MON GRAND-FRÈRE ET MOI de Ryota Nakano [Critique Ciné]
Ryota Nakano poursuit son exploration de la famille avec son nouveau film très émouvant Mon Grand Frère Et Moi.
Si vous n’êtes pas allé voir au cinéma La Famille Asada, vous avez raté un superbe feel-good movie familial capable de séduire bien au delà de l’habituelle poignée d’inconditionnels du cinéma japonais. Trois ans plus tard, c’est avec un nouveau film sur la famille que revient le cinéaste Ryôta Nakano avec Mon Grand Frère Et Moi. Alors que le mois de mai commence à peine, ce merveilleux et émouvant mélodrame s’inscrit déjà comme un sérieux prétendant au titre du meilleur film du mois et trouvera sans doute une bonne place dans le top ciné des meilleurs films de cette année 2026.
Ne vous fiez pas trop à l’affiche française de Mon Grand Frère Et Moi. Ce n’est qu’une image tirée d’une scène de flashback qui s’inscrit comme l’une des plus belles du film . La véritable histoire se déroule en réalité 40 ans plus tard. Depuis l’enfance Riko Murai a toujours été jalouse de son grand frère qui était le chouchou de leur mère. Une position dont il a longuement profité jusqu’à ce que celle-ci tombe gravement malade et qu’il décide de subitement partir très loin d’elle pour ne pas la voir mourir. Ce n’est que pour ses funérailles que le frère et la sœur se retrouveront peut être bien pour la dernière fois. Après qu’il ait encore abusé de sa gentillesse à la fin de la cérémonie, Riko va commencer à ne plus répondre à tous les mails qu’il lui envoie pour lui réclamer à chaque fois de l’argent afin de l’aider dans ses frais.
Romancière, mariée et mère de deux enfants, Mon Grand Frère Et Moi débute alors que Riko sera informée par un appel du commissariat que son grand frère vient de mourir d’une subite hémorragie cérébrale. Comme il est divorcé, elle est la seule membre restante de sa famille à pouvoir venir récupérer son corps. Habitant très loin de lui, elle va devoir laisser son mari et ses deux enfants pour se charger des funérailles et débarrasser son appartement. Ce sera l’occasion pour elle de renouer avec son ex-belle-sœur Kanako et ses deux neveux Marina qui vit avec sa mère et Ryoichi qui vivait avec son père et s’est retrouvé placé provisoirement en foyer à sa mort.
Ce sont ces quatre jours particuliers que raconte Mon Grand Frère Et Moi dont le titre original est Ani o mochihakoberu saizu ni qui se traduit par « De Taille à Pouvoir Transporter Mon Frère ». Une phrase qu’emploiera régulièrement Riko qui va faire de cette expérience le sujet de son nouveau roman. Un tel sujet dépasse clairement les frontières du Japon car ce sont des moments de la vie jamais plaisants par lesquels nous passeront certainement tous un jour. Forcement émouvant, le film laisse à penser à la perte de nos proches mais il montre aussi comment notre vie se résume à peu de choses. En quelques jours nous pouvons finir en cendres et toutes nos affaires auxquelles nous tenions toute notre vie finiront sans remord à la décharge.
Moins feel-good que La Famille Adada, ce nouveau mélodrame semble vouloir passer le message qu’il ne faut jamais tourner le dos aux membres de sa famille. Car comme il est dit dans le film, la famille ne doit pas être considéré comme un fardeau mais un soutien. En passant ainsi ces quelques jours dans la ville où a vécu son frère, Riko va découvrir qu’il valait certainement mieux que ce qu’elle pouvait imaginer et qu’avec un peu plus de communication, ils auraient peut être pu avoir une meilleure relation. Elle ne se serait pas privé aussi de sa belle-sœur et de ses deux neveux qui sont adorables. Visiblement très marqué par ce drame, le réalisateur évoquera aussi à nouveau le terrible tremblement de terre de 2011 le temps d’une scène.
Héroïne de Mon Grand Frère Et Moi, l’actrice et chanteuse Kō Shibasaki incarne ici un personnage qui semble avoir gardé une part d enfance en elle loin des personnages très froids et sérieux du film La Voie Du Serpent ou du récent drama Invisible . Elle a ici une voix bien plus douce et une grande robe bleue qui rappelle l’uniforme typique des enfants de primaire au Japon. Elle est ici bien entourée par Joe Odagiri dans le rôle du grand frère au début détestable mais au final bien amusant et aussi touchant. La révélation du film est la jeune et prometteuse Aoyama Himeno qui joue une nièce pleine de vie et mériterait d’être bientôt l’héroïne d’un film ou un drama rien qu’à elle. Plus en discrétion Hikari Mitsushima, ancienne membre du groupe de J-Pop Folders 5, qui joue la belle mère et Yota Mimoto qui joue le fils complète très bien ce casting.
Avec ce nouveau film sur la famille, Mon Grand Frère Et Moi semble placer le cinéaste Ryōta Nakano comme un digne héritier de Hirokazu Kore-Eda. Une histoire de deuil qui encourage à renouer les liens dans les familles avant qu’il ne soit trop tard. Un message universel très émouvant qui mérite vraiment de faire de ce nouveau long métrage un succès similaire à celui de La Famille Asada.
A Lire Aussi
HER PRIVATE HELL de Nicolas Winding Refn [Critique Ciné]
Dix ans après The Neon Demon, le réalisateur Nicolas Winding Refn est enfin de retour au cinéma avec l’étonnant Her Private Hell.
RESIDENT EVIL de Zach Cregger [Critique Ciné]
Il aura fallu 24 ans pour enfin voir une adaptation réussie du jeu vidéo Resident Evil au cinéma.
SHAM de Takashi Miike [Critique Ciné]
Le réalisateur Takashi Miike revient dans les salles de cinéma françaises avec le captivant Sham.
PRESSURE de Anthony Maras [Critique Ciné]
Pressure met en lumière le travail méconnu mais crucial des météorologistes lors de la Seconde Guerre Mondiale.
THE DOG STARS de Ridley Scott [Critique Ciné]
Ridley Scott n’apporte rien de neuf au genre du Survival Post-Apocalyptique avec The Dog Stars.




