JOJO RABBIT de Taika Waititi [Critique Ciné]

 

Jojo Rabbit

 

Avec ses six nominations aux Oscars, Jojo Rabbit le nouveau film de Taika Waititi se place déjà comme l’un des meilleurs films de cette année à ne pas louper cette semaine au cinéma.

 

 

SYNOPSIS : Alors que la Seconde Guerre Mondiale approche de son dénouement, le jeune Jojo est envoyé dans les Jeunesses Hitlériennes. Déjà très endoctriné, il a pour ami imaginaire le Führer en personne. Il sera du coup soumis à un sévère dilemme en découvrant que sa mère cache chez eux une jeune juive.

 

Peut on rire de la Seconde Guerre Mondiale et du genocide juif ? Une question qui se pose d’autant plus aujourd’hui où désormais tout est généralement bien trop pris au sérieux et sujet à polémique. Charlie Chaplin s’en était lui-même pas privé dès 1940 avec Le Dictateur ou plus récemment Roberto Benigni avait lui aussi osé mettre de l’humour dans une histoire tragique dans La Vie Est Belle en 1997. C’est dans cette lignée que s’inscrit Jojo Rabbit, le nouveau film du réalisateur Néo-Zelandais Taika Waititi, encore méconnu en France jusqu’à la sortie de son précédent film Thor Ragnarök alors que les amateurs d’humour absurde n’avaient déjà pas loupé la sortie plus confidentielle de son documenteur Vampires En Toute Intimité (What Do We Do In The Shadow) qui signe ici son meilleur film.

 

Jojo Rabbit

 

C’est sur la version allemande de I Wanna Hold Your Hand chanté par Les Beatles que se déroule le générique d’ouverture de Jojo Rabbit avec des images de foule en liesse devant Adolph Hitler qui ne sont pas sans rappeler les scènes d’hystérie de la Beatlesmania. Pour ce nouveau film Taika Waititi semble s’être beaucoup inspiré des œuvres de Wes Anderson. On ne pourra s’empêcher de penser immédiatement à Moonrise Kingdom devant cette première scène dans le camp des Jeunesses Hitlérienne avec ces personnages totalement décaléd comme un Capitaine K borgne joué par Sam Rockwell assisté de Rebel Wilson et Alfie Allen et cet esprit boy-scout. C’est la que le jeune Jojo va recevoir le surnom de Jojo Rabbit pour avoir refusé de tuer un lapin. Voulant prouver sa valeur, il perdra toutes ses chances de partir au front après un malheureux accident qui va le laisser défiguré et boiteux.

Désormais cantonné à de basses œuvres d’affichage et de coursier, il reste cependant bien endoctriné par les pensées d’Adolph Hitler a tel point qu’il en a fait son ami imaginaire à défaut de pouvoir faire du vrai son meilleur ami. Incarné par le réalisateur Taika Waititi cette version très caricaturale du Führer rappelle Charlie Chaplin dans Le Dictateur avec un côté plus décalé mais souvent noir et effrayant dans ces propos. Âgé de seulement dix ans, le jeune Jojo, brillamment incarné par le débutant Roman Griffin Davis, a l’esprit farci de toutes les inepties qu’on lui a appris sur les juifs auxquelles, vu son jeune âge, il croit malheureusement dur comme fer. La découverte d’une jeune adolescente juive cachée chez lui va tout d’abord lui poser un sérieux dilemme et faire de lui une sorte d’ennemi dans la maison pour sa propre mère qui lui garde cependant tout son amour.

 

Jojo Rabbit

 

C’est à partir de là que le film de Taika Waititi se fera plus grave sans oublier pour autant de continuer régulièrement de nous faire rire dans un melange qui fait forcement penser à La Vie Est Belle de Roberto Benigni. Mais lorsque les troupes américaines et russes approchent de la ville de Jojo le film prendra alors une véritable tournure dramatique soulignant à la fois toute l’horreur et toute l’absurdité de la guerre. Si on n’avait jusque là bien ri, il sera bien difficile de résister à l’envie de pleurer dans cette dernière partie.

On se demande bien comment le public allemand va recevoir ce Jojo Rabbit tant Taika Waititi y ridiculise totalement les nazis et par la même occasion tous les allemands qui ont crût en leur Führer. Il faut absolument voir le film en version originale pour profiter de l’excellent accent allemand totalement cliché et à mourir de rire qu’a fait prendre le réalisateur à ses acteurs. Il offre aussi à Scarlett Johansson comme on ne l’avait jamais vue auparavant dans le rôle de la mère de Jojo parfois très drôle et souvent émouvante. Le rôle de la jeune juive est joué par Thomasin McKenzie, héroïne du film Leave No Trace, très douée pour faire passer le jeune Jojo et le spectateur par la même occasion dans plein d’émotions différentes. L’apparition du jeune Archie Yates en meilleur ami de Jojo sera souvent synonymes de grands éclats de rire et de tendresse.

 

Jojo Rabbit

 

Si on n’a déjà vu des dizaines de films sur l’Holocauste, Taika Waititi arrive encore à nous surprendre avec le magnifique Jojo Rabbit. Il signe ici une sorte de La Vie Est Belle pour une nouvelle génération qui mérite d’être montré à toute la famille. Aussi drôle qu’émouvant, on ne pourra jamais oublier cette tragédie grâce à de tel chef d’oeuvre plein d’humanité.

 

MON AVIS : 5/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : Taika Waititi
  • AVEC : Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi & Sam Rockwell
  • SCÉNARISTE : Taika Waititi d’après le roman de Christine Leunens
  • COMPOSITEUR : Michael Giacchino
  • GENRES : Comédie, Drame, Guerre
  • DURÉE : 1h48
  • NATIONALITÉ : Américaine
  • DISTRIBUTEUR : 20th Century Fox France / The Walt Disney Company France
  • SITE OFFICIEL : http://www.searchlightpictures.com/jojorabbit/
  • DATE DE SORTIE : 15 janvier 2020