussi hilarants. Dans les personnages récurrents qui gravitent autour de Tora-San, nous retiendrons surtout la très belle Chieko Baishō qui joue sa demi-sœur Sakura et l’ensemble des actrices qui viendront chambouler le cœur du vagabond. Chieko Misaki et Shin Morikawa qui jouent sa tante et son oncle sont eux aussi souvent très amusants dans la manière qu’il traite le pauvre Tora-San qui les malmène aussi bien souvent.
C’est amusé qu’on suivra les péripéties de Tora-San mais pas sur que nous ne finissions pas par décrocher bien avant le cinquantième film s’ils suivent encore tous cette trame. Ce qui nous pousserait à découvrir encore d’autres films, ce serait pour voir comment le personnage traverse les décenies. En attendant l’éventuelle sortie de la suite, ces cinq films se doivent d’être vus pour découvrir le véritable phénomène que représente ce sympathique vagabond.

LE BLU-RAY : Pour des films qui ont une cinquantaine d’année, l’image des Blu-Ray se montrera de très bonne qualité et sans défaut majeur. On se rendra compte parfois de quelques images un peu plus flou à cause de la remasterisation numérique mais rien de bien dérangeant. Question Bonus, nous aurons le droit à une interview récente du réalisateur et des visites de musées et du quartier où se déroule le film accompagné de commentaires nous apportant des informations très intéressantes sur la conception des différents films.
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