KNEECAP de Rich Peppiatt [Critique Ciné]
A l’image de ces rappeurs irlandais, le film Kneecap dynamite l’habituel biopic musical.
Connaissez-vous le groupe de Hip-Hop irlandais Kneecap ? Il faut certainement être calé dans le genre pour déjà connaitre ce trio de fous furieux qui mériterait d’être plus connu. En devenant les héros de leur propre biopic, ils s’offrent une plus large exposition auprès d’un public de cinéphiles qui ne les auraient pas forcément connus autrement. Après avoir été récompensé du Prix Du Public au Festival de Sundance et avoir fait le tour des festivals avant d’être récompensé aux BAFTA et de figurer dans les prétendants a l’Oscar du meilleur film étranger, ce biopic musical qui sort clairement des sentiers battus arrive enfin en salles en France depuis le mercredi 18 juin 2025
Si Kneecap n’avait pas tout récemment fait parler d’eux dans l’actualité par leur prise de position en faveur de la Palestine qui leur vaut un passage devant les tribunaux, nous aurions tout à fait pu croire que ce long métrage est une pure œuvre de fiction. Il se détache tout de suite des habituels films sociaux sur l’Irlande par son ton bien plus humoristique et punk. Le long métrage débute par le baptême de Naoise, le jeune fils d’Arlo un indépendantiste irlandais recherché par toutes les polices qui l’a élevé avec son meilleur ami Liam en les poussant à parler uniquement irlandais. Alors que le père se fait passer pour mort, les enfants devenus grands sont maintenant devenus des dealers refusant de s’exprimer en anglais lorsqu’ils seront arrêtés pour leur trafic
Contraint de faire appel à un traducteur, c’est la police qui se retrouvera à l’origine de la formation de Kneecap de manière totalement involontaire. Prof de musique parlant irlandais, JJ Ó Dochartaigh sera contraint de se rendre au commissariat pour traduire les propos de Liam. En s’emparant du carnet de poèmes du jeune délinquant pour le mettre en musique, le résultat détonnant incitera JJ à convaincre les deux jeunes dealers de le rejoindre en studio pour une folle nuit de création musicale sous l’influence de diverses substances toutes plus illicites les unes les autres. Rapidement, le bouche à oreille permettra au trio de connaître le succès mais aussi de connaitre bien des soucis.
Impossible de ne pas penser à Trainspotting en regardant Kneecap. Le film de Danny Boyle est sans aucun doute une influence majeure du réalisateur Rich Peppiatt dont il s’agit du premier long métrage. Les deux films partage une narration dans le même genre et une réalisation très clipesque et graphique avec en plus ici des petits graffitis pour souligner l’action dans certaines scènes. Il y a aussi des passages délirants sous méthamphétamine que n’aurait certainement pas renié Terry Gilliam à l’époque de Las Vegas Parano. Mais surtout Kneecap se distingue aussi bien évidemment par sa superbe bande originale composée bien sur des titres de Kneecap, du très bon Hip-Hop old school proche de l’esprit des Beastie Boys, mais aussi d’une playlist de titres très bien choisis entre Pop, Rock et Electro.
Les occasions de rire sont nombreuses mais le film a aussi un vrai message social. Se démarquant des autres biopics musicaux qui semblent toujours tous suivre la même trame peu importe l’artiste, Kneecap a pour fond les problèmes récurrents de l’Irlande dans son éternel conflit pour l’indépendance du pays. Exprimant leur révolte et leur besoin de liberté, le groupe se trouve pris en étau entre les indépendantistes qui luttent aussi contre les trafic de drogue, la police et ceux qui cherchent à les censurer.
Jouant leurs propres rôles comme s’il s’agissaient réellement de personnages de fiction. les membres de Kneecap se montrent d’excellents acteurs dont nous aimerions bien pouvoir encore suivre les aventures dans d’autres films. Habituellement cagoulé, JJ Ó Dochartaigh plus connu sous le nom de DJ Próvai pourrait presque être confondu physiquement dans le film avec l’acteur Eddie Marsan. Devenu fan du groupe après qu’on lui a envoyé le scénario, Michael Fassbender seul acteur vraiment célèbre du film a accepté sans peine le petit rôle du père de Naoise rappelant un peu celui qu’il tenait dans le film À Ceux Qui Nous Ont Offensés. Kneecap permet aussi de retrouver la très belle Jessica Reynolds vue dans la série Outlanders dans le rôle de la petite amie de Liam tout aussi rebelle qu’eux.
En sortant en France la même semaine que 28 Ans Plus Tard, Kneecap met une belle claque au nouveau film de Danny Boyle en lui empruntant son style. Se démarquant de tous les habituels biopics musicaux, il faut espérer qu’il devienne une nouvelle référence du genre pour ne plus jamais voir de film tels que Better Man. Un excellent film qui donne envie de mieux connaitre le groupe Kneecap mais aussi de les revoir en tant qu’acteurs.
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