SALE TEMPS A L’HÔTEL EL ROYALE de Drew Goddard [Critique Ciné]

 

 

Sept ans après le film d’horreur pas comme les autres  La Cabane Dans Les Bois, le réalisateur et scénariste Drew Goddard revient enfin au cinéma avec le non moins original Sale Temps A L’Hotel El Royale, un thriller comme vous n’en verrez pas souvent.

 

 

SYNOPSIS : Un soir de janvier 1969, un prêtre, une chanteuse, un marchand d’electro-ménager et une mystérieuse jeune femme viennent tous s’enregistrer à l’Hotel El Royale. Un établissement autrefois mythique qui a la particularité de se situer pile à la frontière entre le Nevada et la Californie. Cachant tous leur véritable motivation pour séjourner ici, la révélation de leurs secrets va leur faire passer une nuit particulièrement mouvementée qu’ils ne sont pas prêts d’oublier.

 

Il ne fait visiblement pas bon traîner à l’hôtel ces derniers temps près d’Hollywood ! En l’espace de quatre mois les deux scénaristes et réalisateurs  Drew Pearce et Drew Goddard ont en effet chacun de leur coté eu l’idée de situer leur film en huis clos dans un hôtel. Le premier en juillet avec le futuriste Hotel Artemis et le second en ce début novembre avec le rétro Sale Temps A L’Hôtel El Royale. Deux films originaux et deux univers très différents qui partagent cependant beaucoup de points communs dans leur galerie de personnages haut en couleur et leur suspense. Si vous avez aimé le premier, il y a de fortes chances que vous adoriez le second. Dix ans après s’être joué des codes du film d’horreur, Drew Goddard s’attaque maintenant au thriller ici pour un résultat qui tient toutes les promesses de sa bande annonce et bien plus encore.

 

 

Les amateurs de réalisation originale vont forcement adhérer à Sale Temps A L’Hôtel El Royale dès la première scène. En plan fixe depuis une chambre de l’hôtel, on voit un homme retourner toute la chambre pour y planquer son magot. La scène suivante se passe quinze ans plus tard sur le parking du même hôtel où un prêtre va faire la rencontre d’une chanteuse avant qu’ils n’entrent ensemble dans l’hôtel où attend un V.R.P. grande gueule mais aucune trace du receptionniste. S’en suit alors une scène de dialogue dans le hall de l’établissement qui donne au film l’impression qu’il pourrait facilement faire une très bonne pièce de théâtre. Entre ces personnages particuliers, la qualité des dialogues, et la bande originale on ne peut qu’être immédiatement emballé par ce prologue qui rappelle furieusement le western Les Huit Salopards de Quentin Tarantino pour son huis clos, son coté bavard mais fascinant et sa violence qui lui vaut carrément une interdiction aux moins de 12 ans.

Mieux vaudra être en forme et bien attentif pour ne pas perdre une miette de Sale Temps A L’Hôtel El Royale. D’une durée de 2h21, l’intrigue à tiroir du nouveau film de Drew Goddard se dévoile très lentement. Chapitré à la manière des films de Tarantino par le numéro de chambre de chacun des protagonistes, le réalisateur emploie des flash-backs pour revenir sur les origines des personnages et dévoiler petits à petits leurs secrets. Ces chapitres s’emboîtent régulièrement les uns aux autres pour nous montrer la même scène vue sous l’angle des différents protagonistes. Le rythme du film semble en permanence jouer aux montagnes russes avec un moment très fort suivi régulièrement d’un semblant de coup de mou. C’est en fait bien souvent une astuce du réalisateur pour arriver à mieux nous surprendre avec une  montée subite de violence totalement inattendue. Car ni l’hôtel ni ses différents clients n’est vraiment ce qu’il semble être en apparence et réserve bien souvent de véritables surprises. Il règne du coup un suspense quasiment continu pour tenter de comprendre à l’avance ce qu’ils peuvent tous manigancer et qu’est-ce que peut bien nous préparer le réalisateur pour la suite.

 

 

En plus d’une réalisation particulièrement soignée, Sale Temps A L’Hôtel El Royale profite aussi d’un casting vraiment exceptionnel qui justifierait à lui seul le déplacement. Jeff Bridges en vieux prêtre victime d’Alzheimer est bien souvent drôle et parfois véritablement émouvant lorsqu’il évoque la maladie, John Hamm célèbre pour son rôle dans la série Mad Men joue en apparence un V.R.P. d’Electro-Ménager représentant l’américain moyen bas de plafond et raciste, Dakota Johnson la star de la saga Cinquante Nuances change de registre en femme mystérieuse qui ne se laisse pas faire et Cynthia Erivo est une chanteuse passée pas loin de la gloire mais obligée désormais de cachetonner qui nous régalera de plusieurs prestations a capela à tomber par terre.

Autour de ces personnages principaux gravitent des seconds rôles tout aussi essentiels. Le réceptionniste de l’hôtel qui n’assume plus son travail joué avec beaucoup d’émotion par Lewis Pullman que l’on retrouvera dans le prochain film des Frères Coen en exclusivité sur Netflix, Cailee Spaeny vue récemment dans Pacific Rim Uprising, qui se révèle ici en adepte d’une secte totalement sous l’emprise de son  gourou joué avec beaucoup de charme et d’humour par Chris Hemsworth célèbre pour son rôle du super héros Thor qui montre très bien ici qu’il peut aussi parfaitement jouer les salopards.  Pas question bien sur de vous en dire plus sur ces personnages de peur de gâcher les nombreuses surprises d’un scénario qui n’a pas fini de vous étonner.

 

 

Drew Goddard a bien fait d’abandonner la série Daredevil pour revenir au cinéma avec Sale Temps A L’Hôtel El Royale ! Visiblement très inspiré par Quentin Tarantino et ses Huit Salopards, il signe un thriller plein de suspense magnifiquement interprété par une brochette d’acteurs exceptionnels en très grande forme. Le réalisateur démontre aussi un vrai talent dans la mise en scène de cette espèce de pièce de théâtre en  huis-clos aux dialogues ciselés et à la bande originale remplie de standards de la fin des années 60. Qu’il est bon de voir que certains scénaristes sont encore capable de nous étonner des films qui ne sont pas des suites, remakes ou reboot. Sale Temps A L’Hotel El Royale a tout pour devenir un futur classique représentant le cinéma de 2018.

 

MON AVIS : 5/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : Drew Goddard
  • AVEC : Jeff Bridges, Dakota Johnson, Chris Hemsworth, Jon Hamm, Cynthia Erivo, Lewis Pullman et Cailee Spaeny
  • SCÉNARISTE : Drew Goddard
  • COMPOSITEUR : Michael Giacchino
  • GENRE : Thriller, Policier
  • DURÉE : 2h21
  • NATIONALITÉ : Américain
  • DISTRIBUTEUR : 20th Century Fox France
  • SITE OFFICIELhttps://www.foxmovies.com/movies/bad-times-at-the-el-royale
  • DATE DE SORTIE : 7 novembre 2018