MEN de Alex Garland [Critique Ciné]

MEN de Alex Garland [Critique Ciné]

Men - Copyright Metropolitan FilmExport

Alex Garland est de retour au cinéma avec Men, un audacieux film d’horreur comme nous en avons rarement l’occasion d’en voir.

Apres avoir commencé a promouvoir Annihilation, le précèdent long métrage d’Alex Garland, la Paramount n’avait finalement pas osé prendre le risque de sortir le film au cinéma en France de crainte d’essuyer un bide avec ce film de science fiction bien trop étrange pour le grand public qui était finalement sorti sur Netflix. Loin d’être refroidi par cette déconvenue, c’est avec un film encore plus étrange qu’Alex Garland fait son retour avec Men. Du cinéma horrifique d’auteur lourd de symboliques à décrypter que le distributeur Metropolitan Export n’a pas hésité à sortir après nous avoir proposé il y a peu Les Crimes Du Futur le tout aussi étrange film de David Cronenberg.

Men aurait pu commencer avec la chanson « It’s Raining Men » alors que son héroïne Harper regarde la pluie tomber par la fenêtre avant de voir un homme dégringoler de l’étage supérieur. Mais ce n’est pas une comédie que réalise Alex Garland mais bel et bien une histoire dramatique aux accents horrifiques. Nous découvrirons en effet que cet homme est en fait son mari qui a mis sa menace de se suicider à exécution devant ses yeux. Traumatisée par cette tragédie, la jeune femme décide de se ressourcer dans un magnifique cottage isolé dans la campagne anglaise. Son séjour qui s’annonçait idyllique va cependant rapidement prendre une tournure inquiétante.

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Soignant chacune de ses images, nous pourrions penser qu’Alex Garland s’est inspiré de Terrence Malick pour filmer la nature en gros plan et prendre tout son temps pour dérouler son intrigue. Nous nous demanderons un moment dans quoi le réalisateur compte nous embarquer et quand est ce que le film tournera réellement à l’horreur promise. C’est par les apparitions inquiétantes d’une silhouette au bout d’un tunnel et d’un homme entièrement nu en pleine nature que commencera à s’installer une ambiance de plus en plus suffocante.

C’est lorsque cet homme nu étrangement scarifié va chercher à s’introduire dans la maison de la jeune femme le lendemain que le film dévoilera ses véritables intentions. Ne trouvant qu’une oreille attentive qu’auprès de sa meilleure amie avec qui elle est en contact par facetime et avec une policière compatissante du traumatisme de cette intrusion, Harper se verra confronté au mépris et à la condescendance de tous les habitants masculins du village.

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On découvrira alors que Men est un film d’horreur psychologique qui essaye de nous faire comprendre avec un aspect fantastique ce que c’est d’être une femme dans le monde aujourd’hui. Une sorte de proie qui attire tous les mâles aux environs sans le moindre respect pour elle. Les belles images de nature laisseront la place à des scènes cauchemardesques qui nous ferons ressentir toute l’oppression dont est victime Harper. Il faudra s’accrocher pour supporter l’aspect très dérangeant de la dernière partie du film qui fera penser un peu au Mother de Darren Aronofsky et à du body horror à la David Cronenberg. C’est aussi un film rempli de symbolique que chacun tentera de décrypter à sa manière.

Le personnage d’Harper est brillamment incarné par Jessie Buckley qui enchaîne dans l’étrange après avoir récemment joué dans Je Veux Juste En Finir de Charlie Kaufman sur Netflix. Pour démontrer à quel point les hommes sont tous les mêmes, tous les habitants mâles du village sont interprétés par Rory Kinnear qui arrivera à se métamorphoser en personnages très différents du gentil propriétaire de la maison jusqu’à l’étrange homme nu en passant par un enfant malpoli et un curé donneur de leçon. Dans de plus petits rôles Paapa Essiedu joue l’ex-époux d’Harper dans des scènes de flashbacks et Gayle Rankin joue la meilleure amie.

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Premier film d’horreur psychologique inspiré par le mouvement #MeToo, Men dépeint par des scènes de plus en plus dérangeantes toute l’oppression que les femmes peuvent subir de la part de la gent masculine. Sans avoir besoin de jumpscare, Alex Garland arrive a distiller une ambiance d’épouvante qui devrait faire réfléchir plus d’un homme sur le comportement déplacé qu’ils peuvent avoir parfois envers les femmes. À condition bien sur  qu’ils comprennent ce que le réalisateur a voulu exprimer à travers ce film somptueusement réalisé mais souvent dur à supporter.

MON AVIS :
4/5

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