WICKER d’Alex Huston & Eleanor Wilson [Critique Ciné]
Histoire d’amour entre La Moche Et La Bête, Wicker est la curiosité de la semaine au cinéma.
Il faut vraiment être vigilant chaque semaine pour déceler dans les sorties les films dont presque personne ne parlent mais qui méritent pourtant largement d’être découvert pour leur originalité. La curiosité de la semaine s’appelle Wicker, un conte fantastique romantique et un brin érotique au casting des plus alléchants. Devenu un phénomène Outre-Manche par son héros très particulier, il serait bien dommage de passer à coté.
À ne pas confondre avec la comédie musicale Wicked avec lequel ce film n’a aucun rapport, Wicker est l’adaptation de la nouvelle The Wicker Husband écrite par Ursula Wills. Une courte histoire de seulement 14 pages paru en 2006 qui prend les codes d’une fable ou d’un conte à l’ancienne pour mieux les détourner. Déjà adaptée sur scène à Londres sous la forme d’une comédie musicale en 2018, c’est une toute autre adaptation sans chansons que signe maintenant pour le cinéma le duo Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson. Un couple spécialiste de la comédie décalée dont le premier long métrage Save Yourselves ! était sorti directement en VOD en 2020.

Wicker raconte l’histoire d’une pêcheuse qui est la risée de tout son village par la forte odeur de poissons qu’elle dégage en permanence et pour son apparence repoussante. Destinée à rester une vieille fille toute sa vie, elle se moque bien des traditions du mariage. Mais par hasard au cours d’une cérémonie, elle se verra destinée à être la prochaine à se marier par une ancienne coutume. Histoire de faire cesser les moqueries, elle va alors demander au fabricant de paniers de lui fabriquer un homme en osier. Sans que nous sachions vraiment comment, l’artisan va réussir à donner vie à sa création. Un très bel homme entièrement tisé en osier immédiatement prêt à se marier et à se dévouer corps et âme à la pêcheuse. De quoi réveiller la libido de toutes les femmes du village et de susciter la jalousie de l’ensemble des habitants.
Cette adaptation cinématographique garde la même forme de conte avec un narrateur et un découpage en différents chapitres. Très amusante mais aussi très noire, cette comédie se joue tout d’abord de l’injonction de se marier représentée ici par des coutumes très étranges où l’expression se faire passer la corde au cou est ici transformée en un gros collier en métal que l’époux attache au cou de la mariée au lieu de lui passer une alliance au doigt. Wicker ose aussi dévoiler ce que toute femme semble désirer chez un homme : du charme, de l’attention et de quoi satisfaire toute frustration sexuelle. Passer le choc de la découverte, cet homme en osier fera craquer toutes les villageoises mais il a aussi chamboulé les spectatrices britanniques par son corps parfait et la pureté de ses sentiments.

Vendue comme une comédie romantique hors normes, Wicker a un charme très anglais dans ses dialogues et son humour mais aussi par ses très belles images à la lumière chaude. Nous nous amuserons beaucoup en entendant les personnages se nommer entre eux simplement par leur profession ou par celle de leurs époux. Sans prénom, l’héroïne de Wicker se verra ainsi appeler simplement « Pêcheuse » voir « Évideuse de poisson ». Le long-métrage prendra cependant une tournure plus sombre lorsque la jalousie des habitants finira par semer le trouble dans le couple. Propre à chaque petit village, cette histoire de commérage et de jalousie illustre parfaitement à quel point malgré ses volontés de « vivre ensemble », l’homme est en réalité incapable de vivre en communauté et ne supporte pas le bonheur des autres. Une jalousie qui finit bien souvent par détruire de belles relations entre des personnes qui n’avaient rien demander que de vivre paisiblement leur histoire.
Il est étonnant que Wicker n’ait pas une plus grande exposition pour sa sortie française alors que c’est pourtant l’excellente Olivia Colman qui incarne cette pêcheuse. Elle compose un nouveau personnage de vieille fille comme dans le film Empire Of Light pas méchante mais désespérément seule et particulièrement repoussante par son odeur de poisson, ses haillons et son monosourcil. Pourtant nous nous attacherons tout de suite à ce personnage hors normes et souvent amusant malgré sa vie loin d’être facile. Bien qu’entièrement en osier entre image de synthèse et véritable costume tissé, Alexander Skarsgard reste malgré tout reconnaissable dans ce rôle d’homme idéal, drôle malgré lui et touchant pour son amour inconditionnel pour cette pêcheuse.

Wicker permet aussi de retrouver dans le rôle du vannier et narrateur de l’histoire l’acteur Peter Dinklage. Poète dans l’âme, ce personnage offre un très beau rôle au comédien par sa verve. De quoi regretter qu’il ne soit pas plus présent dans le film. Les acteurs choisis pour incarner les villageois apportent également beaucoup de fantaisie au long-métrage. Pour la plupart assez peu connus, ils comptent tout de même dans leurs rangs Elizabeth Debicki célèbre pour son rôle de Lady Di déjà face à Olivia Colman dans la série The Crown. C’est son personnage qui viendra par sa jalousie semer le chaos dans le village. Jouant son père médecin, Richard E. Grant apportera une grosse touche d’humour dans une brève apparition très marquante.
Conte fantastique taillé pour cette période d’Halloween, Wicker est un film plein d’émotions et d’humour porteur d’un message positif sur le fait que n’importe qui peut trouver le bonheur et l’amour à condition de faire abstractions des jalousies et des qu’en-dira-t-on de personnes qui chercheront qu’à nous nuire et mérite une bonne leçon comme cette fable saura leur donner. Ne vous fiez pas aux affiches qui par humour voudrait faire passer Wicker pour une romance à la Emily Bronte au risque d’être prise au premier degrés et foncez vous faire votre propre avis sur cette véritable curiosité qui mérite le détour.
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