TULIP FEVER de Justin Chadwick [Critique Ciné]

 

Tulip Fever

 

Quatre ans après son tournage, le film Tulip Fever sort enfin au cinéma en France mais dans une seule et unique salle sur Paris malgré son casting hallucinant.

 

 

SYNOPSIS : Obligée d’épouser le riche marchand hollandais Cornelis Sandvoort pour sortir de la misère, l’orpheline Sophia n’arrive pas à lui donner un héritier malgré les tentatives quotidiennes de son entreprenant époux. Ce mari aimant, qui vit avec le chagrin d’avoir perdu sa précédente épouse morte en couche, souhaite immortaliser leur couple en commandant un portrait au peintre Jan Van Loos. En posant, Sophia va rapidement être attiré par le jeune artiste qui la regarde comme personne. Bien décidée à s’enfuir avec lui, elle va mettre au point un plan complexe en simulant une grossesse tandis que Jan va tenter de faire fortune dans la spéculation de bulbes de tulipes.

 

Adaptation du roman Le Peintre Des Vanités de Deborah Moggach paru en 1999, Tulip Fever est un film maudit. Alors qu’il aurait du être tourné en 2004 par John Madden avec Keira  Knightley et Jude Law dans les rôles principaux, le projet avait été enterré quelques semaines avant le début du tournage à cause d’explosion de budget. Remis sur les rails en 2014, c’est finalement Justin Chadwick, a qui l’on doit Deux Sœurs Pour Un Roi, qui a réalisé le film avec un budget plus réduit. Sorti dans un circuit limité de salles aux Etats Unis où il n’a pas vraiment conquis le public américain guère féru de romances en costumes se déroulant loin de chez eux, le film était déjà mal parti pour sa distribution internationale. Comme si cela ne suffisait pas, il est produit par les Frères Weinstein et s’est retrouvé dans la tourmente lorsque les agissements d’Harvey Weinstein ont été révélés. Autant dire qu’on ne s’attendait plus à le voir au cinéma en France et pourtant le cinéma Publicis sur les Champs Elysées le propose à la surprise général depuis le 7 mars 2018. Une occasion unique de voir le film avant qu’il ne retourne dans son tiroir.

 

Tulip Fever

 

Même si Tulip Fever s’intéresse principalement à l’histoire d’amour entre Sophia (Alicia Vikander) et son artiste peintre Jan (Dan DeHaan), toute la narration du film est faite par Maria (Holliday Grainger), la jeune servante qui travaille pour elle. A peu près du même age, les deux femmes sont assez complices malgré leur différence de rang. On suivra tout autant son histoire que celle de Sophia car ces intrigues au début parallèles vont finir par s’entrecroiser. Alors que Sophia s’ennuie dans sa vie d’épouse, Maria vit le grand amour avec un poissonnier qui va faire fortune par hasard en s’offrant un lot de tulipes avant de disparaître sans donner de nouvelles à sa  petite amie à la suite d’un quiproquo. Celle-ci vient de découvrir qu’elle est enceinte et craint d’être renvoyé par son maître Cornelis Sandvoort (Christoph Waltz) et répudié par sa famille. C’est là que Sophia va avoir l’idée de faire de ce bébé le sien dans un stratagème complexe afin de rendre son époux heureux et pouvoir s’enfuir.

Plus qu’une simple histoire de romance interdite, il y a en fait beaucoup de personnages et d’intrigues qui se croisent dans Tulip Fever. Il y a cette auberge où se vendent et s’achètent les titres de plants de tulipes comme à la bourse avec une vraie folie spéculative que le film ne nous expliquera pas clairement autour d’une tulipe blanche avec un trait rouge.. C’est la source des ennuis du poissonnier Willem Brok (Jack O’ Connell) et plus tard du peintre Jan. On y croisera aussi la prostitué Annetje (Cara Delevingne) qui tente aussi sa chance sur ces échanges qui impliquent aussi le couvent où Sophia habitait avant de se marier où sont cultivées les tulipes, dirigé par une abbesse jouée par  Judy Dench.

 

Tulip Fever

 

Même si le roman ne date que de 1999, Tulip Fever fait beaucoup penser à toutes ces histoires de romances interdites que l’on retrouve dans de nombreux classiques de la littérature en costumes. Il faut bien reconnaître que c’est malgré tout le coté le plus sombre du film qui finira par tourner presque au thriller voir même au drame cruel qui nous captivera dans cette intrigue plus qu’une romance qui aura bien du mal à nous émouvoir tant elle parait très subite et pas franchement magique. On dirait que Justin Chadwick avait limite plus envie de faire un film érotique plus que romantique vu le peu de temps qu’il faudra aux deux amoureux pour se sauter dessus et passer la majorité de leur relation entièrement nus dès qu’ils sont à l’abris des regards. L’occasion de se régaler une nouvelle fois de la beauté d’Alicia Vikander qui n’a jamais été vraiment avare de ses charmes dans la majorité de ses films les moins commerciaux et le démontre encore ici.

Alicia Vikander porte une nouvelle  à merveille le film dans la palette de sentiments qu’elle traverse. En riche marchand, Christoph Waltz est un peu plus en retenu même si on retrouve par moment son excentricité dans les moments de joie.  Toute en fraîcheur, Holliday Grainger confirme tout le bien que l’on pensait  d’elle lorsqu’on la découvert dans The Finest Hour. En artiste peintre, Dan DeHaan n’aura pas vraiment l’occasion de se démarquer dans le film comme si il n’était au  fond qu’un second rôle. Il recroisera sa partenaire de Valerian, Cara Delevingne dont le rôle est presque celui d’une figurante de luxe. Dans un tout petit rôle, Zach Galifianakis arrive tout de même à nous régaler tant chaque apparition fait mouche avec une grande scène en fin de film.

 

Tulip Fever

 

Avec une magnifique mise en scène portée par une photo sublime et de très beaux costumes, Tulip Fever ressemble beaucoup aux tableaux des peintres flamands.  Avec un tel casting, il était évident que ce long métrage ne pouvait être qu’une réussite. Rappelant les récents En Secret et The Young Lady, Tulip Fever devrai ravir les amateurs de romances en costume qui tournent au thriller dramatique. Alicia Vikander ne décevra certainement pas ses amoureux avec une nouvelle prestation digne de celle de Souvenirs de Jeunesse, Une Vie Entre Deux Océans ou The Danish Girl. Seul bémol, la fin  parait un peu trop belle par rapport au drame dans lequel le film fini par sombrer comme si le réalisateur Justin Chadwick s’était vu imposé une happy end pour satisfaire le public américain.

 

MON AVIS : 3/5

 

 

FICHE TECHNIQUE :

  • RÉALISATEUR : Justin Chadwick
  • AVEC : Alicia Vikander, Dan DeHaan, Christoph Waltz, Holliday Grainger, Jack O’Connel, Zach Galifianakis, Cara Delevingne & Judi Dench
  • SCÉNARISTES : Deborah Moggach & Tom Stoppard d’après l’oeuvre de Deborah Moggach
  • GENRE : Drame, Romance, Thriller, Historique
  • DURÉE : 1h47
  • NATIONALITÉ : Américain, Britannique
  • DISTRIBUTEUR : TF1 Films
  • SITE OFFICIELhttps://www.facebook.com/TulipFeverFilm/
  • DATE DE SORTIE : 7 mars 2018