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EDDINGTON de Ari Aster [Critique Ciné]

Eddington d'Ari Aster [Critique Ciné]

Sans être un film d’horreur, Ari Aster dépeint une Amérique qui fait peur dans son nouveau film Eddington

Après nous avoir plongé dans l’horreur psychologique avec ses deux premiers longs métrages Hérédité et Midsommar et nous avoir bien étonné avec le très décalé Beau Is Afraid, le réalisateur Ari Aster semble vouloir s’ouvrir à une plus large audience avec son quatrième film Eddington. Un drame en compétition au dernier Festival De Cannes qui semble au premier abord beaucoup moins dérangeant que ces précédentes œuvres mais qui risque tout de même de laisser certains spectateurs non initiés sur le carreau.

En 1995, le chanteur David Bowie sortait la chanson « I’m Afraid Of Americans » (j’ai peur des américains). Si elle ne figure pas dans le nouveau long métrage d’Ari Aster nous ne pourrons nous empêcher d’y penser durant tout le long du film. Se déroulant en 2020 alors que les premières mesures pour lutter contre la pandémie de Covid sont mises en place, Eddington est une sorte de film somme sur toutes les événements les plus dramatiques et inquiétants qui se sont déroulés aux États Unis durant le premier mandat de Donald Trump.

Eddington d'Ari Aster [Critique Ciné]

Les premières scènes d’Eddington prêtent aujourd’hui à rire de notre crainte excessive du Covid. Cette obligation de porter un masque un peu partout alors que personne ne l’utilisait de la bonne manière parait aujourd’hui particulièrement ridicule. Eddington se focalise sur Joe Cross, le shérif de cette ville censé faire respecter les consignes mais qui ne supporte pas lui même de porter le masque en permanence.

Petite ville fictive du Nouveau Mexique, Eddington condense tous les maux de l’Amérique profonde. À commencer par la crédulité de ses habitants qui se laissent convaincre par tous les adeptes des théories du complot. Le shérif Joe Cross est bien placé pour le savoir puisque son épouse Louise et sa belle mère sont plongées à longueur de journée dans des vidéos conspirationnistes. Mais cette famille porte aussi le deuil du père de Louise, l’ancien shérif de la ville, dont la mort serait en lien avec le maire Ted Garcia.

Eddington d'Ari Aster [Critique Ciné]

Pendant un bon moment nous attendrons patiemment de découvrir ce qui va se passer dans Eddington et quand cette histoire de rivalité entre le shérif et le maire va enfin vraiment connaitre un quelconque rebondissement. Mais avant cela, Ari Aster tiendra à dénoncer la dérive des réseaux sociaux où chacun s’imagine reporter à filmer la moindre rixe pour la poster en ligne. Il  est aussi question des violences policières à travers l’évocation de la mort de George Floyd et le mouvement de protestation Black Lives Matter qui en a découlé qui a atteint encore ridiculement Eddington où le seul habitant noir est policier et où ce sont les blancs qui se battent contre leur propre privilège de l’être alors que personne ne leur a rien demandé.

Lorsque les armes se mettront à parler très tard dans le film, Eddington prendra alors vraiment l’allure de Western Moderne qui nous a été vendu. Il faut cependant bien avouer que cette soudaine tournure violente aura de quoi déconcerter  face au déroulé des événements. Par ces scènes, Ari Aster ouvre en fait encore un nouveau débat sur l’accès trop facile aux armes à feu et sur les trop nombreuses fusillades qui ont lieu dans le pays.

Eddington d'Ari Aster [Critique Ciné]

Porté une nouvelle fois par Joaquin Phoenix, déjà héros de Beau Is Afraid, l’acteur compose encore un nouveau personnage de pauvre bougre dépassé par les évènements qui ne ressemble ni à ceux du précédent film et encore moins au pauvre Arthur Fleck de Joker, démontrant l’incroyable capacité de transformation du comédien. Une leçon pour Pedro Pascal qui a jamais quitter sa moustache garde bien trop la même tête de film en film. Il ne faudra pas d’ailleurs pas aller voir Eddington pour lui ou même pour Emma Stone qui ne sont au final que des seconds rôles important dans l’intrigue mais peu présents à l’écran.

Plus que pour son histoire, c’est une nouvelle fois surtout pour sa réalisation qu’Eddington mérite d’être vu. Ari Aster multiplie les plans séquence et baigne son film dans une ambiance toujours assez oppressante à l’aide d’une bande originale particulièrement réussie composée par Daniel Pemberton et Bobby Krlic. L’esthétique du film doit aussi beaucoup au directeur photo Darius Khondji bien connu pour sa longue collaboration avec Steven Spielberg. De quoi laisser à penser qu’Ari Aster cherche à obtenir sa place aux Oscars avec ce quatrième film. Les fans de la première heure pourront toutefois aussi se régaler sur quelques plans particulièrement gore permettant de bien rappeler d’où vient le réalisateur.

Eddington d'Ari Aster [Critique Ciné]

C’est totalement perplexe que nous sortirons du nouveau film d’Ari Aster qui s’étale en longueur sans donner l’impression de raconter grand chose au final. Eddington est clairement un film engagé qui veut dénoncer la dérive de l’Amérique depuis la crise du Covid sans chercher à véritablement raconter une histoire. Nous attendions clairement mieux de la part d’Ari Aster dont les trois premiers longs métrages étaient de véritables claques. Un second visionnage sera sans doute nécessaire pour mieux comprendre les intentions du réalisateur sur ce nouveau film mais encore faudra t-il avoir le courage de repasser 2h25 devant cette histoire.

MON AVIS :
Noté 3 sur 5

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