LES LINCEULS de David Cronenberg [Critique Ciné]
Encore marqué par la disparition de sa femme, David Cronenberg signe une réflexion sur le travail du deuil avec Les Linceuls.
En compétition au Festival de Cannes l’année dernière, il aura fallu se montrer patient pour enfin pouvoir découvrir Les Linceuls, le nouveau film de David Cronenberg. Un long métrage qui avait tellement divisé les festivaliers qu’il ne sort qu’un an plus tard dans les salles françaises ce mercredi 30 avril 2025 comme si l’ouverture prochaine de la nouvelle édition du Festival avait rappelé à son distributeur qu’il ne l’avait pas encore sorti. À moins que ce soit pour laisser le temps de faire oublier ce fiasco Cannois. Réunissant tous les ingrédients habituels des films du cinéaste, Les Linceuls n’aura pas de peine à séduire les inconditionnels mais risque de laisser sur le carreau les non initiés.
À voir la première scène il n’y a aucun doute que nous sommes bien devant un film de David Cronenberg. Un gros plan de cadavre en décomposition qui panotera sur une lucarne où un homme observe ce corps en larme et la bouche grande ouverte. Apres un zoom à l’intérieur de sa bouche nous en ressortirons dans un cabinet de dentiste où il était en train de rêver éveillé en pleine consultation.
Portrait craché de David Cronenberg, cet homme interprété par Vincent Cassel est un vidéaste qui ne s’est jamais remis de la mort de sa femme, jouée par Diane Kruger, au point d’avoir songé à la rejoindre dans la tombe. Mais au lieu de cela, il a finalement participé à la conception d’un linceul capable de diffuser en temps réel les images de la décomposition du corps de son épouse. Il a depuis ouvert un cimetière pour permettre à d’autres personnes de profiter de son invention mais celui-ci va finir par être mystérieusement vandalisé. Plutôt que d’alerter les autorités, il va tenter par lui même de trouver les responsables de cette acte.
Cette histoire de tombe connectée aurait bien pu faire l’objet d’un épisode de la série Black Mirror. Mais la où la série à toujours un train d’avance, le techno thriller de David Cronenberg paraitra cependant déjà daté. Tout d’abord parce son héros conduit une Tesla qui reviendra très souvent dans l’histoire. Ce qui avec les frasques actuelles d’Elon Musk doit même aujourd’hui gêner le réalisateur. Il y est aussi question d’un assistant géré par l’intelligence artificielle dont l’avatar fait penser à ceux de la Xbox plus qu’à un programme révolutionnaire.
C’est patiemment que nous tenterons d’entrer dans cette intrigue très bavard en se demandant où compte nous conduire David Cronenberg. Les Linceuls auraient sans nul doute fait un meilleur livre qu’un long métrage pour pouvoir mieux comprendre cette intrigue de conspiration et de délire paranoïaque assez obscure. Nous sortirons de la séance sans avoir réellement compris toute cette histoire. Chacun sera libre d’établir ses théories sur cette intrigue mais il n’y a bien que David Cronenberg qui doit détenir la vérité mais s’il n’y en a peut être tout simplement pas.
Drôle de manière de faire son deuil, Les Linceuls porte clairement les obsessions du réalisateur pour les corps torturés. Annoncé par certains comme un film d’horreur, le long-métrage fait parfois effectivement dans le Body Horror mais juste dans de courtes scènes où nous verrons le corps mutilée de l’épouse rongé par le cancer ou bien son squelette dans la tombe. Prenant plus l’aspect d’un film à suspense, il se dégagera aussi du film une atmosphère très sexuelle qui ne pourra pas laisser les spectateurs insensibles. Nous admirerons la qualité de composition des plans pour filmer de simples discussions dans des décors très épurés. C’est bien évidemment encore Howard Shore qui signe la musique très intimiste du long métrage qui participe grandement à son ambiance.
Si nous ne pourrons pas tout comprendre à son intrigue, Les Linceuls reste bien un film de David Cronenberg dont nous apprécierons l’étrangeté et la réflexion qu’il suscite pendant et après la séance. C’est cependant sans peine que nous comprenons pourquoi le film don peut diviser les spectateurs. Tourné visiblement à l’économie; le film se noie sous les dialogues avec des acteurs que nous savons capable de faire bien mieux qu’ici. Mais savaient-ils au moins ce qu’ils étaient venus faire là ?
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