LES K D’OR de Jérémy Ferrari [Critique Ciné]
Avec les K d’Or, Jérémy Ferrari passe pour la première fois derrière la caméra pour une délirante comédie cependant pas aussi réussie que ce que nous pouvions espérer.
Depuis le temps que nous en entendions parler nous étions vraiment curieux de découvrir ce que l’humour acerbe de Jérémy Ferrari pourrait donner au cinéma. Mais rapidement toutes les erreurs marketing dans la promotion du film commençaient déjà à nous laisser craindre le pire. Son titre les K D’Or, son logo, son affiche et une distribution en salles centrée principalement sur la périphérie et le reste de la France avec très peu de salles à l’intérieur de Paris laissait craindre de se retrouver à nouveau face à une comédie bas de gamme loin de ce que nous pouvions espérer de la part de ce spécialiste de l’humour noir et absurde. Il faudra cependant ne pas s’arrêter à cela, car ce premier film écrit et réalisé par Jérémy Ferrari aura de quoi réjouir tous ses fans malgré quelques erreurs de débutant.
Les K’ d’Or débute par un prologue amusant reconstituant les typiques émissions de confession pour introduire Noé, le héros du film alors tout jeune, dont la mère femme de chambre dans un palace venait raconter à la télévision qu’il est le fruit de sa liaison passagère avec le Colonel Mouammar Kadhafi. Devenu adulte avec cette certitude, il est désormais en quête du trésor caché du dictateur libyen et de preuves de cette paternité. À la recherche d’une journaliste qui détiendrait des informations capitales mais qui a été enlevée par des Djihadistes, il va devoir s’associer à Zoulika, une française radicalisée qui prétend être la cousine de Barberousse, le chef des Djihadistes. Mais fichée S, ils vont devoir se faire passer pour des participants au Marathon Des Sables avec l’aide de Ryan, un athlète aveugle pour franchir la douane en toute discrétion.
Se réservant le rôle de Noé, Jérémy Ferrari a choisi Laura Felpin et Eric Judor pour jouer ces deux personnages hors normes avec des rôles taillés sur mesure pour les deux comédiens. Un nouveau trio qui n’est pas sans rappeler celui qu’il forme habituellement sur scène avec Baptiste Lecaplain et Arnaud Tsamère, où il tient encore le rôle du clown blanc constamment effaré voir énervé par la bêtise de ses deux compagnons totalement siphonnés du bocal. La partition qu’il leur a composé laisse aux deux acteurs, venus eux aussi de la scène, de se donner à fond dans la folie et la bêtise de leur personnages. A ce petit jeu, c’est bien évidemment Eric Judor qui est le plus remarquable en aveugle utilisant une méthode personnelle très particulière pour se repérer dans l’espace.
En plus de ce trio, Les K d’Or compte aussi plusieurs seconds rôles tout aussi savoureux. Nous ne gâcherons pas la surprise de découvrir qui joue ce fameux Barberousse qu’e le trio cherche à retrouver mais l’acteur est lui aussi vraiment très bien servi et nous amusera beaucoup dans ce rôle inattendu. Tout aussi remarquable, l’humoriste Céline Groussard ponctue le film de petites apparitions totalement délirantes en autre participante du Marathon Des Sables qui a perdu les deux bras. Il ne faut pas oublier Bobby (Tribord), pauvre chien à trois pattes, qui aura le droit à sa petite scène d’émotion. Enfin l’actrice Karina Marimon est elle aussi un très bon choix pour incarner la mère de Noé sur une note plus émouvante.
Loin de certaines comédies qui cartonnent en se contenant de gags visuels déclenchant un rire automatique, Les K d’Or repose sur une tonne de vannes et de situations complétement ubuesques vraiment très drôles. Jérémy Ferrari a clairement passer plus de temps à soigner ses blagues qu’un scénario prétexte dont nous ne comprendrons pas trop les enjeux. Alors qu’il a voulu se baser sur l’histoire vraie des chasseurs du trésor de Kadhafi, cela n’est absolument pas exploité au final. Nous pouvions espérer que comme dans ses spectacles, il profite de cela pour dénoncer les manigances du dictateur et pointer du doigt ceux qui en ont profité. Eric Judor et Laura Felpin avoue eux même ne pas avoir vraiment respecter le texte pour permettre à l’histoire de progresser et avec neuf mois de montage où Jérémy Ferrari a enlever au moins 45 minutes à son film, l’histoire a pu en pâtir également. Mais ce que nous regretterons vraiment ce sont des retournements de situations qui viennent gâcher l’histoire plus qu’apporter une vraie surprise.
On ne s’improvise pas réalisateur comme ça mais c’est pourtant ce que Jérémy Ferrari n’a pas hésité à faire lorsque Saïd Belktibia qui devait tourner le film à l’origine à préféré lui laisser le contrôle de l’histoire qu’ils avaient écrit ensemble. S’il a su bien s’entourer, nous remarquerons tout de même bien le manque d’expérience dans la mise en scène sans style particulier. Partir dans le désert avec seulement 7 millions d’euros pour budget, ne permet pas vraiment de se lancer dans le grand spectacle et nous pourrons regretter que le film manque dans l’ensemble de folie visuelle pour accompagner celle des personnages. Comme d’autres avant lui, Jérémy Ferrari manque au final de recul à occuper les postes de réalisateur, scénariste, monteur et interprète sans personne pour apporter un œil extérieur.
Bien que vraiment très drôle et bourré de scènes mémorables, Les K d’Or n’est cependant pas aussi réussi que nous l’espérions. Peut être en attendions nous trop de la part de Jérémy Ferrari mais son premier film ne se montre pas à la hauteur de ses spectacles par son scénario inabouti et une réalisation bien trop sage. Des erreurs de débutant qui espérons le n’empêchera pas l’apprenti réalisateur de s’améliorer la prochaine fois. Si vous voulez simplement rire sans vous poser trop de questions, nul doute que Les K d’Or remplira cette mission pour vous.
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