LETO de Kirill Serebrennikov [Critique Ciné]

 

Leto

 

Après Bohemian Rhapsody, Leto est un biopic musical à mille lieux de ce qu’on à l’habitude de voir alors pourquoi rater la chance d’aller le découvrir ?

 

 

SYNOPSIS : A Leningrad dans les années 80, le rock et le punk commence petit à petit à vaincre la censure pour conquérir de plus en plus d’amateurs. Fer de lance du mouvement, Mike Naumenko est un peu le mentor de tous les jeunes musiciens et forme avec sa femme Natacha le couple dont tout le monde rêve. Leur rencontre avec le talentueux Viktor Tsoï va contribuer à donner une nouvelle image du rock en Russie.

 

Les biopics musicaux ont beau ne jamais parler du même artiste, on se retrouve bien souvent devant quasiment le même film suivant souvent la trame  jeunesse difficile, début de la gloire, drogue, adultère, creux de la vague et come-back. Bien qu’il parle lui aussi de la carrière de musiciens, Leto est un  film vraiment différent de tout ce que l’on a pu voir dans le genre jusqu’à aujourd’hui. Peut être parce que pour une fois ce n’est pas un film hollywoodien mais russe réalisé avec les plus grandes peines par Kirill Serebrennikov condamné pour corruption en plein durant le tournage mais qui a finalement réussi à terminer le film pour sa présentation en mai au dernier Festival de Cannes.

 

Leto

 

Avec ces images en noir et blanc, Leto fait tout de même bien pensé au film Control du photographe et réalisateur Anton Corbjin qui nous parlait de la carrière du groupe Joy Division. Même musicalement, nous ne sommes pas très éloignés car que ce soit Joy Division où les musiciens Mike Naumenko et Viktor Tsoï  tous ont commencé en écoutant David Bowie, Lou Reed et son Velvet Underground ou bien encore Iggy Pop. Là où les deux films divergent, c’est que Leto ne  raconte pas toute la vie de ses héros mais se focalise avant tout sur leur rencontre et les débuts de leur collaboration. Il faut dire qu’il serait assez difficile de retracer la carrière  de groupes qui n’ont jamais réellement percé en dehors de leur pays.

Avant d’être un biopic musical, Leto est avant tout un film social qui dépeint le quotidien de ces jeunes musiciens révoltés par le système qui voudraient crier leur colère à travers leurs chansons mais qui sont obligés de faire valider leurs textes par un comité de censure avant de pouvoir jouer dans la seule et unique salle de concert clandestine où se joue du rock. Pour pouvoir écouter les groupes occidentaux qui les fascinent, ils sont obligés de s’écouler sous le manteau des copies illégales. Mettre la main sur un véritable vinyle semble être un miracle et ce sont souvent uniquement des reproductions de leur pochette qu’ils connaissent.

 

 

Leto est aussi l’histoire d’une sorte de triangle amoureux. Alors que son mari Mike Naumenko craque artistiquement pour le guitariste et chanteur Viktor Tsoï d’origine coréeene, sa femme Natasha pourtant très amoureuse et mère d’un jeune bébé ne pourra s’empêcher d’être attiré physiquement par le musicien. D’un coté cela apporte un peu de romance au film mais du coté du mari c’est le drame car même si il a donné son accord, il n’a clairement pas envie de perdre sa femme. Du coté de Viktor, on aura plus de mal à percer ses sentiments. C’est d’ailleurs le plus gros problème du film car si il est la véritable star de ce biopic, on ne saura jamais grand chose de ce qu’il peut avoir en permanence dans la tête.

L’aspect musical est mis en avant dans des scènes souvent oniriques. D’étranges mises en scène proche du vidéo clip où les images sont retouchés avec des dessins au crayon rajoutant un aspect punk et cartoon du plus bel effet. Ces superbes scènes musicales sont vraiment le clou du film et le sortent un peu de son austérité souligné par les images en noir et blanc et la langue russe peu agréable à l’oreille. Les quelques scènes filmées en couleur à la caméra Super 8 prouve que le film aurait pu être bien plus beau et joyeux si il avait été filmé tout le temps de la sorte mais ce n’était visiblement pas la volonté du réalisateur.

 

 

Bien loin du biopic musical habituel, Leto est avant tout une chronique sociale de la jeunesse fan de Bowie et du rock des années 70/80 qui révéraient eux aussi de percer dans la musique. C’est aussi un triangle amoureux porté par la belle Natacha et l’histoire d’une rivalité entre Mike Naumenko et Viktor Tsoï autant sur le plan amoureux que sur le plan artistique qui a nourri leur musique et fait leur succès local. Dommage que le coté austère de la réalisation et l’impression qu’il n’avance pas assez dans l’histoire nous fera parfois regarder notre montre. Les scènes musicales souvent oniriques et délirantes nous aideront malgré tout à passer un vrai bon moment devant le film de Kirill Serebrennikov.

 

MON AVIS : 3/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • REALISATEUR : Kirill Serebrennikov
  • AVEC : Teo Yoo, Irina Starshenbaum, Roman Bilyk, Alesksandr GorchilinAleksandr Kuznetsov
  • SCÉNARISTES : Kirill Serebrennikov, Lily Dov, Mikhail Idov, Natalia Naumenko
  • GENRE : Biopic, Drame, Film Musical, Romance
  • DUREE : 2h06
  • NATIONALITE : Russe
  • DISTRIBUTEUR : Kinovista / Bac Films
  • SITE OFFICIEL :  http://www.bacfilms.com/distribution/fr/films/leto
  • DATE DE SORTIE : 9 décembre 2018