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ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU de Guillaume Canet [Critique Ciné]

ASTÉRIX ET OBÉLIX : L'EMPIRE DU MILIEU de Guillaume Canet [Critique Ciné]

Guillaume Canet sauvera-t-il le cinéma français avec son Astérix et Obélix : L’Empire Du Milieu ? Rien n’est si sur…

Lorsque nous avons appris que Guillaume Canet avait été choisi pour realiser un nouveau film tiré de la bande dessinée Astérix, il y avait de quoi être emprunt de doutes. Certes, il nous avait démontré qu’il peut parfois faire preuve d’un humour décalé avec son film Rock N’ Roll très éloigné de ses autres films mais il est loin pour autant de pouvoir être considéré comme le champion de la comédie. Quand en plus il a été confirmé qu’il tiendrait également le rôle d’Astérix et que son complice Gilles Lellouche serait le nouveau Obélix, c’est vraiment avec de sérieux doutes que nous attendions de voir le résultat. Si nous pouvions craindre le pire, Astérix Et Obélix : L’Empire Du Milieu n’arrive certes pas à la cheville du Mission Cléopâtre d’Alain Chabat mais ne fait pas pire que les autres films de la saga en prises de vue réelle.

Il suffit de regarder le box office de ces dernières années pour se rendre a l’évidence qu’il n’y a aujourd’hui plus que les films de super héros et quelques autres blockbusters américains qui réussissent encore à attirer en masse le public en salles. Fort de ce constat, la seule réponse évidente du cinéma Français est d’enfin se lancer aussi dans la production de blockbusters. Mais faute d’héros en collants et en capes assez populaires, il n’y avait probablement que les irréductibles Gaulois d’Albert Uderzo et René Goscinny pour prétendre faire aussi fort que Marvel comme l’ont prouvé à l’époque les 14 millions de spectateur d‘Asterix et Obélix : Mission Cléopâtre. Mettant le paquet pour espérer une pareille réussite, c’est un budget de 64 millions d’Euros qui a été confié entre les mains de Guillaume Canet pour tenter de sauver le cinéma français.

C’est une histoire totalement originale que Guillaume Canet a lui même écrit en s’appuyant sur une idée de base de Julien Hervé et Philippe Mechelen, scénaristes de la saga Les Tuches, là ou tant de tomes de la bande dessiné mériteraient d’être adapté sur grand écran. Ils ont décidé d’entrainer Astérix et Obélix en Chine où ils n’avaient encore jamais mis les pieds pour venir en aide à la Princesse Fu Yi en quête d’héros pour sauver sa mère l’impératrice des griffes de Deng Tsin Qin. Aidé par César, celui-ci compte devenir l’Empereur de toute la Chine mais c’était sans compter sur le pouvoir de la Potion Magique des irréductibles Gaulois.

Que les fans se rassurent, Guillaume Canet a bien respecté dans son ensemble l’univers imaginé par Albert Uderzo et René Goscinny. Même si ce n’est que pour de courtes apparitions, tous les villageois seront bien présents dans le film de même que les incontournables pirates. Le cahier des charges est tellement suivi à la lettre que cette nouvelle histoire aura bien du mal à nous surprendre et nous faire rire à force de voir toujours les mêmes gags. En dehors des passages obligés, Guillaume Canet n’arrivera jamais à nous proposer quelque chose de vraiment original dans son histoire ou dans la mise en scène. Visant avant tout le jeune public avec des gags à base de baffes et des disputes digne de cours de récréation, le scénariste tente parfois le second degrés cher à Uderzo et Goscinny avec des vannes réservés aux plus grands qui tomberont malheureusement souvent à plat.

Le réalisateur et scénariste semble s’être tellement appuyé sur les projections tests pour supprimer des scènes qui ne marchaient soi-disant pas comme le font les grands studios américains qu’au final l’intrigue d’Astérix et Obélix : L’Empire Du Milieu ne semble plus raconter grand chose. Au lieu de proposer une grande aventure, le film ne repose que sur des histoires d’amour. Astérix et le nouveau venu Graindemaïs craquants tous les deux pour la princesse Fu Yi qui n’a rien à faire d’eux tandis qu’Obélix tombera sous le charme de sa garde du corps Tat Han et que César aura des problèmes dans sa relation avec Cléopâtre. Clairement ce n’est pas ce à quoi nous nous attendons en allant voir un nouvel épisode d’Astérix et Obélix. L’autre intrigue principale de la conquête de la Chine par Deng Tsin Quin ne sera clairement pas assez exploité avec la promesse d’un important personnage au masque de bambou qui ne servira finalement quasiment à rien dans le film.

Avec seulement trois millions de différence de budget avec le Babylon de Damien Chazelle, le budget conséquent de ce nouveau Astérix aurait normalement dû se voir à l’écran. Il faut malheureusement croire que l’argent a du disparaître dans un gouffre financier de problèmes à tenter de réaliser un blockbuster en France en pleine crise du Covid plutôt que dans les décors, les costumes et les effets spéciaux essentiels à un blockbuster digne de ce nom. N’ayant pas pu tourner en Chine, le film manque clairement de dépaysement dans ce grand voyage. Quand au décors en intérieurs, ils font vraiment artificiels. Peut être dans une volonté de faire penser à la bande dessinée mais cela aurait alors du être accompagné d’une mise en scène plus « cartoonesque ». Guillaume Canet dit avoir envisagé son film comme un western mais rien au fond ne le laisse transparaître si ce n’est dans la musique du film qui reprend le célèbre thème du Bon La Brute Et Le Truand sans raison apparente.

Avec des préparatifs effectués à l’aide de Playmobils et de G.I. Joes, il ne faut pas s’étonner que les scènes d’action soient si peu spectaculaires. Avec cet argent, la moindre des choses aurait été tout d’abord d’embaucher un spécialiste des arts martiaux pour des combats qui en mettraient plein la vue. On voit tellement que les coups ne sont pas vraiment portés et que les acteurs sont soutenus par des câbles effacés par la suite que cela gâche tout le spectacle. Bien que de grandes scènes de batailles ne lésinent pas sur le nombre de figurants, Guillaume Canet ne se montre clairement pas à la hauteur de celles du Seigneur Des Anneaux ou de Game Of Thrones dans leur mise en scène à vouloir y privilégier l’humour.

Loin d’être vraiment convainquant dans la peau d’Astérix, Guillaume Canet livre une prestation vraiment personnelle assez différente de ce que nous avons pu voir auparavant, moins vif, moins grognon, moins bagarreur mais  surtout un peu trop moderne à vouloir manger des légumes et se méfier des effets secondaires de la potion. Quand à Gilles Lellouche, il tente clairement l’imitation de Gérard Depardieu dans le rôle d’Obélix. Même rire, mêmes intonations, il n’apporte rien au personnage dont il n’a pas non plus la carrure malgré sa prise de poids. Il lui manque en fait de véritables moments de bravoure pour pouvoir vraiment briller dans ce film.

Si Guillaume Canet voulait recentrer ce nouveau Astérix autour des deux héros, ils se font tout de même bien voler la vedette par Jonathan Cohen bien plus drôle en Graindemaïs que les deux acteurs même s’il reste toujours un peu trop dans un personnage proche de Serge Le Mytho. Sans faire d’effort, Vincent Cassel semble prendre un plaisir communicatif à jouer un César vraiment amusant. En revanche la prestation en Cléopâtre de Marion Cotillard est du même niveau de ridicule que celle de sa mort dans The Dark Knight Rises. Elle se montrera bien plus convaincante dans le rôle d’une tenancière de bar inspirée par Edith Piaf où elle est presque méconnaissable. Nous regretterons que le très bon choix de Pierre Richard pour incarner le druide Panoramix ne soit pas assez développé tant nous aurions aimé le voir beaucoup plus. en biographe de Jules César, il y aura de quoi se demander ce que nous fait José Garcia avec son accent brésilien débile. Ramzy Bedia aurait quelques occasions de nous faire rire dans le rôle d’un marchand kidnappé avec l’impératrice tout comme Audrey Lamy en Bonnemine. En revanche les choix de Manu Payet Jérôme Commandeur ou Frank Gastambide ne paraissent clairement pas judicieux tant leurs rôles ne leur correspondent pas du tout.

Nouvelle venue Julie Chen fait une très jolie Princesse Fu Yi mais manque encore trop d’expérience dans son interprétation. Plus convaincante Leanna Chea arrivera à nous faire rire et nous épatera même dans des scènes de « bagarres ». En revanche, le talent comique de Bun-Hay Mean sera bien mal exploité dans le rôle du grand méchant Deng Tsin Qin.  Comme les caméo des bandes dessinés, Guillaume Canet est allé puisé dans le classement des vedettes préférées des lecteurs du Journal de Mickey pour de brèves apparitions dont on se serait bien passés comme le footballeur Zlatan Ibrahimovic bien trop mis en avant pour rien ainsi que McFly et Carlito, Big Flo et Oli, Angèle ou Orelsan pour n’en citer que quelques uns dont on se demande ce qu’ils font là au lieu d’être aller chercher de vrais acteurs comiques.

Astérix et Obélix : L’Empire Du Milieu n’est pas plus raté que les deux précédents films en prise de vues réelles mais n’arrive toujours pas à se hisser au niveau de Mission Cléopâtre même s’il tente désespérément de le faire. Que ce soit en tant que réalisateur, scénariste et interprète principal, Guillaume Canet accumule ici trop de casquettes pour se montrer à la hauteur de cette tâche colossale d’être à la tête d’un véritable blockbuster comique. 64 millions d’Euros qui partent en fumée pour un film qui sera rapidement oublié même s’il rencontre le succès.

MON AVIS :
2/5

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