THE SUBSTANCE de Coralie Fargeat [Critique Ciné]
C’est récompensé du prix du meilleur scénario à Cannes que sort en salle le surprenant et très réussi film d’horreur The Substance.
Qui aurait pu croire qu’un film d’horreur pourrait remporter le prix du meilleur scenario au Festival De Cannes ? Dans la lignée de Titane de Julia Ducournau qui avait remporté la Palme d’Or en 2022, c’est au tour de The Substance de Coralie Fargeat, autre cinéaste française, de se voir récompensée avec un film de body horror qui ne lésine clairement pas sur l’hémoglobine. Magnifiquement mis en scène et magistralement interprété c’est cependant avant tout pour ses messages que The Substance a été récompensé par le jury présidé par Greta Gerwig.
The Substance raconte l’histoire d’Elizabeth Sparkle, une actrice vedette vainqueur d’un Oscar et honorée de son étoile sur le Walk Of Fame d’Hollywood Boulevard qui est aujourd’hui tombée dans l’oubli. Alors qu’elle s’était recyclée en présentatrice d’une émission d’aérobic, son producteur a décidé qu’il était grand temps de la remplacer par une recrue plus jeune. Par chance, elle se verra offrir une solution pour retrouver sa jeunesse dans une version améliorée d’elle même.
À l’image du premier film de Coralie Fargeat, The Substance peut aussi être vu comme une sorte de revenge movie cette fois ci ciblé contre Hollywood. Ce rôle de star has been est en effet tenu par Demi Moore, vedette des années 90 qui se fait aujourd’hui bien plus rare qui ne manque pas de courage pour endosser ce rôle. Filmée en gros plan et bien souvent dans le plus simple appareil, l’actrice est clairement toujours aussi belle aujourd’hui qu’elle l’était à ses grandes heures. Mais au delà de son physique, The Substance montre surtout qu’elle reste une excellente comédienne dont nous ne devrions pas être privé.
Même si le retour de Demi Moore risque encore de l’éclipser, Il ne faut surtout pas mettre de coté Margaret Qualley qui incarne Sue, la version améliorée d’Elizabeth. Une nouvelle prestation géniale de l’actrice vue récemment dans les deux derniers film de Yórgos Lánthimos qui excelle encore dans ce nouveau rôle étrange auquel elle apporte son énergie et son grain de folie en plus de sa plastique de rêve. Fille d’Andie McDowell, elle a du voir des similitudes ente le scenario de The Substance et la carrière de sa mère victime elle aussi d’une traversée du désert.
Si Coralie Fargeat ne cherchait aucun réalisme dans Revenge au point d’en gâcher son film, nous ne pourrons pas reprocher cela à The Substance dont le point de départ sort de son imagination nourri des œuvres de David Cronenberg et ne pourra certainement jamais devenir réalité. Il faudra donc accepter tout ce que nous verrons à l’écran sans trop se poser de questions ni sur comment Elizabeth réussi à procéder à cette transformation complexe sans lire d’instruction ou d’autres chose que nous ne listerons pas ici pour ne pas trop dévoilé l’intrigue.
Ce sont les message que véhicule le film qui compte avant tout. The Substance dénonce l’âgisme dont sont victimes les actrices passé un certain âge qui les voit ainsi écarté des plateaux nous privant de leur talent. Le film milite aussi pour le mouvement Body Positivity en montrant comment Elizabeth qui était pourtant toujours très belle va se mettre à complexer au point de ne plus oser sortir en voyant le corps jeune et sublime de Sue. Coralie Fargeat n’hésite pas à filmer Margaret Qualley en gros plans souvent très sexy qui ne laisseront certainement pas insensible les spectateurs masculins mais qui pourra être vu comme de l’hypersexualisation par les plus féministes. Il y a aussi une référence évidente au mouvement Balance Ton Porc dans ce producteur dégueulasse parfaitement incarné par Dennis Quaid.
L’autre grande réussite de The Substance est sa réalisation sublime qui pourrait presque faire oublier son aspect Body Horror tellement tout est réussi. Rappelant parfois Stanley Kubrick dans ses décors et ses cadrages, le film baigne dans une atmosphère de couleurs très vives rappelant les années 80. Mais surtout c’est la qualité des effets prosthétiques à l’ancienne qui impressionne et donnera lieu à un dernier acte aussi atroce qu’hilarant. Battant des records de litres d’hémoglobine, The Substance aura clairement de quoi heurter les âmes sensibles même s’il n’est pas aussi pervers qu’un Terrifier 3 mais de quoi totalement réjouir les amateurs du genre par la folie de ce dernier acte rappelant les plus grands classique du genre signés David Cronenberg et Brian Yuzna.
Formidable réussite, The Substance fera indéniablement date dans le genre Body Horror. Le long métrage de Coralie Fargeat égale les plus grands classiques du genre pour le grand bonheur des amateurs tout en y intégrant des thèmes de société très actuels. En plus de cela magistralement mis en scène et interprété, The Substance est sans nul doute l’un des meilleurs films de l’année.
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