SILENT VOICE de Naoko Yamada [Critique Ciné]

 

Silent Voice

 

Après sa diffusion en compétition au Festival d’Annecy en 2017 dont il était injustement reparti sans rien, le film d’animation Silent Voice arrive enfin dans les salles de cinéma françaises. Ne passez pas à coté de ce nouveau chef d’oeuvre de Kyoto Animation, les créateurs de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya.

 

 

SYNOPSIS : Alors qu’il s’apprêtait à mettre fin à sa vie, un souvenir a subitement fait changer d’avis le jeune Shoya Ishida. S’en voulant d’avoir martyrisé Shoko Nishimiya une camarade de classe au primaire qui était sourde, il va se tenter de la retrouver des années plus tard pour se racheter.

 

Ne vous fiez pas à l’affiche française plutôt moche de Silent Voice car nous sommes ici devant un nouveau chef d’oeuvre ! Silent Voice connu avant sous le titre A Silent Voice ou en japonais Koe No Katachi est le nouveau film d’animation du studio indépendant Kyoto Animation tout petit par la taille mais grand par le talent à qui l’on doit les séries La Mélancolie De Haruhi Suzumiya et son film La Disparition de Haruhi Suzumiya, Love Chunibyo And Other Delusions ! ou plus récemment Violet Evergarden sur Netflix. Des experts des bons sentiments dans des séries tranche de vie bien souvent dramatique et romantique aux personnages toujours incroyablement attachants. Silent Voice est l’adaptation d’un manga de la jeune Yoshitoki Ōima qui n’avait que 26 ans à la sortie du premier tome. C’est aussi une femme que l’on retrouve à la tête de cette adaptation, il s’agit de Naoko Yamada la réalisatrice de la série K-On.

 

Silent Voice

 

Sans aller aussi loin, Silent Voice fait beaucoup penser à une version japonaise de la  série 13 Reasons Why. Le film et la série partagent en commun d’être une histoire harcèlement à l’école dans lequel une bande d’amis se rejettent la responsabilité des malheurs de leur camarade Shoko Nishimiya arrivée en cours d’année et qui aura bien du mal à s’intégrer parce qu’elle est sourde. Mais au lieu de faire de cette jeune fille l’héroïne du long métrage, c’est son harceleur Shoya Ishida qui est le véritable héros de Silent Voice. Lorsqu’il était en primaire, Shoya était une petite brute qui martyrisait ses camarades et était vraiment le zouave de la classe. L’arrivée de Shoko est du pain bénit pour le jeune garçon qui s’est trouvé la nouvelle tête de turc parfaite qui encaisse toutes les maltraitances en s’excusant. Sauf que quand la mère de la jeune fille va finir par la retirer de l’école, Shoya se retrouve mis à l’écart par ses camarades qui lui reprocheront d’être responsable de tous les malheurs de Shoko alors qu’ils y ont pour la plupart participé, à commencer par sa voisine de table la petite peste Naoka.

Après une brève introduction, Silent Voice surprend par l’utilisation du titre My Generation de The Who au lieu de l’habituel titre J-Pop de ce genre de production. La chanson accompagne un montage d’images des années de primaires de Shoya et Shoko. C’est déjà avec beaucoup d’émotion que l’on assistera impuissant à toute la violence qu’a dû encaisser Shoko dans ses plus jeunes années. Le gros du film se passera quelques années plus tard alors qu’ils sont devenus des adolescents. De petit caïd, Shoya est devenu un paria boudé par tous ses camarades pour ce qu’il a fait à Shoko. Alors qu’il aimerait se racheter plus personne ne veut désormais lui parler. Il arrivera cependant à se lier d’amitié avec un jeune garçon brimé et solitaire alors que pour notre « héros », tous ses autres camarades ont une croix sur le visage, symbole de l’impossibilité de communiquer.

 

Silent Voice

 

Cette Silent Voice (voix silencieuse) du titre n’est pas la voix de la jeune Shoko mais celle de tous les non dits que chacun garde pour soi. En plus du harcèlement scolaire, l’autre grand sujet du film est l’impossibilité de communiquer. De peur de faire du mal ou d’être déçu personne n’ose en général avouer le fond de sa pensée. Résultat comme Shoya et Shoko, beaucoup vivent isolés et gardent pour eux leur problèmes jusqu’au jour où, sans prévenir qui que ce soit, ils vont commettre l’irréparable en allant jusqu’à la tentative de suicide. Si lier des relations est déjà compliqué par chez nous, on a l’impression que cela est encore plus dur au Japon où avouer ses sentiments et oser les vivre semblent encore plus dur à faire. Si au début, on en voudra à Shoya, on finira par s’attacher à lui par sa tentative de réparer sa faute et on vibrera à chaque scène de rapprochement avec Shoko en espérant une belle conclusion.

Silent Voice s’inscrit dans une lignée de films dit ‘Tranche de vie » qui raconte le quotidien de personnes ordinaires aux problèmes toujours très concrets. On pense à La Disparition de Haruhi Suzumiya, Your Name, Fireworks ou même Jun, La Voix Du Coeur qui n’a pas eu la chance de sortir en salles en France. Il rappelle aussi certaines séries animées japonaises comme Anohana : The Flower That We Saw That Day et Erased où des faits arrivés aux héros dans leur tendre enfance ont des répercussions sur leur passage à l’age adulte. Il est amusant de voir que dans tous ses films et séries comme dans Silent Voice, on n’échappera pas à l’incontournable scène de festival d’été avec son feu d’artifice et ses kimonos. Cela ne veut pas dire pour autant que Silent Voice sent le réchauffé, c’est par ses sujets très durs que le film de Naoko Yamada se démarque. Inutile d’y emmener les plus petits car ils n’y verront guère d’intérêt mais pour les adolescents comme pour les adultes fans de japanimation, il n’y a aucun doute que Silent Voice deviendra rapidement culte, si ce n’est pas déjà fait…

 

Silent Voice

 

Il parait incroyable que Silent Voice a pu repartir du Festival d’Annecy sans remporter de prix. Le film de Naoko Yamada est une véritable bijou d’émotion souvent très triste voir parfois même très dur dans les scènes d’harcèlement mais qui est à la fois un vrai régal à suivre par sa beauté et par ses personnages attachants. C’est aussi pour sa réflexion très intéressante sur ce qui fait l’amitié et sur les difficultés de communication que Silent Voice est tout simplement immanquable. Il serait grand temps que le talent de Kyoto Animation soit reconnu par le grand public tant ils arrivent à nous émerveiller à chaque fois. C’est avec la plus grande impatience que l’on attend leur prochain projet.

 

MON AVIS : 5/5

 

Silent Voice

 

FICHE TECHNIQUE :

  • TITRE ORIGINAL : Koe No Katachi
  • RÉALISATRICE : Naoko Yamada
  • STUDIO : Kyoto Animation
  • AVEC LES VOIX EN V.O. DE : Miyu Irino, Saori Hayami, Aoi Yūki, Kensho Ono, Yûki Kaneko
  • SCÉNARISTE : Reiko Yoshida d’après l’oeuvre de Yoshitoki Oima
  • COMPOSITEUR : Kensuke Ushio
  • GENRE : Japanimation, Drame, Romance
  • DURÉE : 2h13JU
  • NATIONALITÉ : Japonais
  • DISTRIBUTEUR : Art House 
  • SITE OFFICIELhttp://koenokatachi-movie.com/
  • DATE DE SORTIE : 22 août 2018