L’OMBRE DU FEU de Shinya Tsukamoto [Critique Ciné]
Shinya Tsukamoto s’inspire des maîtres du cinéma japonais pour l’immanquable L’Ombre Du Feu.
Nous avons bien failli passer a coté d’un très grand film ! Il fallait en effet bien éplucher les sorties de ce mercredi 1er mai 2024 où risquent de triompher le blockbuster The Fall Guy et la comédie Un Truc En Plus pour voir que sort aussi L’Ombre Du Feu. Le nouveau film du cinéaste japonais Shinya Tsukamoto dont vous n’avez peut être pas retenu le nom mais dont tout le monde connait ses films Tetsuo et Tokyo Fist. Si vous aviez prévu de ne voir qu’un film cette semaine, c’est clairement sur celui-ci que vous devriez faire votre choix.
Sans réelles indications de temps, L’Ombre Du Feu se déroule peu de temps après la Seconde Guerre Mondiale dans une ville japonaise ravagée. le film débute dans une sorte de petit restaurant miraculeusement épargné au milieu des ruines. N’ayant rien à servir dans cette période de disette, l’endroit est devenu une sorte d’hôtel de passe où sa jeune tenancière y offre ses charmes en plus d’un endroit pour passer la nuit. Alors que les clients ne se bousculent pas, un jeune homme en habit de soldat va profiter de l’hospitalité de la jeune femme en même temps qu’un jeune orphelin. Bien qu’il ne tienne pas sa promesse de la payer, ils vont passer ensemble trois belles journées comme une sorte de famille recomposée. Malheureusement, les traumas de la guerre ne tarderont pas à faire éclater cette petite parenthèse enchantée.
Toute la première partie de L’Ombre Du Feu se passera à l’intérieur de ce restaurant où la jeune femme reste cloitrée. Epuisée par la faim et marquée par une profonde dépressions, elle se traîne comme une morte vivant dans ce lieu alors que le jeune garçon tente de ramener quelques sous en travaillant au marché. Jamais nous ne verrons ce qu’il y fait et c’est très progressivement que nous glanerons quelques informations sur la jeune femme. Un nouveau twist malheureux finira par la pousser à chasser le petit garçon.
C’est alors que débutera la deuxième partie du film qui se déroulera cette fois-ci intégralement en extérieur nous faisant découvrir que le personnage principal n’était pas cette jeune femme mais le petit garçon. Ayant trouvé un pistolet près d’un cadavre, il suscitera l’intérêt à un homme aux allures de brigand qui semble préparer un mauvais tour. Là encore le réalisateur Shinya Tsukamoto prendra son temps pour nous dévoiler les intentions de cet homme. Un court épilogue nous fera comprendre que ce petit garçon semble avoir sans le savoir comme une sorte de pouvoir secret permettant à chacun des personnages avec qu’il passera du temps de tourner la page sur les traumatismes de la guerre et faire leur deuil.
Là où nous reconnaitrons bien la patte du réalisateur Shinya Tsukamoto c’est dans le soin apporté à l’image et au cadrage. Absolument magnifique, L’Ombre Du Feu subjugue par ses nombreux plans qui ressemblent à des cases de mangas. Cette « Ombre Du Feu » se ressent bien dans la direction photo avec ces scènes de nuit dans le restaurant aux teintes orangées et au noir profond. Le film de Shinya Tsukamoto a vraiment des allures de grands classiques du cinéma japonais digne des œuvres d’Akira Kurosawa. Ce petit garçon survivant de la seconde guerre mondiale ne sera pas non plus sans rappeler les malheureux héros du Tombeau Des Lucioles.
Introduite par un plan sublime et un brin érotique où nous verrons ses pieds et une partie de ses jambes avant de voir son visage, l’actrice Shuri est vraiment épatante dans le rôle de cette jeune femme en souffrance. Trop jeune pour que nous puissions savoir s’il fera carrière, il faudrait bien noter le nom du petit Oga Tsukao tant il se montre capable de nous émouvoir dans ce rôle. Avant Mirai Moriyama qui joue le brigand de la seconde partie c’est avant tout Hiroki Kono que nous retiendrons pour son rôle d’ancien soldat touchant mais aussi parfois vraiment flippant.
Avec ses allures de grands classiques japonais, L’Ombre Du Feu est tout simplement un film immanquable qui risque malheureusement de passer bien trop inaperçu. Une nouvelle grande œuvre pour le réalisateur de Tetsuo qui fera sans nul doute date dans sa filmographie et que nous sommes heureux de pouvoir découvrir sur grand écran tant sa mise en scène est sublime.
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