LES MISÉRABLES de Fred Cavayé [Critique Ciné]
Fred Cavayé revisite Les Misérables de Victor Hugo dans une version plus musclée qui cherche à reproduire le succès du Comte De Monte Cristo.
Que ce soit au cinéma, en téléfilms et séries ou même en comédie musicale, nous ne comptons plus les nombreuses adaptations du grand classique Les Misérables. Après le succès de la dernière version du Comte De Monte Cristo et des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, c’est au tour de Victor Hugo d’avoir le droit à son retour d’intérêt pour rivaliser avec les super héros américains de Marvel et DC Comics. Six mois à peine après la sortie du film Jean Valjean qui ne racontait que le début de l’histoire, Fred Cavayé à choisi malgré tout de s’attaquer à cette œuvre indémodable pour une nouvelle version plus musclée qui sans le faire exprès colle parfaitement à l’actualité du moment.
Cherchant à se démarquer, Fred Cavayé fait une première erreur en démarrant trop tôt son histoire. Certainement pour calquer Le Comte De Monte Cristo, le réalisateur et scénaristea a tenu à tout prix a nous raconter les années de bagne de Jean Valjean, généralement balayé d’une simple phrase. C’est à se demander s’il ne cherche pas à rivaliser avec la nouvelle adaptation du jeu vidéo Street Fighter qui sort le même jour en très rapidement inclure une grosse scène de combat dans le bagne. Mais le plus gros problème de cette première partie est d’avoir dû prendre un acteur plus jeune pour incarner Jean Valjean en la personne de Louis Peres qui n’est clairement pas à la hauteur de l’intensité du rôle et ne ressemble absolument pas à Vincent Lindon. Sa médiocre prestation ruinera l’une des scènes les plus importante du film face au prêtre où il se retrouvera très mal grimé pour paraître dix neuf ans plus vieux là où il aurait été plus judicieux de faire entrer Vincent Lindon dans l’histoire.
Il faudra finalement attendre que Jean Valjean prenne la nouvelle identité de Monsieur Madeleine, le maire deMontreuil-sur-Mer, quelques années plus tard pour que Vincent Lindon apparaisse enfin à l’écran. La voix d’une Cosette très âgée viendra même dire qu’il est devenu un tout autre homme, histoire de justifier le changement total d’apparence. Bien plus crédible dans ce rôle qui a vu passer tant de grands acteurs, il nous permettra enfin d’entrer pleinement dans l’histoire. Devoir réduire une saga de 2000 pages en un long métrage d’un peu moins de trois heures nécessite de ne garder que les scènes les plus importantes. En cela, la trame du film de Fred Cavayé se différencie à peine de l’adaptation américano-britanique de la comédie musicale réalisée par Tom Hooper en 2012, bien évidement sans les chansons cette fois-ci.
Cette nouvelle version des Misérables nous surprendra tout de même à quelques moments notamment dans sa volonté d’étoffer les personnages de Javert joué par Tahar Rahim et des Thénardier incarnés par Camille Cottin et Benjamin Lavernhe. Ils apparaitront plus tôt que d’habitude dans le récit pour nous dévoiler leur passé lui aussi généralement évoqué qu’en quelques mots dans les précédentes adaptations, au point de nous décontenancer. C’est cependant dans la scène du traquenard de la masure Gorbaud que Fred Cavayé prendra beaucoup trop de liberté en profitant de ce moment de tension dans le roman pour en faite une scène dans la lignée de ses thrillers nerveux Pour Elle déjà avec Vincent Lindon et À Bout Portant .
Peut-être parce que nous connaissons trop l’histoire des Misérables par ses multiples adaptations ou parce qu’acteurs comme réalisateur n’ont pas su donner assez d’intensité mais aucune des scènes les plus dramatiques du roman n’arriveront à nous faire verser une larme malgré le destin tragique d’une bonne majorité des personnages. C’en est même à se demander si Fred Cavayé ne l’a pas fait exprès en modifiant notamment la fin poignante du roman. Difficile aussi de s’émouvoir d’une Éponine et d’un Gavroche restés bien plus proches de leurs parents Thénardier dans cette version pour les rendre attachants.
Les Misérables de Fred Cavayé se voudrait être le nouveau blockbuster à la française mais tout son budget est clairement passé dans le casting. A part deux scènes qui ont demandé beaucoup de figurants, certaines semblent avoir vraiment été tourné à l’économie dans des appartements ou des rues vides qui n’ont eu besoin d’aucun frais de reconstitution historique. La direction photo est aussi très inégale et parait même parfois particulièrement moche donnant des allures de télefilm TF1 à cette nouvelle adaptation. Si le réalisateur voulait vraiment mettre plus d’action dans cette version, c’est à se demander pourquoi il n’a pas montrer plus en détails les révoltes étudiantes dont la maigre bataille passera trop vite sans réussir à nous faire vibrer.
Des nombreux acteurs de cette version 2026 des Misérables nous retiendrons surtout la prestation impeccable de Vincent Lindon qui a la carrure et le talent pour incarner un Jean Valjeau charismatique et attachant. Tahar Rahim est lui aussi très bon dans le rôle de ce Javert plus étoffé que dans les précédentes adaptation mais sa dernière scène déçoit vraiment par son manque d’ambition par rapport au film de Tom Hooper. Sans remettre en cause leur talent, Camille Cottin et Benjamin Lavernhe ne déméritent pas mais ils sont ici trop éloignés des habituelles versions des Thénardier pour réussir à pleinement nous convaincre
Noémie Merlant est en revanche une Fantine crédible qui sera cependant desservie par cette mise en scène qui manque toujours d’émotion. Sa fille Cosette est bien plus touchante lorsqu’elle est jouée par la très lumineuse Giulia Sagnier pour qui nous aurons vraiment de la peine. Nous aurons en revanche plus de mal avec sa version plus âgée incarnée par Megan Northam desservie par l’écriture des ses scènes toutes très mal écrites. Pareil pour Marie Colomb en Éponime qui donne l’impression de revoir la Loana qu’elle jouait dans la série Cultee et Vassili Schneider dont le rôle de Marius manque de panache.
Ne manquant pas d’ambitions cette version 2026 de Les Misérables n’arrive malgré tout pas à la hauteur de l’adaptation de la comédie musicale par Tom Hooper bien plus réussie dans sa mise en scène et émouvante par ses chansons. À vouloir pousser sur l’action et à prendre des libertés sur le récit, Fred Cavayé arrivera à nous surprendre mais il peine en revanche à nous émouvoir alors que ce récit ne manque pas de moments tragiques. Ce film vaudra peut être de nouvelles nominations aux César pour Vincent Lindon et Tahar Rahim mais ce sont les seuls acteurs qui arrivent à vraiment nous convaincre dans ce casting pourtant impressionnant.
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