LES PROIES de Sofia Coppola [Critique Ciné]

 

Les Proies

 

Quatre ans déjà que Sofia Coppola n’avait pas sorti de film, la voici de retour avec Les Proies, un nouveau long métrage à la fois très différent de ce qu’elle nous avait proposé précédemment mais qui porte définitivement sa patte

 

 

SYNOPSIS : Trois ans après le début de la Guerre de Sécession, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles viennent en aide à un soldat Yankee blessé retrouvé dans les bois. De la directrice de l’établissement jusqu’à la plus jeune des pensionnaires, aucune ne résiste à la présence de cet homme dans l’établissement et chacune tentera de le séduire à sa manière ce qui n’est pas pour déplaire à ce soldat qui à jouer avec leur sentiments va finir par s’attirer de sérieux ennuis.

 

Habituée aux  œuvres originales, Sofia Coppola se frotte pour la première fois à l’exercice du remake avec Les Proies. Après une première version réalisée par Don Siegel en 1971, elle a décidé de revenir aux sources en proposant une relecture du roman originel de Thomas P. Cullinan paru en 1966. Un classique de la littérature gothique qu’elle estime comme un roman de gare mais que son entourage a poussé faire pour ce pensionnat de jeunes filles qui fait écho à l’univers de la réalisatrice. En compétition au dernier Festival de Cannes au mois de mai , cette nouvelle version de Les Proies a permis à Sofia Coppola de décrocher le prix de la mise en scène. Mais derrière cette esthétique léchée visible dès la bande annonce, l’intrigue de Les Proies méritait-elle vraiment une nouvelle version ?

 

Les Proies

 

C’est avec en tête l’idée d’aborder cette histoire du point de vue des femmes que Sofia Coppola a accepté de signer ce remake de Les Proies. Cette histoire de pensionnat pour jeunes filles n’est en effet pas sans rappeler les adolescentes de son premier long métrage Virgin Suicide. Là où Don Siegel signait un film à l’ambiance proche du western ou du film de guerre, la réalisatrice opte pour un film quasiment intégralement en huis clos derrière les grilles de ce pensionnat dans une atmosphère ouaté qui n’est pas sans rappeler le style du photographe David Hamilton. Dans cette version, nous ne verrons pas une seule scène de guerre où même une véritable scène d’action quitte à décevoir ceux qui espéraient un vrai remake du film de Don Siegel. Les fans de la réalisatrice seront aussi certainement surpris de découvrir un film où la musique se fait pour une fois très discrète avec seulement des nappes de synthé toujours composée par Phoenix et uniquement des chansons de la Guerre de Sécession.

A vrai dire, Sofia Coppola donne une drôle d’image de la femme dans Les Proies. Difficile de comprendre en effet ce qui peut émoustiller autant cette directrice de pensionnat, sa professeur de français et les cinq dernières pensionnaires allant de la petite fille d’une dizaine d’années à la grande adolescente. Parce que c’est le premier homme avec lequel elle rentre en contact depuis le début de la guerre, elles semblent toutes être tombées amoureuses ou remplies de pulsions sexuelles. Pour ce soldat, c’est le paradis puisqu’il n’a que l’embarras du choix et ne vas pas se gêner pour en profiter tel le loup dans la bergerie. Chacune tentant de se faire discrète pour partager un instant avec le yankee, il n’est même pas question de jalousie entre elles et ce n’est certainement pas un homme qui va réussir à les diviser.

 

Les Proies

 

Vendu comme un thriller, Les Proies prendra tout son temps avant de vraiment basculer. Se sentant trahies par le séduisant caporal devenu un danger pour elles après un gros coup de colère,  les filles vont s’organiser pour lui tenir tête et chercher à s’en débarrasser. On sent là que Sofia Coppola n’est pas vraiment à l’aise dans ce registre et veut bien vite se débarrasser de cette partie qui avaient de quoi donner matière à un bon thriller psychologique. A vrai dire, c’est le titre français qui peut conduire à s’imaginer une histoire plus sombre car le titre original The Beguiled signifie en fait Les Séduisantes, ce que sont effectivement ces sept femmes. La vraie proie est donc en fait ce soldat mais du fait qu’il s’agit d’un ennemi, on n’aura pas vraiment envie de prendre son parti.

Les Proies donne l’occasion à Sofia Coppola de retrouver Kirsten Dunst qu’elle avait déjà dirigée dans Virgin Suicide et Marie Antoinette et qui joue ici la prof de français. Elle renoue aussi avec Elle Fanning, qu’elle avait dirigé dans Somewhere. Cette fois-ci c’est la jeune Oona Laurence, révélée par La Rage Au Ventre et revue dans le remake de Peter Et Elliott Le Dragon, que la réalisatrice semble avoir voulu mettre en avant. Certains reconnaîtront peut être aussi Angourie Rice révélée par The Nice Guys l’année précédente à Cannes. La prolifique Nicole Kidman tient le rôle de la directrice du pensionnat. Là où l’on perd clairement au change c’est dans le choix de Colin Farrell pour remplacer l’immense Clint Eastwood. Un choix qui conviendra peut être avant tout au au public féminin.

 

Les Proies

 

Si effectivement le prix de la mise en scène est amplement mérité pour Sofia Coppola, on comprend cependant qu’il n’ait par réussi à décrocher d’autres récompenses. A soigner la photo et la composition de chaque plan, la réalisatrice en a oublié de donner de la profondeur à ses personnages lors de l’écriture du scénario. Avec un tel titre, on s’attendait à ce que Les Proies vire vraiment à un moment donné au thriller horrifique mais la tension ne sera jamais aussi forte que ce qu’on était en droit d’espérer et la fin se montre bien trop expéditive après un long moment d’attente pour voir l’histoire décoller. Outre la mise en scène, c’est pour sa distribution faite de valeurs sures et de révélations que Les Proies mérite cependant d’être découvert.

 

MON AVIS : 3/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • TITRE ORIGINAL : The Beguiled
  • RÉALISATEUR : Sofia Coppola
  • AVEC : Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst et Elle Fanning
  • SCÉNARISTE : Sofia Coppola d’après l’oeuvre de Thomas Cullinan, Albert Maltz et Irene Kamp
  • COMPOSITEUR : Phoenix
  • GENRE : Thriller, Drame
  • DURÉE : 1h33
  • NATIONALITÉ : Américain
  • DISTRIBUTEUR : Universal Pictures France
  • SITE OFFICIEL :
  • DATE DE SORTIE : 23 août 2017