RESURRECTION de BI Gan [Critique Ciné]
Hommage au 7ème art récompensé à Cannes, le film chinois Resurrection de Bi Gan séduira tous les cinéphiles.
En allant découvrir il a quelques mois la fresque A New Old Play, nous nous étions juré d’y réfléchir à deux fois avant de retourner voir un film chinois de 2h40. Rien qu’à cet énoncé plus d’un spectateur de Chasse Gardé 2 ou Five Night At Freddy’s 2 prendrait tout de suite ses jambes à son cou. Mais récompensé d’un Prix Spécial à Cannes, la curiosité ne peut que nous pousser à finalement retenter notre chance devant Ressurection, le nouveau long métrage de BI Gan sorti ce mercredi 10 décembre 2025.
Dans Resurrection, une découverte scientifique a déterminé que rêver réduisait considérablement l’espérance de vie. S’il est désormais interdit de rêver, certains se le permettent encore. Ils sont appelés les « rêvoleurs ». L’un d’entre eux vit dans un monde cinématographique mais il est traqué par une femme mystérieuse qui le pourchasse inlassablement dans chacun de ses rêves.
Ressurection démarre très fort avec une première scène nous replongeant quasiment aux origines du cinématographe dans un hommage aux films de Georges Méliès et au Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. Une bonne vingtaine de minutes reproduisant exactement le style de ces films muets à l’image saccadée presque comme s’il avait été tourné en animation image par image. Cette première grande scène se démarque aussi par l’utilisation de longs plans séquences dans de sublimes décors modelables. Rien que cette introduction suffirait pleinement à justifier le prix spécial reçu à Cannes.
Resurrection prendra dans la suite la forme d’un long métrage un peu plus contemporain dans une succession de séquences de rêves. le deuxième songe ressemble à un hommage aux réalisateurs Akira Kurosowa ou Tsui Hark. Une histoire fantastique de fantômes chinois nourrie de croyances bouddhiques dans un temple délabré où un homme fera apparaitre une espèce de fantôme en se cassant volontairement une dent avec une pierre. Ils auront alors une longue discussion qui aura bien du mal à nous captiver.
Le troisième segment nous plongera dans un rêve rappelant les polars de Jean-Pierre Melville et plus particulièrement Le Samouraï dont le rêvoleur adopte l’imperméable et le chapeau que portait Alain Delon. Une enquête autour d’un meurtre mystérieux mais qui nous laissera encore perplexe tant il ne se profile toujours pas de vrai histoire. L’image finira par prendre une teinte bleutée rappelant que nous sommes dans un film de science fiction.
Le quatrième segment nous plonge dans un univers de gangsters où un homme arnaque un puissant mafieux dans un jeu de cartes truqué en utilisant le pseudo don de voyance d’une petite fille. Encore une obscure histoire sans véritable aspect fantastique qui commencera à nous faire perdre patience face au temps qui passe sans que nous comprenions vraiment tout à ce que cherche à créer le réalisateur. D’autant plus que si les reconstitutions sont fidèles aux films à qui il rendent hommage, nous aurons moins l’occasion d’être impressionné par la réalisation de ces scènes.
Le réalisateur Bi Gan se rattrapera heureusement dans le cinquième rêve. il nous plonge cette fois ci dans un univers orangé où d’un seul plan séquence d’une vingtaine minutes il nous racontera la rencontre d’un homme au look de petite frappe aux cheveux peroxydés qui va suivre une mystérieuse jeune femme au look rock dans une atmosphère de fin du monde. Cette séduisante jeune femme et le brio dans la réalisation de ce dernier rêve remettra le film à la hauteur de nos premières attentes mais nous serons tout de même bien soulagé d’arriver enfin au bout de cette trop longue histoire.
Si vous comptiez voir la belle et talentueuse Shu Qi tout le long de Resurrection vous risquez d’être fort déçu puisqu’elle n’apparait que dans le superbe premier segment et dans l’épilogue. Elle servira juste de narratrice au reste de l’histoire sans apparaître à l’écran. Le véritable héro est Jackson Yee qui dans la peau du rêvoleur incarne un personnage totalement différent dans chacun des rêves. La mystérieuse jeune femme qui nous subjuguera dans le dernier rêve est interprétée par Li Gengxi.
Véritable épreuve d’endurance, il faudra se montrer particulièrement cinéphile et avoir du temps devant soi pour pouvoir suivre d’une traite ce Ressurection. L’envie de sombrer à notre tour dans un sommeil profond nous viendra régulièrement devant les segments au milieu du film. Dommage pour ceux qui quitterons la séance avant la fin car après la formidable introduction du film, c’est son denier segment qui est clairement le plus réussi. S’il vaut mieux le découvrir sur grand écran, on se dit que pouvoir faire avance rapide sur certaines scènes n’aurait parfois pas été un luxe. Les spectateurs qui auront tenu bon pourront tout de même se vanter de leur courage d’être parvenu à voir cette bien curieuse et rare proposition de cinéma jusqu’au bout.
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