BLACK DOG de Guan Hu [Critique Ciné]
Récompensé du Prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Black Dog ne sort que maintenant au cinéma.
Avec le nombre de films présentés chaque année au Festival de Cannes dont nous n’entendons quasiment pas parler en dehors de la Croisette, les longs métrages finalement récompensés ne sont bien souvent connus uniquement par les cinéphiles les plus avertis. Dix mois après, qui se souvient encore du film qui a remporté le prix Un Certain Regard lors de la dernière édition du Festival ? Il s’agissait du très beau film chinois Black Dog, le douzième long métrage du réalisateur Guan Hu, qui ne sort que très discrètement au cinéma en ce mercredi 5 mars 2025.
C’est à nouveau aux amateurs de cinéma asiatique habitués aux codes du genre que s’adresse avant tout ce Black Dog mais il pourra aussi totalement séduire les amoureux de canidés tant ils sont nombreux à l’écran. C’est d’ailleurs une impressionnante meute de chiens qui provoquera le renversement accidentel du bus où Lang voyageait pour rentrer dans sa ville natale après dix ans de prison. À l’approche des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, cette ville en plein milieu du Désert de Gobi est presque à l’abandon avec de nombreux quartiers appelés à être détruits. Laissés là par leurs propriétaires avant leur départ, les chiens errent dorénavant dans toute la ville. À l image du chien noir donnant son nom au film qui sèment la panique chez les habitants persuadés qu’il est enragé.
La première rencontre entre Lang et ce Black Dog ne se passera pas très bien puisque le chien n’appréciera pas que Lang vienne uriner sur son territoire. Mais avant que leur relation ne commence vraiment, le film prendra beaucoup de temps à nous présenter Lang et son entourage. Encore plus que dans la majorité des films asiatiques du même genre, il faudra être vraiment attentif à chaque détail de l’image et la moindre ligne de dialogue pour tenter de cerner ce personnage et comprendre ce qui l’a conduit en prison car Lang est quelqu’un de très mutique qui ne prononcera pas plus d’une vingtaine de mots dans tout le film. De quoi souligner le talent du célèbre acteur Eddie Peng qui n’a pas besoin de parler pour nous faire comprendre tout ce qui se passe dans sa tête.
Engagé pour sa réhabilitation dans une mission pour débarrasser la ville de tous ses chiens errants. C’est là que commencera vraiment la relation entre Lang et le Black Dog. Craignant d’avoir attrapé la rage après avoir été mordu, il gardera le chien en observation chez lui durant une semaine. C’est durant cette période que commencera à se tisser les premiers liens. Peut être parce qu’ils se sont reconnus l’un dans l’autre avec tous deux leur physique maigre et élancé et leur réputation écornée.
Là où les studios américains s’interdissent désormais l’usage de véritables animaux dans leurs films, le réalisateur Guan Hu leur donne vraiment tort en déployant une incroyable meute de chiens. Nous serons réellement impressionné par la performance du Black Dog en question capable de se montre très agressif puis subitement totalement doux et attendrissant. Une prestation qui lui a d’ailleurs valu de remporté la Palm Dog célébrant le meilleur chien au Festival De Cannes amplement méritée aucune image de synthèse n’arrivera à reproduire tous les sentiments que ce chien arrive à transmettre.
Un détail frappera les fans de rock. C’est la présence de plusieurs éléments dans le film qui laisse à penser que Lang est un grand fan du groupe Pink Floyd. Un poster de The Wall sur le mur de sa chambre, un dessin de Dark Side Of The Moon sur sa moto et un t-shirt qu’il portera plus tard. Et pourtant, le film mettra longtemps avant de faire entendre la moindre note de musique. Si nous pouvions penser à des soucis de droits trop chers pour ce genre de production, nous serons agréablement surpris d’entendre enfin résonner la musique du groupe dans une très belle scène et dans le générique de fin.
Sous son aspect dramatique, le magnifique Black Dog ne manquera certainement pas de vous faire également rire dans les déboires parfois presque cartoonesque de son héros Lang. Il faudra supporter le rythme lent de cette histoire qui nécessitera d’assembler nous même toutes les pièces pour apprécier le long métrage de Guan Hu. Ce qui ne devrait pas surprendre les amateurs de cinéma asiatique habitué à l’exercice et qui trouveront tout leur compte dans ce long métrage dépaysant et bourré d’émotion, 1000 fois mieux que le Dany The Dog de Luc Besson pour tous les amoureux de toutous.
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